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Bifurquer
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Bifurquer

RCF,  -  Modifié le 9 juin 2020
Bifurquer, c'est le titre du dernier essai de Bernard Stiegler, les décroissants aussi nous invitent à bifurquer mais d'où vient-il ce mot ?
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Voilà un verbe que tout le monde connaît, et en ce qui me concerne, il m’avait frappé lorsqu’au siècle dernier, il y a bien longtemps j’étais en classe de première et que le professeur de lettres d’alors ainsi que celui de mathématiques expliquaient que l’année suivante, nous allions « bifurquer », vers les lettres ou les mathématiques. C’était l’époque antédiluvienne où il y avait un bac philo, on disait ainsi, et un bac mathélem. Il fallait choisir. En fait il y avait une troisième voie, Sciences-ex, sciences expérimentale, et à l’époque j’avais dit qu’on pouvait trifurquer, mais ce verbe n’existe pas…

En fait, on doit le verbe « bifurquer » à Ambroise Paré notre premier grand chirurgien, qui l’utilisa en effet en 1560, en partant du latin birfurcus, signifiant « fourchu » où on retrouve bis, qui signifie deux bien sûr, et furca, la fourche. Bifurquer, c’est effectivement se diviser en deux, en forme de fourche à deux pointes. On dira ainsi que la rivière « bifurque » ou que le chemin « bifurque » quand il se divise en deux. C’est par extension que « bifurquer » a signifié ensuite « abandonner une voie pour en suivre une autre ». Dans l’idée de la fourche, on voit bien que dans le corps humain, des artères, des veines peuvent bifurquer, tout comme par exemple dans le Dictionnaire des jésuites de Trévoux, en 1761, on évoque les « dents molaires dont les racines, est-il dit, se bifurquent. » Plus tard avec le chemin de fer et l’automobile, de manière usuelle, bifurquer est devenu le fait d’abandonner une direction pour en suivre une autre. S’agissant du mot bifurcation, né en 1561, également ave Ambroise Paré, ce fut d’abord un terme d’anatomie, adoptée aussi pour une branche d’arbre se divisant en deux. Et enfin, dès 1894, ce fut un mot important du vocabulaire du chemin de fer, quand une voie ferrée se divise en deux voies, on parlera même de « gares de bifurcation ».

Eh bien oui, on revient au début où je disais que ma première bifurcation ce fut donc de choisir la philo en terminale. Puis les lettres, puis la linguistique, puis la lexicologie, puis RCF, puis tout de suite, là, je bifurque vers un café plutôt que vers un chocolat… Dans le fond, on bifurque tout le temps !

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Émission Le mot du jour © RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
Le mot du jour

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