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Les évêques belges face à la commission abus : "Les abus sexuels sont contraires à ce que l'Eglise veut représenter"

Les évêques belges face à la commission abus : "Les abus sexuels sont contraires à ce que l'Eglise veut représenter"

Un article rédigé par Jean Lannoy - 1RCF Belgique, le 23 février 2024  -  Modifié le 23 février 2024

Après Mgr Patrick Hoogmartens et Mgr Luc Van Looy ce vendredi matin, l'archevêque Luc Terlinden, les évêques Guy Harpigny et Johan Bonny, le secrétaire général de la Conférence des Évêques Bruno Spriet et le porte-parole francophone de la Conférence Tommy Scholtes sont entendus ce vendredi 23 février après-midi par la Chambre au sujet des abus sexuels dans l'Église catholique en Belgique.

 Johan Bonny, évêque d'Anvers, Luc Terlinden, Archevêque de Malines-Bruxelles et Guy Harpigny, évêque de Tournai Johan Bonny, évêque d'Anvers, Luc Terlinden, Archevêque de Malines-Bruxelles et Guy Harpigny, évêque de Tournai

Ce 23 février au matin, ce sont Mgr Patrick Hoogmartens, évêque de Hasselt et Mgr Luc Van Looy, évêque émérite de Gand qui ont été auditionnés par les députés membres de la commission "abus", dans le cadre du volet "Approche au sein de l'Eglise et des organisations religieuses". Ils sont revenus sur les déplacements de prêtres, notamment sur l'affaire Delft, un prêtre salésien qui a commis des abus en Belgique et déplacé en République centrafricaine.

C'est un acte criminel, j'en ai pris de plus en plus conscience

Pour Mgr Patrick Hoogmartens, "Le contact avec des victimes d'abus m'a ouvert les yeux". Rejoint par l'évêque émérite de Gand, ils ont partagé une prise de conscience progressive sur la gravité des abus. Ils sont également revenus sur la problématique liée au retour à t'état laïc des prêtres accusés. "Si on laïcise un prêtre, on perd tout contact avec la personne". Ils sont également revenus sur la question de la prévention et de la prescription.

Les éléments financiers ne sont qu'un détail, mais nous avons voulu reconnaitre ces faits

Des excuses et compassion pour les victimes

C’est avec un peu de retard qu’a repris la commission dans l’après-midi. Mgr Luc Terlinden, Guy Harpigny et Johan Bonny ont avant tout pris la parole pour souligner que les abus sexuels sont contraires à tout ce que l'Église veut représenter : la proclamation de la Bonne Nouvelle dans la société, sa crédibilité et son plaidoyer pour la charité. "L'Église aurait dû prendre la défense des victimes et combattre chaque abus par tous les moyens possibles", ont déclaré les évêques. Pour eux, l'Église, comme la société dans son ensemble, manquait de connaissance et de compréhension. Ce fut une improvisation de solutions, comme dans d'autres milieux, au lieu d'assumer une responsabilité morale et de montrer ainsi à la société la bonne voie. Comme ils l'ont fait récemment devant le Parlement flamand, les évêques ont une fois de plus exprimé leurs excuses et leur compassion à l'égard des victimes, de leur famille et de leurs proches.

 

Une réaction historique aux abus

Les évêques ont rappelé que l'Église belge a mis en place, dès 1997, des points de contact pour le signalement d'abus sexuels dans un cadre pastoral, suivis de la création d'une commission en 2000 dédiée au traitement de ces plaintes. L'affaire Roger Vangheluwe, survenue en 2010, a marqué un tournant, exposant l'ampleur du problème et conduisant à une refonte de l'approche de l'Église. En réponse aux critiques et aux exigences de justice, les évêques ont adopté les recommandations d'un rapport parlementaire de 2011, mettant en œuvre un programme ambitieux de réformes, incluant la création d'un centre d'arbitrage pour les victimes.

Depuis 2012, l'Église a fait de grands progrès dans la prévention des abus, adoptant une politique de tolérance zéro et améliorant significativement le soutien aux victimes. Les faits récents ou particulièrement graves sont traités avec une rigueur exemplaire, illustrant une volonté de transparence et de responsabilité. Cependant, les défis demeurent, notamment en ce qui concerne le traitement des auteurs d'abus et la mise en place d'un soutien thérapeutique professionnel et accessible financièrement pour toutes les victimes.
Vers un changement fondamental dans la gestion des auteurs d'abus

Les évêques belges ont également souligné un changement fondamental dans leur politique vis-à-vis des auteurs d'abus, avec une approche plus scientifique et une coopération étroite avec les autorités judiciaires et ecclésiastiques. La mise en place d'un "Conseil de supervision" en 2016 a permis d'assurer un suivi et une prise en charge adaptés des auteurs d'abus, témoignant d'un engagement à prévenir de nouveaux cas et à traiter les affaires avec la gravité qu'elles requièrent.

LÉglise belge a voulu montrer une volonté claire de se réformer et de coopérer avec les institutions compétentes pour assurer justice et soutien aux victimes d'abus sexuels. Les évêques belges ont également appelé à un renouveau interne de l'Église et à une amélioration continue des mesures de prévention et de prise en charge, dans l'espoir d'éradiquer définitivement ce fléau de leur institution.

 

 

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