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Jérôme Ferrari: "sortir un livre est quelque chose de collectif"
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Jérôme Ferrari: "sortir un livre est quelque chose de collectif"

RCF,  -  Modifié le 7 septembre 2018
​Le mois de septembre est marqué par la rentrée littéraire. Plusieurs centaines de nouveaux romans vous attendent sur les tables de vos libraires.
Fanny Cohen-Moreau RCF Fanny Cohen-Moreau RCF

Une réflexion sur les photos de presse

Parmi les nouveautés remarquées et attendues, "A son image" (éd. Actes Sud), le nouveau roman de Jérôme Ferrari, Prix Goncourt 2012 pour "Le Sermon sur la chute de Rome". Ce roman raconte l’histoire d’Antonia, une jeune photo reporter qui s’est brûlé les ailes en voulant photographier la guerre en Bosnie. Un livre qui fait place à une vraie réflexion sur la photographie. Une image est à l’origine de ce livre. "C’est une photographie de Ron Haviv, qui doit dater de 1992, prise en Bosnie, et dans laquelle on voit un paramilitaire serbe donner des coups de pied dans les cadavres de trois civils bosniaques qu’il vient d’abattre, et il le fait avec une désinvolture complète" explique Jérôme Ferrari.

La jeune héroïne du roman de Jérôme Ferrari part donc en Bosnie pour tenter de photographier cette guerre, mais elle ne va pas y arriver. "Le problème principal, c’est le risque d’en faire un motif de jouissance et de la montrer de manière obscène. Le second problème, c’est celui de l’utilité des images qui est de moins en moins évidente. On n’a plus de photo qui ait eu un impact comme la petite fille durant la guerre du Vietnam. Il y en a tellement que la seule chose qu’elles semblent faire c’est susciter une émotion assez éphémère. Mon personnage en tire la conclusion que ces photos sont à la fois mauvaises et inutiles" ajoute l’auteur.
 

"Des émotions aussi intenses que stériles"

Une réflexion qui interroge le métier de journaliste, et de témoin. "Les gens doivent être dérangés. La question n’est pas de savoir s’il faut les déranger, mais à quoi ça sert de les déranger. L’exemple le plus évident, c’est l’impact qu’avait eu la photo du petit Aylan sur la plage. Ce sont des émotions qui sont pour le moins aussi intenses que complètement stériles. Moi je continue à écrire, mais je pense en plus qu’il est nécessaire de continuer à prendre des photos. Peut-être qu’un témoignage vaut par lui-même, même si les gens ne sont pas attentifs tout de suite. C’est essentiel" lance Jérôme Ferrari.

Le livre de Jérôme Ferrari commence par la fin. Il commence par le récit des funérailles d’Antonia, célébrées par son parrain, un jeune prêtre. "J’ai toujours eu un penchant mystique assez prononcé bien que je sois un pur agnostique. J’ai toujours eu une certaine sensibilité aux rituels. Cela m’intéressait beaucoup de voir ce qu’il pouvait advenir du rituel et de l’expérience de la foi dans une société où c’est moins ancré qu’autrefois. J’aimerai bien être croyant mais j’ai une incapacité intellectuelle à l’être. Je suis en manque de transcendance. Je n’ai pas l’impression que l’on puisse se contenter d’une vie consacrée à l’immanence et je ne crois pas beaucoup à la transcendance" lâche l'auteur d'"A son image".

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