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L'humusation, vers un nouveau mode de sépulture ?
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L'humusation, vers un nouveau mode de sépulture ?

RCF Haute-Normandie, le 9 novembre 2022  -  Modifié le 23 février 2024
Parlons-en ! Humusation France (Partie 1/2)

« Supplique pour être humusé sur la plage de Sète ». Voilà comment aurait pu sonner la chanson de Brassens aujourd'hui. « Se faire humuser », « l'humusation », du mot « humus » : de quoi s'agit-il ? Florence Valdès, présidente de l'association Humusation France, a répondu aux questions de RCF.

         Pour le moment non légale en France, l'humusation présente pourtant de nombreux atouts : des funérailles plus écologiques, sans empreinte carbone, sans pollution, et même au contraire, intégrée au cycle de la vie et permettant de fertiliser des sols épuisés. Elle est déjà légalisée dans trois états aux États-Unis, et en cours d'étude en Belgique et au Canada.  

         L'humusation est une méthode nouvelle de mise en sépulture, qui permettrait de demeurer plus respectueux de l'environnement même dans la mort. Elle se présente comme une alternative aux deux seuls modes légaux et opératoires en France, à savoir l'inhumation et la crémation.

         Initiée par Francis Busigny de la Fondation Métamorphose, l'humusation consiste au contrôle de la décomposition naturelle des corps afin de transformer le corps du défunt en un humus sain et fertile. Dis comme cela ça fait très peur, mais concrètement, comment ça se passe ?

chaîne Youtube Info Humusation « L'humusation, pratique funéraire 100% respectueuse de l'environnement »

Photo_Pixabay Photo_Pixabay

Un processus long et encadré

         Le procédé s'étale en plusieurs étapes sur 12 mois. Au cours de notre interview, Florence Valdès nous a expliqué en détail cette lente transformation. On peut les trouver résumées ci-dessous sur l'infographie de l'association Humusation France.

         En bref, le corps du défunt est décomposé naturellement, de façon encadrée, afin d'obtenir un humus riche. Une part de cet humus est consacré à honorer la mémoire du défunt, en faisant pousser un arbre dans un « bois du souvenir ». L'autre part est dédiée à fertiliser les sols épuisés par l'agriculture intensive, afin de reboiser (jamais à des fins commerciales). L'objectif est d'inscrire la sépulture dans le cycle du vivant, au lieu de le briser.

         L'ensemble de ce processus est complexe. Il nécessite un cadre protégé et sécurisé, nommé « humusarium » ; un savoir-faire, dirigé par des maîtres-composteurs formés à la pratique ; et un emplacement idéal (sol vivant, bon rapport carbone/azote, taux d'humidité suffisant, etc). Comme les autres modèles de sépulture, l'humusation ne s'improvise pas, et requiert des connaissances et un lieu de travail dédié.

Picto Image : Infographie du processus d'humusation, réalisé par Humusation France

Des bénéfices par rapport aux pratiques actuelles

         Mais au-delà du beau principe que représente la réintégration du corps au cycle de la vie, Florence Valdès nous décrit également les bénéfices de cette pratique vis-à-vis des modèles pré-existants, notamment afin de  disposer de notre corps dignement tout en réduisant notre impact environnemental.

         « L'inhumation va engendrer des problèmes liés à la pollution des sols et des nappes phréatiques. […] La crémation va rejeter des composants toxiques dans l'atmosphère, malgré des filtres de plus en plus élaborés, qui sont souvent lavés pour rediriger ces particules dangereuses dans les égouts. En plus elle va nécessiter une grande quantité d'énergie fossile polluante. »

         Le tabou des questions qui ont trait à la mort semble envelopper d'ombres les informations et les questionnements sur ces sujets, Florence Valdès nous dévoile par exemple que : « la plus grande pollution au mercure en France aujourd'hui est justement liée aux crématoriums ».Flyer de présentation d'Humusation France.pdf

En dehors des aspects scientifiques et sociétaux, on remarque l'adéquation du processus d'humusation avec les rites cultuels. « Toute religion est compatible avec l'humusation, au même titre que l'inhumation ou la crémation » nous assure Florence Valdès. Des processions ou des rites particuliers peuvent s’accommoder de ce modèle de sépulture nouveau. De quoi rassurer les intéressés.

Une appréhension divergente entre le législateur et l'élu local

         Mais si le processus fonctionne et qu'il semble meilleur pour notre environnement, pourquoi n'est-il pas encore légal en France ? C'est une énigme pour Florence Valdès qui s'étonne de la lenteur des institutions à incorporer ce modèle comme une alternative : « ce que je vous présentais comme une évidence pour moi et pour beaucoup de citoyens, ça ne semble pas être une évidence pour les décideurs. »

         La question semble séduire plus facilement les maires et les responsables des collectivités locales : « les élus locaux sont les premiers confrontés aux problèmes posés par les cimetières […] de même pour les crématoriums. » En effet, ils font face de façon quotidienne aux problèmes de place dans les cimetières, au manque de concessions, aux travaux épouvantables que subissent les fossoyeurs en cas de déplacements ou d'émargements, à la pollution et aux plaintes des locaux à proximité des crématoriums, etc.

Vers une légalisation de l'humusation ?

         En août 2022, c'est une député d'Isère, Élodie Jacquier-Laforge, qui s'est faite la porte-parole du projet d'Humusation France devant l'Assemblée Nationale. Dans le cadre d'un amendement, elle avait proposé le lancement de tests scientifiques encadrés par l’État afin de légitimer l'efficacité du processus de compostage (déjà attestée dans d'autres pays), en l'effectuant sur les corps de donateurs défunts. Amendement refusé.

         Et ce n'est pas la première fois que la question de l'humusation entre dans l'hémicycle avant de se faire balayer d'un revers de la main. En 2016 déjà, Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur, opposait le droit au respect des dépouilles humaines.

         Bien que l'humusation semble encore loin d'être légalisée, ses principes semblent gagner de plus en plus d'adeptes. Florence Valdès juge que c'est par la médiation, l'information et la conscience sociétale, que le sujet entrera dans la loi. Elle a ouvert à ce sujet une pétition, afin de mettre en avant l'ampleur du phénomène.

Pétition « Impact écologique de nos pratiques funéraires : légalisons l'humusation ! »

https://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/impact-ecologique-nos-pratiques-funeraires-legalisons/103893

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