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Illettrisme, un mot toujours d'actualité
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Illettrisme, un mot toujours d'actualité

RCF,  -  Modifié le 13 septembre 2018
Chaque jour Jean Pruvost décrypte un mot qui fait l'actualité.
Fanny Cohen Moreau Fanny Cohen Moreau

Je marque de fait toujours une petite hésitation lorsqu’on me  demander à brûle-pourpoint l’orthographe d’illettrisme, parce que j’ai longtemps fait une faute sur ce mot en y mettant un é ce qui est stupide, mais que voulez-vous, jusqu’à trente ans je l’ai écrit ainsi, même si je mettais bien les deux l et les deux t. À croire que j’ai été longtemps illettré, là aussi sans accent aigu !

C'est un mot piège ! La première attestation du mot date de 1978, et c’est bien sûr un mot construit sur illettré, qui lui au contraire est ancien, attesté en 1560, et venant du latin illitteratus. Autrefois on appelait illettré quelqu’un n’étant pas lettré, ignorant la littérature, mais depuis un siècle environ, c’est vraiment la personne partiellement incapable de lire et d’écrire. En fait depuis peu on fait la distinction entre analphabète et illettré.

Analphabète est un mot venu au tout départ du grec analphabetos, signifiant précisément qui ne sait ni A, alpha, ni B, bêta, puis le mot est passé en italien, analfabeto, pour entrer en français en 1580. On réserve le mot « analphabète » aujourd’hui à la personne qui n’a pas appris à lire et à écrire dans sa langue, pour la simple raison que cette personne n’est pas allée à l’école. En 1938, dans Les Grands Cimetières sous la lune, Georges Bernanos dit de l’un de ses personnages qu’« il n’est plus analphabète, il n’est plus maintenant qu’ignorant ». Belle progression, bientôt il pourra être cultivé et maîtriser le participe passé avec avoir.

De son côté l’illettré représente plutôt la personne qui a été scolarisée mais qui n’a pas maîtrisé la lecture et l’écriture ou bien en a oublié ladite maîtrise. Et comme vous le savez Stéphanie, j’aime assez le regard des verbicrucistes sur les mots. Et pour une fois avec le mot « analphabète », j’ai mis un moment à comprendre.

Des définitions m'ont interloqué. La première est celle-ci : « Produit d’un société sans classes », classes au pluriel. Non ce n’est pas Marx qui parle, mais il faut comprendre que sans l’école obligatoire et ses classes nous serions analphabètes. Et maintenant voici la seconde : « Signe de la croix ». Là je suis resté un moment perplexe. Lorsque j’ai compris que jadis l’analphabète signait son nom d’une croix : « signe de la croix ». 
 

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