Accueil
Mémoire traumatique : comment décrypter les blessures de la petite enfance ?
Partager

Mémoire traumatique : comment décrypter les blessures de la petite enfance ?

Un article rédigé par Amélie Gazeau - RCF, le 20 octobre 2021  -  Modifié le 9 février 2024
Voyage Intérieur Guérir les blessures inconscientes de la petite enfance (2/2)

Dans ce deuxième volet sur le développement psychique et cérébral de l'enfant, Joanna Smith, psychologue et auteure de "Le grand livre des 1000 premiers jours de vie" publié aux éditions Dunod et préfacé par Boris Cyrulnik, nous explique en quoi les deux premières années de vie ont un impact majeur sur le développement émotionnel de l'individu. Cette période qui commence in utéro peut être source de traumatismes à l'âge adulte. Comment les déceler et les soigner quelques années après ? Réponses avec Anne-Laure Drouard-Chanel et son invitée.

Photo by Marina Shatskih on Unsplash Photo by Marina Shatskih on Unsplash

L'impact de la "mémoire implicite précoce"

 

 

 

Nos premiers souvenirs sont, en général, postérieurs à nos deux ans. Pourtant, tout ce que nous vivons in utero et jusqu'au millième jour de notre vie est bien présent dans notre cerveau, c'est ce que Joanna Smith appelle "la mémoire implicite précoce". Pour résumer, cette mémoire est "impossible à se remémorer et impossible à oublier". Ces souvenirs font partie de nous, sans que nous puissions les interpréter concrètement et sont décisifs pour notre construction psychique.

 

"Les expériences qu'on va faire du danger, de la détresse et l'apaisement qu'on va recevoir, notamment de la part de figures d'attachements, vont être capitales sur l'impression que nous fait le monde, sur à quel point je me sens en sécurité ou au contraire en danger" explique Joanna Smith. Cette "musique de fond émotionnelle" va influencer toute notre vie et définir certaines de nos réactions.

 

 

 

La figure d'attachement, un rôle crucial dans le développement psychologique

 

 

 

La personne qui entoure le nourrisson pendant les 1000 premiers jours de sa vie a un réel impact sur son futur développement psychique. En effet, c'est pendant cette période que le nourrisson développe son "cerveau émotionnel" et donc son rapport à la peur, la sécurité, le danger ou l'apaisement.

 

La figure d'attachement va avoir un rôle de protection, de stimulation et d'apaisement et  va fournir à l'enfant "une première expérience dans son rapport à la vie, à lui-même, à ses sensations, plus ou moins agréables, plus ou moins sécurisantes ou effrayantes" explique Joanna Smith. Cette capacité à prendre soin du tout-petit est appelée le "care-giving". Les petits ont, en général, jusqu'à 3 ou 4 figures d'attachements, dont les parents. La réponse des figures d'attachements aux besoins du nourrisson vont définir les futures "stratégies" de réponses émotionnelles de ce dernier.

 

 

La mémoire traumatique c'est une expérience mnésique d'une expérience vécue comme dangereuse qui n'a pas été archivée comme terminée

 

 

1000 premiers jours de vie : quel impact émotionnel sur le futur ?

 

 

 

Les nouveau-nés vont développer différentes réponses émotionnelles étant adultes en fonction de ce qu'ils ont vécu comme expériences pendant les deux premières années de leur vie et en fonction des figures d'attachements présentes à ce moment-là. Joanna Smith donne l'exemple de l'attachement "insecure" ou insécurisant en français. "Si on a eu l'habitude de fonctionner de façon évitante, c'est à dire de se débrouiller tout seul dans les situations de détresse, on est quand même handicapé d'une partie des stratégies possibles quand on arrive à l'âge adulte face à des situations de stress qui vont inéluctablement arriver" résume la psychologue spécialiste de l'enfance.

 

En grandissant, il est possible de percevoir des signes de certains traumatismes mémoriels qui refont surface. Cela peut se manifester par des souvenirs, des cauchemars traumatiques, des sensations du passé ou encore des moments de rage ou de colère. Joanna Smith appelle cela des "histoires non-résolues". Pour tenter de remédier à cela, il est crucial pour Joanna Smith "de prendre soin du donneur de soin" afin de réduire le stress pendant cette période décisive du développement de l'enfant. La psychologue recommande également aux parents de communiquer avec leur bébé en leur expliquant les situations parfois complexes qu'ils vivent. Enfin, elle conseille également de parler de ces situations avec des proches ou un psychologue pour pouvoir apaiser les parents et donc, in fine, l'enfant.

Cet article vous a plu ?
partager le lien ...

RCF vit grâce à vos dons

RCF est une radio associative et professionnelle.
Pour préserver la qualité de ses programmes et son indépendance, RCF compte sur la mobilisation  de tous ses auditeurs. Vous aussi participez à son financement !

  • Ce don ne me coûte que 0.00 € après déduction fiscale

  • 80

    Ce don ne me coûte que 27.20 € après déduction fiscale

  • 100

    Ce don ne me coûte que 34.00 € après déduction fiscale

Faire un don