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Les faux Millet, une imposture retentissante du monde de l'art racontée par le juge Halphen
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Les faux Millet, une imposture retentissante du monde de l'art racontée par le juge Halphen

RCF,  -  Modifié le 17 juillet 2023
L'Entretien de la semaine Enquête sur les faux Millet avec le juge Halphen

Pourquoi Jean-Charles Millet est-il devenu faussaire ? Inonder le marché de l'art de fausses toiles de Jean-François Millet, quand on est son petit-fils, c'est quasiment suicidaire. Magistrat et auteur de romans policiers, le juge Halphen a mené l'enquête. Il raconte cette histoire vraie, une imposture retentissante du monde de l'art, digne d'un scénario de film.

Célèbre toile de Jean-François Millet, L'Angélus (1857-1859) ©Wikimédia Commons Célèbre toile de Jean-François Millet, L'Angélus (1857-1859) ©Wikimédia Commons

Une nouvelle enquête du juge Halphen

 

Un jour, alors qu’il faisait des recherches sur internet, Éric Halphen est tombé sur un dessin attribué à Jean-François Millet. "Une bergère absolument charmante !" Mais il ne l’a pas achetée car il s’est aperçu que "ça devait être son petit-fils Jean-Charles qui avait écrit cette attestation d’origine". Petits-fils qui avait été condamné en 1935 pour avoir fait des faux Millet. 


"Les histoires de faussaires, c’est toujours intéressant quand on aime l’art et quand on s’intéresse un peu aux escrocs comme c’est mon cas !" Célèbre pour son enquête sur les emplois fictifs de la Ville de Paris, le juge Halphen est aussi écrivain, auteur de romans policiers. Dans "Le Faussaire de la famille" (éd. Buchet-Chastel), il raconte l'histoire vraie du trafic de faux tableaux signés Jean-François Millet par son petit-fils, Jean-Charles Millet. Une imposture retentissante du monde de l'art et une aventure rocambolesque des années 1930, digne d'un scénario de film !

 

Comment Jean-Charles Millet est-il devenu le faussaire de la famille ?

 

Quand on est le petit-fils d’un célèbre peintre et qu’on a soi-même des velléités artistiques, plane toujours au-dessus de soi "une ombre tutélaire encombrante". On est toujours comparé à son ancêtre. "Peut-être, s’est dit Éric Halphen, que s’il n’avait pas eu ce grand-père-là, Jean-Charles Millet aurait été meilleur artiste." Sans doute aussi a-t-il eu l’idée de réaliser des faux par "autodérision" ou "dénigrement", ou pour se dégager de "l’ombre trop importante que son grand-père portait sur lui".

 

Toujours est-il que Jean-Charles Millet a commencé par vendre des vrais dessins de son grand-père. Après avoir écoulé son stock, il a voulu en réaliser lui-même puisqu’il avait mis la main sur "le fameux cachet J.F.M, qui authentifie les dessins". Avec le peintre Paul Cazot, qu’il a recruté pour réaliser les faux, "ils ont inondé le marché de faux Millet". À eux deux, ils ont dupé aussi bien le marchand anglais spécialiste de l’école de Barbizon, qu’un grand musée d'Édimbourg et nombre d’experts… 

 

Une entreprise fascinante parce que vouée à l’échec

 

Ce qui fascine Éric Halphen dans cette histoire, c’est "le côté un peu suicidaire de l’entreprise", une "spirale de l’échec par un perdant magnifique" ! "Quand on est faussaire, ou quand on vend des faux tableaux, surtout quand on est le fils de la famille, on sait très bien qu’un jour ou l’autre on va se faire prendre."


Pourquoi s'être lancé dans une telle entreprise si elle était vouée à l'échec ? Pour le magistrat il faut partir "de la personnalité de Jean-François". Celle du grand-père austère dénué fantaisie. Car Jean-Charles est "quasiment son négatif", lui qui est "plein d’humour et d’ironie". "J’ai beaucoup aimé comparer les deux personnalités, ils avaient un rapport à l’art différent mais aussi un rapport à l’humanité quasiment contraire."

 

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