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JO de Pékin 2022 : pourquoi le pouvoir chinois mise sur les sports d'hiver
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JO de Pékin 2022 : pourquoi le pouvoir chinois mise sur les sports d'hiver

Un article rédigé par Baptiste Madinier - RCF, le 3 février 2022  -  Modifié le 3 février 2022

Avec les Jeux olympiques de Pékin 2022, qui s'ouvrent ce vendredi 4 février, le pouvoir chinois veut envoyer un message à son peuple : le pays du milieu fait désormais partie des grandes puissances. Le président Xi Jinping mise même sur les sports d'hiver pour écrire le roman national. D'ici 2030, il veut mettre 300 millions de Chinois sur des skis.

Station de ski de Xinjiang, en Chine. ©Unsplash Station de ski de Xinjiang, en Chine. ©Unsplash

JO de Pékin, l'envers du décor

Loin du rêve affiché au départ, les Jeux olympiques d’hiver de Pékin (du 4 au 20 février), font plutôt figure de rendez-vous maudit. Entre stratégie "zéro Covid", boycottage diplomatique et coût écologique, rarement on aura aussi peu parlé de sport à l’approche du plus grand rendez-vous sportif de la planète pour les sports d’hiver. 

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Les Jeux d'hiver, l'apanage des grandes puissances

Quelles sont les grandes différences entre les Jeux olympiques d’hiver et ceux d’été ? Une fois évincées les réponses évidentes, il reste un constat : ceux d’hiver sont l’apanage des pays développés. Pour se mesurer aux grandes puissances, l’objectif de Pékin est donc de populariser les sports de glisse au sein de sa population.

"En organisant ces Jeux d’hiver, l’enjeu pour le pouvoir chinois est d’abord de s’adresser à sa propre population, explique Patrick Clastres, professeur d’histoire du sport à l’Université de Lausanne​​​​, afin de montrer que la Chine est véritablement entrée dans le concert des très grandes nations, parce qu’elle offre à son pays des pratiques de sport d’hiver qui étaient jusqu’ici réservées aux pays occidentaux dits, développés."

 

Le ski, véritable cause nationale en Chine

Le ski est donc devenu une grande cause nationale en Chine. Le président Xi Jinping a même un agenda avec un objectif précis : mettre 300 millions de chinois sur des skis d’ici 2030 ! "Il y avait très peu de stations de ski digne de ce nom en Chine au début des années 2000", note la géopolitologue du sport Carole Gomez, directrice de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Preuve de la politique volontariste du pouvoir chinois : "Il y a près de 600 stations de ski répertoriées aujourd’hui dans le pays."

Au niveau des pratiquants, on est passé de quelques dizaines de milliers dans les années 1990 à un peu plus de dix millions dans la décennie 2010. "La Chine est le premier pays d’Asie à avoir autant de pratiquants de sport d’hiver", relève Patrick Clastres. "C’est une manière de dire au peuple chinois qu’au pays de l’harmonie, concept opposé à la disharmonie démocratique, on est capable d’offrir des conditions de loisirs qui sont le signe d’un bien-être équivalent à celui des démocraties occidentales qui vivent une zizanie sociale."

Le message est clair : pas besoin d’être une démocratie plurielle pour avoir une société de bien-être et de loisir. Les dirigeants chinois sont donc bien mués par la volonté de remettre en cause le modèle occidental. “Il y a aussi un enjeu économique pour la Chine qui cherche à développer ce tourisme pour sa population, mais aussi à l’échelle internationale” ajoute Carole Gomez.

 

Écrire le roman national

L’ambition pour Pékin est donc d’écrire le roman national. "Dans cette optique, il ne faut pas négliger l’importance de la cérémonie d’ouverture” explique Carole Gomez. “Il faudra analyser le récit imaginé par la Chine concernant son lien avec les sports d’hiver."

Les Jeux olympiques au service du récit national : le concept est loin d’être nouveau et la Chine s’inscrit dans la lignée d’autres éditions. "L’usage des JO par les dictatures a d’abord et toujours été un usage en direction de sa propre population. Cela avait été le cas pour Hitler en 1936 à Berlin et pour Moscou en 1980 en URSS. La seule nouveauté, c’est qu’ici la Chine mise sur les Jeux d’hiver", conclut Patrick Clastres.

 

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