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Vignes et vins : la biodynamie est-elle catho-compatible ?
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Vignes et vins : la biodynamie est-elle catho-compatible ?

Un article rédigé par Thomas Cauchebrais - RCF Anjou, le 28 novembre 2023  -  Modifié le 28 novembre 2023
Dossier de la rédaction de RCF Anjou Vignes et vins : la biodynamie est-elle catho-compatible ?

La biodynamie : ses partisans y voient une approche plus respectueuse de la nature... mais d’autres pointent ses fondements ésotériques. Du point de vue catholique, que faut-il penser de la philosophie dont découle cette pratique, très à la mode auprès des viticulteurs ?

Image par alohamalakhov de Pixabay Image par alohamalakhov de Pixabay

Parait-il que c’est encore mieux que le bio ! Du point de vue des pratiques agroenvironnementales comme de celui du résultat dans le verre. En effet, la biodynamie séduit de plus en plus de vignerons en France et le Maine-et-Loire n’y déroge pas. Installés en agriculture biologique à saint Aubin-de-Luigné (49), sur un domaine de 17 hectares, Charlotte et Thomas Carsin se sont lancés en biodynamie dès 2016. Charlotte se souvient avoir été « séduite par l’aspect très poétique de cette pratique » où la terre et les planètes ont une place importante. Où la nature forme un ensemble cohérent que l’homme doit veiller à préserver. « Je m’y suis formée » explique-t-elle. « J’ai commencé à avoir des doutes lorsque j’ai posé des questions sur les recettes de cette pratique et qu’on m’a répondu que Rudolf Steiner, le créateur de la biodynamie, les avait obtenues par clairvoyance ».

Une croyance d’ordre spirituel ésotérique

Malgré ces questionnements, le domaine sera certifié en biodynamie en 2018. C’est quelques mois plus tard, après avoir entendu sur RCF Anjou un matin, la chronique du Père Jean-Baptiste Edart, actuel doyen de la faculté de théologie de l’Université Catholique de l‘Ouest à Angers (49), que Charlotte et son mari découvriront les fondements occultes de la biodynamie et de son créateur, le philosophe et occultiste du début du siècle Rudolf Steiner. « Cet autrichien a fondé l’anthroposophie » nous détaille le Père Edart. « Une doctrine qui est avant tout une croyance religieuse avec une vision particulière du monde. Le monde n‘aurait pas été créé. Dieu, ou du moins la divinité, serait immanent au monde et où le calendrier astral et zodiacal y prend une place importante. Il aurait eu ces révélations dans ce qu’il a appelé ses annales akashiques. Selon elles, le monde que nous connaitrions en est à sa 5ème version, après plusieurs cycles de destructions-reconstructions. Une vision spirituelle dont un certain nombre de choix ou de comportements mis en œuvre dans la production de produits biodynamiques sont directement dictés par ces croyances d’ordre spirituel ésotérique ».

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C’est donc à partir de ces « révélations » que Rudolf Steiner a élaboré 8 préparations, appelées préparâts et numérotées de 500 à 507. « Les deux plus importantes sont la 500 et la 501 » explique Olivier Lecomte. Le vigneron de Passavant-sur-Layon (49), cultivant 57 hectares de vignes en biodynamie depuis 2007, préfère les acheter chez Biodynamie Services en Bourgogne. « La 500, c’est de la bouse de vache enterrée dans une corne, enterrée à l’équinoxe et déterrée à l’équinoxe suivant. Nous récupérons un petit compost noir, une espèce de colloïde inodore, que nous dynamisons dans de l’eau de pluie chauffée à 37 degrés. Dynamiser consiste à brasser l’eau dans un récipient étroit jusqu’à ce qu’un vortex se forme pour ensuite tourner brutalement dans l’autre sens. C’est ce qu’on appelle créer un chaos. On fait ça pendant une heure, en extérieur, et selon certaines positions astrales.  Lorsque l’on fait tout cela, suivant les préceptes de Rudolf Steiner, on obtient des résultats plus profonds dans la dégustation du vin » assure cet adepte de la biodynamie qui, tout en constatant l’efficacité de cette pratique, confesse qu’il ne sait pas réellement comment sont fabriqués ces préparâts.

« Une pure croyance d’ordre religieuse qui n’a aucune valeur scientifique »

Les détracteurs de la biodynamie diront qu’elle ne repose sur aucun fondement scientifique. « Il est indéniable que notre monde est soumis à des rayonnements, à des magnétismes qui influent sur le vivant » rétorque Olivier Lecomte. « Regardez la lune sur les marées… dans le temps, on savait bien qu’il fallait aller chez le coiffeur à telle position de la lune, qu’il fallait mieux couper du bois à certaines périodes afin que l’arbre repousse mieux… ». Un argument qui ne tient pas selon le théologien Jean-Baptiste Edart : « Que la lune ait un effet sur les marées non mais sur le développement de la nature, je peux le nier. Il existe des études, réalisées selon un protocole scientifique strict par l’université de Nice, qui ne prouve absolument rien pour fonder une amélioration qualitative de la production agricole en fonction de la lune. De Saturne et des autres planètes, n‘en parlons même pas » assure l’enseignant-chercheur en démonologie. « Nous sommes là dans une pure croyance d’ordre religieuse qui n’a aucune valeur scientifique »

Une approche spirituelle qui est d’ailleurs assumée officiellement par la coordination agrobiologique (CAB) des Pays-de-la-Loire. Dans une note interne datant de 2017 que nous nous sommes procurée, il est mentionné explicitement qu’il est nécessaire de travailler avec les « êtres élémentaires ». En leur demandant explicitement de « protéger les ceps de vignes du gel sans oublier de leur dire bonjour, s’il vous plait, au revoir et merci ». « Les êtres élémentaires sont aussi dans les machines » peut-on lire plus loin. « Si vous devez passer avec votre tracteur, demandez-lui de réchauffer la terre et les ceps ». Dernière précision importante : « Je rappelle qu’il est impératif d’être respectueux de ces êtres et de ne pas le faire si on n’y croit pas ».

La biodynamie pose une question éthique

« J’ai pris conscience qu’il fallait que je fasse une démarche de foi en devenant biodynamiste » explique le vigneron Thomas Carsin, « et je n’étais pas prêt à le faire car ça rentrait frontalement en contradiction avec mon propre cheminement spirituel ». « Notre appui, c’est le Christ, c’est mon rocher » renchérit son épouse Charlotte, « et je ne vais pas faire appel à d‘autres formes spirituelles, que je ne connais pas, qui pourraient intervenir dans nos vies ».

Consommer du vin biodynamique peut-il poser un problème éthique au catholique ? « Je ne conseillerai pas d’investir dans la biodynamie » répond le Père Edart. « Maintenant, si on me propose lors d’un diner de boire un vin biodynamique, je le consommerai sans complexe. C’est un vin d’une grande qualité car avant d’être biodynamique, il a d’abord été élevé en biologique et pour lequel le vigneron a apporté beaucoup de soin. Je n’irai tout de même pas l’acheter par souci de ne pas financer les organismes de certification biodynamique. Des organismes dont je ne partage pas la philosophie et leur vision du monde ».

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