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« L’État du Texas contre Melissa » l'histoire d'une injustice
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« L’État du Texas contre Melissa » l'histoire d'une injustice

RCF Lyon,  -  Modifié le 17 juillet 2023

Première femme latino-américaine condamnée à la peine capitale au Texas, Melissa Lucio attend son heure dans la couloir de la mort. La réalisatrice Sabrina Van Tassel reprend tous éléments d'un procès bâclé et redonne son humanité à une femme écrasée par sa condition sociale et un système judiciaire pernicieux.

© Alba Films- Melissa Lucio dans le documentaire de Sabrina van Tassel © Alba Films- Melissa Lucio dans le documentaire de Sabrina van Tassel

Les premières images nous sidèrent : une jeune femme visiblement fatiguée tient un poupon dans ses mains. Une voix hors champ, lui demande s’il lui arrive d’avoir recours à la force pour punir ses enfants. "Une fessée parfois" répond-elle. La voix lui demande de montrer comment elle s’y prend. Elle donne alors des fessées au jouet. Ce serait ces coups qui ont donné la mort à la petite Mariah 2 ans, petite dernière de la famille retrouvée couvertes d’hématomes après une nuit de sommeil dont elle ne se réveillera pas. C'est notamment cette vidéo qui a convaincu les jurés du Texas de condamner Melissa à mort.  Depuis 2008, elle attend son heure.

Redonner de la visibilité à une injustice

Affaire classée, pourrait-on dire. Mais on se doute que si la réalisatrice a choisi de s’intéresser à cette histoire, c'est que les choses sont bien moins simples qu’elles n’en ont l’air.

Nous retrouvons Mélissa, une dizaine d’années plus tard. Elle est filmée à travers la vitre d’un parloir. La condamnée a mort semble avoir vieilli de 30 ans. En s'adressant à la caméra à l'aide d'un combiné téléphonique, elle raconte comment elle a perdu 10 ans de sa vie, loin de sa dizaine d'enfants. Ce n'est pas la femme capable de violence que les premières images semblaient révéler.

Le film revient sur cette affaire qui en 2006 a peu retenu l’attention des médias. L'histoire terrible d'une femme accusée d'avoir tué son enfant. Terrible mais pas assez spectaculaire pour que la télévision s’en saisisse. Face aux aveux de la mère, les défenseurs des droits ne s'en sont pas plus saisis.

Une femme derrière la condamnée

Le film fait ce que la justice n'a pas fait. A commencer par une enquête de personnalité au-delà des préjugés sociaux. Il dessine alors le portrait d'une victime plus que d’une coupable. Une femme qui a enchaîné les grossesses à peine partie de chez ses parents, comme pour réparer sa propre enfance. Tous les témoignages de sa famille concordent. Melissa n'a pas pu tuer sa petite fille. Elle était aimante et attentive à ses enfants, et ce malgré la pauvreté et les problèmes de drogue. Mais au procès, les enfants n'ont pas pu témoigner de cet amour. Pas plus de l'impossibilité du meurtre devant une dizaine d'enfants. Non seulement le procès ne leur a pas donné la parole mais il a fini par les faire douter. La mère de Melissa avoue les larmes aux yeux qu'elle a fini par croire sa fille coupable.

Une démonstration implacable

Sabrina van Tassel s'appuie sur le travail de la deuxième avocate de Melissa Lucio, les investigations d'une détective et des paroles d'expert. Des paroles posées qui viennent apporter un autre éclairage aux vidéos des interrogatoires.

La réalisatrice démêle patiemment la pelote que constitue l'affaire et montre comment Mélissa s’est retrouvée au cœur d’un système qui la dépassait. La justice texane que l’on découvre interloqué tant elle est éloignée de la justice française. L'interview du premier avocat peu scrupuleux est à ce titre édifiante.

Si les révélations se succèdent et nous saisissent comme les rebondissements d'une bonne série, Sabrina van Tassel évite les effets appuyés. La musique se fait discrète et ne guide pas notre jugement sur les protagonistes. L'exposition des faits, les regards, les mots et les silences suffisent.

Le générique de fin ne met malheureusement pas fin à cette histoire. Melissa Lucio pourrait être exécutée d'un instant à l'autre.

 

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