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Brexit: "il n’existe aucune majorité sur les différents scénarios de sortie"

RCF,  -  Modifié le 29 mars 2019
​Le vendredi 29 mars aurait dû être le jour du Brexit. Mais les Anglais vont rester encore quelque temps dans l’Europe. Car la situation n’a jamais été aussi confuse.
Philippe Marlière Philippe Marlière

Vendredi, les députés britanniques devraient pour la troisième fois se prononcer sur l’accord négocié pendant 17 mois avec l’Union européenne. Un accord qu’ils ont déjà rejeté à deux reprises. A cette occasion, Stéphanie Gallet donne la parole à Philippe Marlière, politologue français, professeur de Sciences politiques à l’University College de Londres,  installé dans la capitale britannique depuis près de vingt ans.
 

Une forme de lassitude au Royaume-Uni

Philippe Marlière explique tout d’abord que les Anglais sont assez perdus. "Il y a une forme de lassitude. Ils subissent ce feuilleton depuis un moment. Sur place, on espère un dénouement mais on ne peut pas savoir ce que donnera le vote des députés au Parlement. Les choses sont plus confuses que jamais. Mais en général, les Britanniques, avec leur calme et leur flegme traditionnel, s’en sortent bien" explique-t-il notamment.

"Theresa May avait indiqué que le Royaume-Uni sortirait bien le 29 mars, quoi qu’il arrive. Nous n’en sommes pas là. Cela montre bien que c’est plus compliqué qu’elle ne le pensait. Ce qu’il faut rappeler, c’est que cet accord qu’elle va tenter de faire voter encore une fois aujourd’hui, est un accord sur les modalités de sortie. Ce n’est pas un accord, qui sera nécessaire, sur l’avenir des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Pourquoi c’est si compliqué ? Parce qu’il n’existe aucune majorité sur les différents scénarios de sortie" précise le politologue.
 

Les premières victimes: les milieux économiques

Pour Philippe Marlière, le référendum sur le Brexit validé il y a trois ans est un accident de l’histoire. "A l’origine, le vote de sortie n’était pas une préoccupation des Britanniques. A l’époque, c’est David Cameron qui pour apaiser son aile droite eurosceptique avait concédé ce référendum. Il pensait qu’en leur accordant ce vote, il pourrait le gagner et asseoir son autorité sur ce petit groupe de droite. En réalité, les choses ne se sont pas passées selon son scénario. Il a perdu. Aujourd’hui, David Cameron a pris sa carrière politique et il est totalement discrédité" lance-t-il.

D’après ce professeur de sciences politiques, les premiers perdants de la situation actuelle sont les milieux économiques et financiers. "Ils se demandent ce qui va se passer. Il y a des signes assez inquiétants, des entreprises étrangères qui sont parties. Cela entraîne des pertes d’emplois localement. C’est tout à fait l’effet inverse de ce qui était prôné par les partisans du Brexit" analyse-t-il.
 

L'europe a fait ce qu'elle pouvait

Quant à Theresa May, Philippe Marlière indique qu’elle est devenue aujourd’hui la personnalité politique la plus détestée dans son pays. "Pas seulement par l’opposition mais aussi dans son propre parti, et par le public. Elle-même a voté le maintien dans l’Union. Elle a indiqué vouloir se mettre au service d’un vote populaire. Le problème a commencé lorsqu’elle a géré le dossier en donnant des gages à l’aile droite eurosceptique toujours minoritaire dans le pays pour rien finalement. Elle a perdu un crédit immense auprès de l’ensemble des autres forces politiques. Elle semble avoir piloté ce dossier de manière bornée"  estime le politologue.

Pour autant, dans ce dossier, conclut Philippe Marlière, l’Europe a fait ce qu’elle pouvait. "Elle était un partenaire et devient un négociateur qui est moins un partenaire qu’une autre partie qui défend ses intérêts. De ce point de vue là, les Britanniques ont bien compris que l’Europe a joué sa carte pour défendre sa construction politique. Les critiques se concentrent aujourd’hui sur le gouvernement, mais aussi sur l’opposition" conclut Philippe Marlière.
 

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