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Carnac : le musée de Préhistoire plonge dans les mystères du Néolithique
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Carnac : le musée de Préhistoire plonge dans les mystères du Néolithique

Un article rédigé par Marie-Alix Roqueplo - RCF Côtes d'Armor, le 27 février 2024  -  Modifié le 29 février 2024
L'invité culturel en Bretagne Le musée de préhistoire de Carnac nous plonge dans les mystères du néolithique

Saviez vous que l'homme préhistorique portait des chaussures ? Saviez-vous qu'il a inventé l'ancêtre de la perceuse ? Lever le voile sur la période néolithique et en déconstruire quelques idées reçues, c'est la mission du musée de Préhistoire de Carnac, qui fait de nouveau le plein d'animations pour les vacances scolaires à destination de tous les publics.
Entretien avec Anne Affagard, médiatrice culturelle et scientifique.

 

©Anne Affagard fait des démonstrations des pratiques néolithiques devant les enfants au musée de Préhistoire de Carnac ©Anne Affagard fait des démonstrations des pratiques néolithiques devant les enfants au musée de Préhistoire de Carnac

C'est les vacances et la nouveauté, c'est que parmi tous vos ateliers habituels (poterie, moulage, arts plastiques) vous proposez un atelier masque en dehors de vos visites familiales classiques et démonstrations d'outils. 

L'idée nous est venue parce que dans les collections du musée, il se trouve qu'on a un masque qui n'est pas préhistorique mais qui vient d'un des premiers collectionneurs. C'est bientôt carnaval, alors, pourquoi pas un atelier masque?  Et puis en creusant le sujet, on s'est rendus compte que le masque existe depuis la Préhistoire. Les plus anciens masques n'ont pas loin de 9000 ans donc voilà ! C'est un atelier où on va décorer un masque, c'est accessible pour les petits à partir de 4 ans et on est très contents parce qu'il rencontre un franc succès.

Justement, les enfants sont-ils un public que vous affectionnez particulièrement?

Nous les médiateurs et médiatrices du musée, on les adore. Participer à leur éveil, attiser leur curiosité, c'est notre mission. C'est bien de sortir d'un musée avec encore des questions auxquelles on n'a pas encore de réponse ! L'idée, c'est d'échanger, on ne fait pas du tout de cours magistraux au musée mais toujours de l'interaction et de la transmission.

Y a-t-il des mythes à déconstruire autour de l'image de l'homme préhistorique?

Oui, les imagiers qu'affectionnent les enfants véhiculent parfois des idées qu'on essaie de déconstruire au musée. En particulier cette fameuse idée que l'homme préhistorique est un sauvage en peau de bête avec son gourdin. Parfois, il va même tirer sa femme par les cheveux. A notre connaissance, cet homme là n'existe pas.

L'homme préhistorique nous ressemble beaucoup ! Les hommes et les femmes qui vivent au Néolithique vivent dans des sociétés très organisées.

Malheureusement nous n'avons pas de mode d'emploi de la Préhistoire puisque l'homme préhistorique n'a pas inventé l'écriture. Ce n'est pas qu'il ne sait pas écrire, c'est qu'il n'en a pas besoin. Par contre, il invente énormément de choses : des outils, voire des machines qui sont en démonstration au musée. Dans mes ateliers, j'explique comment fonctionne la perceuse préhistorique par exemple. Et puis dans les vitrines des collections du musée, vous pouvez trouver certaines poteries dont on sait de façon tout à fait scientifique, qu'elles ont contenu du maquillage ou des remèdes. Ce sont des véritables preuves de civilisation.

l'homme préhistorique serait un sauvage en peau de bête avec son gourdin. Parfois, il tirerait même sa femme par les cheveux. A notre connaissance, cet homme là n'existe pas.

Vous parlez aussi des habits en lambeaux qu'on prête souvent aux hommes du Néolithique?

Oui, on sait par exemple de façon tout à fait certaine que les hommes et les femmes préhistoriques portaient des chaussures. Il n'y a pas eu de chaussures découvertes à Carnac mais c'est le cas dans d'autres endroits du monde, en particulier dans les hautes montagnes des pays du Nord. On a par exemple trouvé un homme préhistorique avec un magnifique costume et des très belles chaussures dans un bloc de glace. Au musée, on présente également des squelettes, sur lesquels on n'a pas retrouvé de vêtements (décomposés au fil du temps) mais tout un tas de coquillages percés qui formaient des parures.

Il y a beaucoup de mystères autour de cette période du Néolithique, c'est ce qui la rend fascinante. Est-ce que vous avez la réponse à la question du transport de menhirs sur d'immenses distances? 

Alors on a des hypothèses. C'est le mot qui revient le plus chez nous et chez les archéologues : le mot "hypothèse". Le Centre des Monuments Nationaux organise des ateliers où l'on va transporter les menhirs en les tirant sur des rondins de bois avec des cordes, c'est une technique qui marche très bien sur un terrain plat. C'est une hypothèse. On a aussi beaucoup de certitudes ! En particulier, celle que nos magnifiques pierres en vitrines qui ont été découvertes dans le tumulus Saint-Michel viennent de très loin. Donc on sait de façon certaine qu'il y avait des échanges entre les populations, il y a déjà 6000 ans.

C'est le mot qui revient le plus chez nous et chez les archéologues: le mot "hypothèse".

Qu'est ce que vous auriez envie qu'on retienne sur cette période néolithique ?

La chose la plus importante, c'est notre proximité avec ces hommes et ces femmes de la Préhistoire. Et puis, quand on s'intéresse à un sujet, c'est important aussi de bien vérifier ses sources d'information, démêler le vrai du faux dans cette période où l'on n'a pas de trace écrite. Les traces matérielles que nous avons sont extrêmement fascinantes mais elles peuvent aboutir à tout un tas d'hypothèses farfelues ... D'où l'importance, dès le plus jeune âge, d'entrer dans une démarche scientifique. On interroge les objets: à quoi ressemblent-ils ? A quoi pourraient-ils servir ? Tous ces objets rentrent en résonances avec les nôtres. Ce sont ces hommes et ces femmes qui ont inventé le socle de notre civilisation moderne: l'agriculture, l'élevage, le polissage de la pierre. Ils sont à la base de nos sociétés.

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
L'invité culturel en Bretagne

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