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Crise au Bélarus : quelle réponse européenne ?
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Crise au Bélarus : quelle réponse européenne ?

RCF,  -  Modifié le 8 septembre 2020
Les experts de l'international Crise au Bélarus : quelle réponse européenne ?
Une profonde crise secoue actuellement la Biélorussie en raison de la réélection contestée du président Loukachenko. Que peut faire l'Union européenne dans ce contexte tendu ?
DR DR

On a tendance à l’oublier, mais à 3 heures de Paris en avion, 2h de Berlin ou 1h de Varsovie se trouve la dernière véritable dictature européenne. Située au Sud des Etats Baltes et à l’Est de la Pologne, faisant ainsi tampon entre l’Union européenne et la Russie, le Bélarus est dirigé d’une main de fer depuis 1994 par Alexandre Loukachenko, qui, jusqu’à cet été, était assez peu contesté par la population. Mais la dernière campagne présidentielle qui l’opposait à Svetlana Tikhanovskaïa a fait voler le fragile équilibre du pays. A l’issue d’une campagne au cours de laquelle une véritable ferveur populaire est née autour de Mme Tikhanovskaïa, des résultats sans nul doute truqués ont été annoncés proclamant la réélection de Victor Loukachenko avec plus de 80% des voix. Depuis lors, une foule pacifique compacte manifeste pour obtenir le départ du dernier dictateur d’Europe au son de « Mury », l’hymne de Solidarnosc dont on fête cette année les 40 ans. Cela fera un mois demain que les Bélarusses sont dans la rue par dizaine de milliers, et ce malgré la terrible répression, les arrestations, les cas documentés de torture. Le Belarus est peut-être en train de vivre son 1989.

La réaction de l’UE ne semble pas tout à fait à la hauteur de la crise au Belarus. Ne reconnaissant pas le résultat des élections du 9 août dernier, les 27 ont convenu d’arrêter des sanctions contre les dirigeants bélarusses et réclamé l’arrêt des violences. Il me semble qu’il y a deux explications à la faiblesse de cette réaction. D’une part, les Européens ne peuvent pas se permettre de reproduire les erreurs de 2014 dans la gestion de la crise ukrainienne. Si les Européens entendent s’investir pour soutenir la société civile bélarusse (ce qui correspondrait aux valeurs dont ils se réclament), alors ils doivent être prêts à assumer leur position et affronter la réaction de la Russie. Ce qu’ils n’ont pas su faire en 2014. L’autre raison de la faible réaction européenne est plus prosaïque : l’unanimité prévaut en politique étrangère et la crise du Bélarus arrive au même moment que la crise gréco-turque en méditerranée orientale qui divise profondément l’Europe. Le Bélarus est en quelque sorte la victime collatérale de cet autre conflit.

Quelle issue peut-on espérer à cette crise ? C’est toujours difficile de répondre à ce type de question, mais il est difficile d’imaginer un simple retour au calme. Encore une fois, comme avec l’Ukraine en 2014, la Russie est un acteur qui sera majeur pour l’avenir politique du Bélarus. Loukachenko est un allié de Poutine et le Bélarus joue le rôle de zone tampon avec l’OTAN. Poutine pourrait probablement accepter le départ de Loukachenko si sa situation devient intenable, mais jamais il ne pourra accepter la mise en place d’un régime ou d’un gouvernement ouvertement pro-occidental. Reste à savoir quel rôle veulent jouer les Européens.
 

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