455 Juifs ont été victimes de la Shoah dans le Cher    

Guillaume Martin-Deguéret - RCF en Berry, le 06/12/2022 à 15:04
 -  Modifié le 06/12/2022 à 15:52
Cher

Les Archives départementales du Cher consacrent une exposition au sort des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale sur le territoire. "Être Juif dans le Cher, 1939-1945" propose de découvrir à travers des documents d'archives des parcours de femmes et d'hommes frappés de l'étoile jaune.

Des documents d'archives à découvrir au sein de l'exposition © RCF - Guillaume Martin-Deguéret. Des documents d'archives à découvrir au sein de l'exposition © RCF - Guillaume Martin-Deguéret.

Ils sont 455 victimes de la Shoah dans le Cher, exécutées ou arrêtées sur notre territoire. Ce chiffre, point de départ de l'exposition, est le fruit d'un travail de recherches des Archives : « Il a été mené par Delphine Pelletier, pendant quelques mois ici » explique le directeur Xavier Laurent. « On lui avait demandé de faire le point sur les Juifs dans le département qui s'y étaient fixés, mais aussi qui y avaient été arrêtés et d'en établir une liste. C'est un peu un réexamen des chiffres qu'on donnait d'habitude, et qui ne tenaient pas forcément compte des arrestations, nombreuses, qui avaient lieu sur la Ligne de démarcation. Pour nous, c'est un moyen de montrer que le phénomène est massif et a marqué le département ». 

 

En zone libre, dans le sud du Cher, les juifs aussi seront persécutés © RCF - Guillaume Martin-Deguéret.

Le piège de la Ligne de démarcation

 

Avant la guerre, la communauté juive n'est pas très importante dans le département, environ une centaine d'individus. Ce qui va faire la particularité du Cher durant l'Occupation, c'est la Ligne de démarcation qui traverse le territoire : « Le Cher est un des départements français qui va se retrouver vraiment partagé en deux. La Ligne de démarcation passe aussi en Indre-et-Loire par exemple, mais ce n'est qu'un tout petit bout du territoire qui est concerné. La Ligne de démarcation, c'est un endroit qui va servir de "nasse", c'est un piège. C'est là qu'on va arrêter beaucoup de Juifs qui essayent de passer d'une zone à l'autre ». Nœud ferroviaire important, même Vierzon est coupée en deux, entre zone libre et zone occupée : « C'est un lieu de passage très fort, il y a beaucoup de contrôles dans les trains. C'est un lieu d'arrestation très important pour les Juifs. »

 

Registre d'écrou du Bordiot, la maison d'arrêt de Bourges en juillet 1942 © RCF- Guillaume Martin-Deguéret.

L'horreur au nord et au sud

 

La zone sud, contrôlée par le régime de Vichy jusqu'en 1943, n'échappera pas aux exactions. Deux rafles y seront perpétrées : « Une rafle est organisée à l'été 1942 et une autre en février 1943, et c'est bien à l'initiative des autorités françaises. Ce sont des rafles qui font à chaque fois environ 40 victimes ». Que deviennent ces Juifs, une fois capturés en Berry ? « En général, ils passent quelques jours en prison. En zone nord, c'était au Bordiot à Bourges, mais ça peut être à Saint-Amand-Montrond. Ensuite, ils sont envoyés dans des camps de transit, où ils peuvent séjourner plusieurs mois ». Capturés en zone libre ou occupée, le parcours des détenus sera différent : « Pour la zone nord, depuis Bourges, on envoie les Juifs principalement vers les camps du Loiret à Beaune-la-Rolande et Pithiviers. En zone sud, il y a tout un panel de camps. Le plus proche, c'est Douadic dans l'Indre. Il y a aussi le camp de Nexon, près de Limoges, qui est une destination assez fréquente ». Avant de prendre la direction des camps de la mort...

 

36 victimes aux puits de Guerry à côté de Bourges © RCF - Guillaume Martin-Deguéret.

Le massacre des puits de Guerry


C'est l'un des événements les plus tragiques qu'a connu le Cher durant l'Occupation, le massacre des puits de Guerry à Savigny-en-Septaine : « Ce sont des Juifs, qui avaient été arrêtés à Saint-Amand-Montrond ; c'était en partie une mesure de rétorsion à la libération de la ville, entreprise par les forces de la Résistance en juin 1944. On arrête les Juifs, on les transporte au Bordiot. À l'été 1944, il n'est plus possible de les déporter, les transports ferroviaires sont désorganisés, donc on va les exécuter dans un endroit secret, sur le Polygone de tir, et on va précipiter leurs corps dans les puits ». 36 personnes y laisseront la vie. Seul un homme, Charles Krameisen parviendra à s'échapper. Sa femme, Marthe, n'aura pas cette chance. « C'est un événement assez extraordinaire dans l'histoire de la Shoah en France » explique Xavier Laurent, « C'est un meurtre de masse, commis sur le territoire français, alors que d'habitude, on exterminait les Juifs en les envoyant en déportation vers les camps de la mort, et principalement Auschwitz. »

 

Une classe de Châteaumeillant en 1943. Les flèches rouges désignent les enfants Juifs cachés dans la commune © RCF - Guillaume Martin-Deguéret

Châteaumeillant la juste


Massacre, rafles, arrestations : la vie des Juifs a été dure dans le Cher, mais le Berry a également servi de refuge. « Le département s'illustre aussi par la quantité de personnes qui ont caché des Juifs, de manière isolée ou plus organisée ». C'est le cas notamment de Châteaumeillant, où une centaine de Juifs seront cachés au sein des familles pendant la durée de la guerre, notamment de très nombreux enfants, sans aucune arrestation : « Dans cette petite cité, des réseaux organisés ont permis de cacher des familles entières. Il y avait un système sophistiqué pour prévenir d'une éventuelle menace, pour les transporter dans d'autres lieux et ne pas se faire repérer ». La petite commune du sud du Cher a rejoint cette année le réseau "Villes et Villages des Justes de France" porté par le comité français de l'association Yad Vashem.

 

Pistolet-mitrailleur Sten ayant appartenu à Samuel Rozenberg. Sa fille Ida était cachée à Châteaumeillant © RCF - Guillaume Martin-Deguéret.


L'exposition "Être Juif dans le Cher, 1939-1945" est à découvrir aux Archives départementales jusqu'au 12 mars 2023.
 

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