
Entre Cabarets, Café-concert et Music-Hall
Philippe Soler nous invite à un voyage entre Cabarets, Café-concerts, Music-hall, entre chansons d’époques, « La Belle époque », chansons divertissantes, grivoises, raffinées, poétiques, prosaïques, amoureuses, désespérées, chansons réalistes, surréalistes. Romances oubliées d’un autre temps ou alors, refrains intemporels à jamais ancrés dans nos mémoires. Et qui dit chansons, dit chanteurs ou chanteuses, à la voix pleine ou éraillée, à la voix qui traine, à la voix qui beugle, à la voix au timbre poignant. A ces moineaux, à ces Piafs, à ces aigles vêtus de noir. Du Chat noir au Cabaret de l’Ecluse, de Montmartre à Saint-Germain-des-Prés, découvront un demi-siècle de chansons, de poésies.
Episodes
8 août 2026De chez Patachou à l'Echelle de Jacob
A la fin des années 1940, combien de cabarets vont fleurir, de La Rose Rouge au Bateau Ivre, en passant par l’Échelle de Jacob, La Fontaine des Quatre-Saisons. Combien d'artistes vont s'essayer, face à un public attentif, ou pas, mais toujours respectueux, public qui aura ce besoin de découvrir de nouveaux horizons, avec cette conscience d'être face à un immense territoire qui s'ouvre à lui, une nouvelle manière de faire, de dire, de chanter les choses, grâce à l'apparition de ce que l'on appellera, les « auteurs-compositeurs-interprètes ». Une chanson plus engagée, plus directe, aux nombreuses facettes.
Elle s’appelait Henriette Ragon. Elle ouvrira un salon de thé à Montmartre, au 13 rue du Mont-Cenis. Pour animer ce lieu, elle engagera un accordéoniste et ira jusqu'à pousser la chansonnette, avec un répertoire de titres réalistes, quelques chansons gouailleuses, sans oublier les refrains de salle de garde. La voix est magnifique, avec une gamme d'inflexions passant de la rugosité à la douceur. Patachou était d’une intelligence rare. Dotée d'une grande générosité, elle ouvrira son cabaret aux autres, cabaret qui du reste sera très prisé, durant ces années 1950. Elle adorait découvrir de nouveaux talents. Et ils seront nombreux à débuter chez Patachou, nombreux à lui être redevable.
En ce début des années 1950, la carrière d’un certain Georges Brassens ne décolle pas. Notre chanteur, totalement désespéré, est prêt à tout plaquer. Alors un soir, on tente le tout pour le tout. Brassens est embarqué avec sa guitare, dans la 2CV d'un journaliste de Paris Match, Pierre Galante, direction le cabaret de Patachou. Brassens n’en mène pas large. Mort de peur, il refuse de monter sur le podium, préférant s’installer à la table pour présenter ses chansons. Et là, ce sera le choc. Patachou captera immédiatement l'importance de ce qui est en train de se passer. Non seulement elle comprendra dès les premières notes, qu'elle a à faire à quelqu'un hors du commun, mais elle se projettera. Elle verra l'immense artiste en devenir. Immédiatement, elle lui prendra quelques chansons, et l'invitera à venir chanter, dès le surlendemain, dans son cabaret. Et puis, elle le présentera à Jacques Canetti, directeur artistique de la firme de disques Philips/Polydor. Et grâce à ce coup de pouce, Brassens sera propulsé sur le devant de la scène. Une véritable bombe pour l'époque !
Et puis il y aura « L’Échelle de Jacob » métaphore symbolique pour un cabaret qui a servira de tremplin à de jeunes artistes.
Une soirée passée, au cabaret de l’Échelle de Jacob, était synonyme de dépaysement. Ambiance feutrée, intimité, le temps était comme suspendu. La maîtresse des lieux, Suzy Lebrun, une ancienne coiffeuse, native de Normandie, personnage haut en couleur, triviale mais attachante, avait un flair, un sens artistique très sûr, pour ce qui est du choix des artistes. Son cabaret ne désemplira pas et sera synonyme de laboratoire, les artistes venant essayer leurs dernières chansons, leurs derniers numéros, face à un public exigeant. Passer dans un cabaret de cette envergure était une épreuve redoutable, l'épreuve de vérité, le face le face avec le public, où la moindre émotion, sensation, frisson, tout comme l'indifférence, se percevait dans le regard de l'autre. Il y avait une proximité avec le public, qui ne laissera aucune chance à la médiocrité.
Chansons entendues au cours de ce voyage :
Patachou
Domino
Philips 1960
Patachou
Les amoureux des bancs publics (Brassens)
Philips 1954
Georges Brassens
Hécatombe
Philips Récital à la Villa d’Este 21 décembre 1953
Georges Brassens
La marine (Paul Fort)
Philips 1953
Patachou
Les croquants (Brassens)
Philips Olympia 1955
Patachou
Parce que (Aznavour)
Philips 1954
Charles Aznavour
Viens pleurer au creux de mon épaule
Ducretet-Thomson 1955
Yves Montand
Un gamin de Paris
Odéon 78 tours 1951
Cora Vaucaire
Rien à craindre (Prévert)
Pathé 1965
Cora Vaucaire
Comme au théâtre
Canetti Récital Théâtre de la ville 1973
Michèle Arnaud
Comme une amourette
Pathé 1962
Pia Colombo
La valse à mille temps (Brel)
Philips 1959
Jacques Brel
L’air de la bêtise
Philips 1957
Jacques Brel
Madeleine
Barclay Récital Cologne 7 décembre 1963
Droits image: photo philippe soler
1 août 2026Dans les caves de Saint-Germain-des-Prés
Et si nous partions faire un tour, à travers les rues de Saint-Germain-des-Prés, ce quartier, ou plutôt ce village, qui deviendra à partir de 1945, l'un des plus emblématiques centre intellectuel et artistique européen.
Dans ces années, Saint-Germain-des-Prés était loin d’être le lieu élégant et touristique que l'on connaît aujourd'hui. C'était un endroit, certes vivant, bruyant, mais ô combien pauvre. Les immeubles étaient noircis par le charbon, et les rues portaient encore, les cicatrices des années de guerre. Autour de l'église, s’agglutinaient des libraires, des maisons d'édition, des cafés, des caves humides, lesquelles avaient servi d'abri durant l'occupation, des caves transformées en Clubs, en Cabarets.
A la libération, nos poètes vont changer de visage. Ils auront pour nom, Jacques Prévert, Boris Vian, et Saint-Germain-des-Prés deviendra synonyme de liberté. On appellera la chose, existentialisme, une ambiance, plus qu'une philosophie. Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir seront porteurs de cette idéologie, prenant leurs quartiers au Café de Flore, entraînant avec eux, une jeunesse avide de changements.
Mais, ce qu'il y aura de marquant dans cette aventure, ce sera la bande son de Saint-Germain-des-Prés, le Jazz. Et pour être plus précis, deux styles de jazz, lesquels vont s'opposer, s'affronter, pour se faire gentiment la guéguerre. Le Be-Bop avec Charlie Parker et Dizzy Gillespie. Le New Orleans avec Claude Luter, accompagné de Monsieur Sidney Bechet.
C'est toute une génération, privée de son adolescence, qui rattrapera le temps perdu, dans les cafés, dans les caves, bravant les interdits, imposés par quatre années de privations, avec deux figures majeures à sa tête, Juliette Gréco et Boris Vian.
Chansons et Titres entendus au cours de ce voyage :
Léo Ferré
A Saint-Germain-des-Prés
Chant du Monde 1953
Sidney Bechet
Petite Fleur
Vogue 21 janvier 1952
Boris Vian
Je suis snob
Philips 1956
Juliette Gréco
La fourmi
Philips Olympia 1955
Charlie Parker et Dizzy Gillespie
Bloomdido
Verve 6 juin 1950
Rex Stewart et Duke Ellington
Swing Baby Swing
RCA 7 juillet 1937
Duke Ellington
In a sentimental mood
Capitol
14 avril 1953
Boris Vian et l’Orchestre du Tabou
Basin Street Blues
INA 25 octobre 1947
Bud Powell
There will never be another you
RCA 5 octobre 1956
Miles Davis
Ascenseur pour l’échafaud
Fontana 1958
Philippe Clay
Juste le temps de vivre (Poème de Boris Vian)
Philips 1956
Boris Vian
La java des bombes atomiques
Philips 1956
Boris Vian
Complainte du progrès
Philips 1956
Juliette Gréco
Il n’y a plus d’après
Philips 1960
Claude Luter et son Big band
Tiger Rag
Verve 1960
Droits image: photo philippe soler
25 juillet 2026Les années d'occupation. Prévert et la Rose Rouge
Pour ce troisième voyage, revivons les années d’occupation. En mai 1940, les Allemands percent la ligne Maginot, donnant le coup d'envoi à une débâcle, qui durera trois semaines. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, à Paris, une certaine France continuera de se divertir. Les cabarets ne désempliront pas, l'Alcazar rouvrira ses portes, et le tour de chant continuera de triompher. Il faut bien distraire le Parisien, il faut bien distraire l'Allemand.
Maurice Chevalier nous chantera « Paris sera toujours Paris » La chanson française continuera de conjuguer l'amour, ou plutôt, le désespoir sentimental, et nos refrains baigneront dans un climat nostalgique.
Et puis dans ces années, il sera de bon ton d’être zazou. Les jeunes afficheront une attitude, totalement « je m'en foutiste », insouciants par rapport aux drames qui se jouent, défiants par là même les autorités, qu'elles soient allemandes, ou françaises.
N’oublions pas le regard du poète, Jacques Prévert. La chanson française est en train de rompre les amarres, avec les refrains de papa. Une nouvelle poésie, une nouvelle manière de dire se met en place, laquelle verra son apogée dans les cabarets « Rive gauche ». Des nouvelles voix, des nouveaux physiques vont apparaître. La jeunesse est à la recherche d'un nouveau style d'expression, et le cabaret de « La Rose rouge » en sera la parfaite illustration. On pouvait y goûter ce mélange de poésie, de théâtre, de mimes, de chansons, la chanson engagée. Léo Ferré, Raymond Queneau, Juliette Gréco, Francis Lemarque, les Frères Jacques.
Chansons entendues au cours de ce voyage :
Zaz
Paris sera toujours Paris
Warner 2014
Charles Trenet
Que reste-t-il de nos amours
Columbia 78 tours 1943
Lucienne Delyle
Mon amant de Saint Jean
Columbia 78 tours 1942
Georges Brassens
Je suis swing
Philips 1976
Django Reinhardt et Stéphane Grapelli
La marseillaise
Swing 78 tours 1946
Roche et Aznavour
Le feutre taupé
Polydor 78 tours 1948
Damia
Tout fout le camp
Columbia 78 tours 1939
Les Frères Jacques
Barbara (Prévert)
Polydor 1949
Mouloudji
Les feuilles mortes (Prévert)
Disc AZ 1970
Les Frères Jacques
Inventaire (Prévert)
Polydor 1949
Bourvil
Pour sur
Pathé 78 tours 1946
Boris Vian
Le cinématographe
Philips 1955
Leo Ferré
Le piano du pauvre
Odéon 1954
Raymond Queneau
Exercices de style
Yves Robert et les Frères Jacques
Philips 1954
Juliette Gréco
Si tu t’imagines (Queneau)
Philips 1959
Yves Montand
Toi, tu ne ressembles à personne
Odéon 78 tours 1952
Les Frères Jacques
Le général Castagnetas
Polydor 1954
Droits image: photo philippe soler
Pour ce deuxième voyage, transportons-nous, dans un lieu ô combien légendaire « Le Bœuf sur le toit » lieu mythique, lieu unique, qui deviendra à partir de 1922, l’adresse incontournable des artistes de l'entre-deux-guerres, tous genres confondus, lieu de rendez-vous de l'intelligentsia, symbole de l'effervescence de ces années folles. Jean Cocteau dira que « Le Bœuf sur le toit » n'aura été ni un bar, ni un restaurant, ni un cabaret mais une halte, un prestigieux amalgame de forces et de merveilles, un de ces saloon où se réunissaient les chercheurs d'or, et l’or dont il parlait, était l’or de l'esprit.
Imaginons réunis au « Bœuf sur le toit » Cocteau, Radiguet, Picasso, Coco Chanel, Brancusi, Marie Laurencin, Max Jacob, Erik Satie, Mistinguett, Maurice Chevalier, Arthur Rubinstein, Charlie Chaplin. Champagne et whisky couleront à flot et on y dansera le Rag-Time, le Fox-Trot, accompagné au piano par Jean Wiener, lequel maîtrisera toutes ces danses, avec la complicité de Clément Doucet.
Et puis il y aura la chanson réaliste. La période de l'entre-deux-guerres est à considérer comme l'âge d'or de ce genre, porté par des voix féminines telles que Berthe Sylva, Eugénie Buffet, Marie Dubas, Fréhel, Lys Gauty, Damia, la Môme Piaf. Mais deux d’entre elles, hanteront la scène du Bœuf sur le toit, avec un charisme à nul autre pareil, Yvonne George et Marianne Oswald. Yvonne George, une artiste, une comédienne de la chanson difficilement classable. Beaucoup trop intelligentsia pour le public du music-hall, où elle se fera siffler. Marianne Oswald qui fascinera autant qu'elle dérange, avec une voix qui ne ressemblera à aucune autre, avec ce parlé-chanté propre au théâtre allemand, influencé par la mouvance expressionniste, style déclamatoire que Schoenberg utilisera dans son Pierrot lunaire. Elle collaborera de près avec Kurt Weill, pour devenir en France sa première ambassadrice.
C’est aux alentours de 1935, qu’un changement d'une importance majeure, va s’opérer dans la chanson française. L'introduction du swing dans nos couplets, et cela grâce à une musicienne du nom de Mireille, une femme qui se fera une place en toute discrétion, mais sans qui, la chanson à venir, la chanson moderne n'aurait pas été ce qu'elle a été. Lui emboitera le pas, un jeune narbonnais, qui saura jouer avec les mots, en les juxtaposant avec des images, celles d'un gris boulanger, celles d'un facteur qui s'envole. Une poésie que Jean Cocteau associera au surréalisme. Aisance rythmique, capacité à jouer avec les temps, à scatter, il sera le premier sur notre sol français, à le faire de cette manière. Il influencera les générations à venir, les Brassens, les Aznavour. Trenet, le premier auteur-compositeur-interprète français, inspiré par cette pulsation nouvelle, par cette extraordinaire joie de vivre. Et Jean Cocteau écrira, qu'avant Charles Trenet tout bégayait, tout trainait et que grâce à lui, désormais, plus rien ne traîne !
Entrée des artistes :
Duke Ellington
Jubilee Stomp
RCA 78 tours 26 mars 1928
Darius Milhaud
Le Bœuf sur le toit
Orchestra National de France
Leonard Bernstein, direction
EMI 1978
Jean Wiener et Clément Doucet
Souvenirs du Bœuf sur le toit
Pathé 78 tours 10 mai 1935
Yvonne George
J’ai pas su y faire
Columbia 78 tours 7 juin 1928
Juliette
J’ai pas su y faire
Alxandre Tharaud, piano
Erato 2012
Fréhel
Ou sont tous mes amants
Columbia 78 tours 5 décembre 1935
Lys Gauty
Le chaland qui passe
Columbia 78 tours 14 juin 1933
Damia
La mauvaise prière
Columbia 78 tours 11 juin 1935
Claire Waldoff
Oh wie praktisch
Electrola 78 tours 1926
Kurt Weill
La complainte de Mackie
Lotte Leynna, chant
CBS 1957
Marianne Oswald
En m’en foutant
Columbia 78 tours 14 juin 1932
Kurt Weill
Surabaya Johnny
Marianne Oswald, chant
Columbia 78 tours 11 janvier 1933
Kurt Weill
La complainte de Mackie
Louis Armstrong, vocal et trompette
CBS 1955
Gilles et Julien
La balade du cordonnier
Columbia 78 tours 15 janvier 1933
Pills et Tabet
C’est un jardinier qui boite
Columbia 78 tours 23 mai 1933
Charles Trenet et Johnny Hess
Tout est au Duc
Orchestre dirigé par Fred Adison
Gramophone 78 tours 18 septembre 1936
Charles Trenet
En quittant la ville
Columbia 78 tours 18 janvier 1938
Edith Piaf
Les mômes de la cloche
Polydor 78 tours 18 décembre 1935
Edith Piaf
J’ai dansé avec l’amour
Polydor 78 tours 27 mai 1941
Django Reinhardt et Alix Combelle
Les yeux noirs
Swing 78 tours 19 décembre 1940
Joséphine Baker
You’re driving me crazy
Orchestre dirigé par Edmond Matthieu
Columbia 78 tours 30 juin 1931
Jean Wiener et Clément Doucet
Chopinata
Columbia 78 tours 14 décembre 1925
Droits image: photo philippe soler
11 juillet 2026A travers les rues de Montmartre, du Chat noir au Lapin agile.
Pour ce premier voyage, nous déambulerons dans les rues de Montmartre, ce quartier synonyme de bohème, peuplé en ce début de 20ème siècle de personnages hauts en couleur, tels que Picasso, Max Jacob, Erik Satie, Utrillo.
Au sortir du métro Blanche, nous nous trouvons au pied de la Butte, boulevard de Clichy et là, le Cabaret du Moulin Rouge s’offre à nous. Inauguré en 1889, il deviendra le haut lieu du divertissement populaire parisien. Les soirées y seront festives et une nouvelle danse inspirée du quadrille y prendra ses quartiers, le French cancan. Des artistes comme Jeanne Avril, la Goulue, Ferdinand le Désossé, Yvette Guilbert resteront à jamais ancrés dans l'histoire de ce Moulin Rouge, tous immortalisés par les affiches et les tableaux de Toulouse-Lautrec.
Et puis nous pousserons la porte d'un cabaret légendaire, haut lieu de rencontres « Le Chat noir ». Fondé par Rodolphe Salis, un ancien élève des beaux-arts, le Chat noir était l'adresse incontournable de la vie de bohème de l'entre deux siècles. Ce beuglant, objet de scandale sera fréquenté par l'élite artistique, littéraire, scientifique, politique de l'époque, venue de l'Europe entière. Les amateurs d'absinthes y seront nombreux, amateurs de facéties avec des ombres chinoises, des silhouettes se profilant aux murs. On y chantera, on y dansera la valse, des valses langoureuses, des valses sentimentales, avec au piano, cela dépendra des soirs, deux jeunes compositeurs du nom d’Erik Satie et de Claude Debussy. La chanteuse étoile du Chat noir, une authentique icône, chérie, idolâtrée, aura pour nom Paulette Darty.
Tout en haut de Montmartre, à l'angle de la rue des Saules, on trouvera le Lapin agile posé là, tel une étrange petite chaumière, semblable à une maison de Noël, où chacun viendra écouter la chanson de son attendrissement. C'est un peu avant 1900 que Frédé, figure symbolique et incontournable de Montmartre, donnera une impulsion artistique et déterminante, à ce cabaret. Des écrivains, des poètes, des musiciens, des comédiens, des sculpteurs, tous alors inconnus vont se côtoyer, se critiquer, se moquer, s'entraider. Ces inconnus s'appelleront Picasso, Utrillo, Derain, Braque, Modigliani, Apollinaire, Max Jacob, André Salmon, Francis Carco. Et autour de la guitare du père Frédé chacun jouera, chantera, récitera ses refrains, ses quatrains, ses rengaines.
C'est sur cette butte de Montmartre, que va germer la chanson réaliste. Tout commencera avec Aristide Bruant, cet homme imposant, que l'on voit sur les affiches de Toulouse Lautrec, affublé d'un gilet noir, d'une écharpe rouge, d'un large chapeau, sans oublier son bâton. Ce visuel participera à immortaliser l'image du Paris populaire, du Paris bohème, les chansons de Bruant utilisant l'argot Montmartrois.
Et enfin, on ne pourra quitter ce quartier, sans passer par le Bateau-Lavoir, sans s'arrêter avec un brin de nostalgie devant cette cité d'artistes, qui deviendra à partir de 1904, la résidence des peintres, des poètes parisiens, sans parler de quelques étrangers, dont pas mal d'espagnols du reste. Picasso y prendra ses quartiers. Max Jacob, Utrillo, Matisse seront de la partie, sans oublier l'Apollinaire lequel viendra en voisin se joindre à la bande. Le bateau-lavoir, le lieu de rendez-vous des artistes dans la dèche, dans la misère. Une bâtisse ô combien sinistre, respirant la détresse, l'abandon, sale, branlante, poussiéreuse. Des malles feront office de chaises, on se partagera une paillasse, mais peu importe. C'est l'époque où peintres et poètes, s'enthousiasmeront, s’influenceront tour à tour, et cela n'aura pas de prix.
Chansons entendues au cours de ce voyage :
Barbara
Le père Noël et la petite fille (Brassens)
Odéon 1960
Yvette Guilbert
Le fiacre (Xanroff)
La Voix de son maître 78 tours 1934
Barbara
Les amis de Monsieur (Fragson)
Philips Olympia 1969
Barbara
Elle vendait des petits gâteaux (Mayol)
Philips Olympia 1969
Paulette Darty
Amoureuse
Polydor 78 tours 1930
Juliette
Je te veux (Satie)
Alexandre Tharaud, piano
Harmonia Mundi 2009
Mistinguett
Ça c’est Paris
Odéon 78 tours 1927
Mistinguett
Mon homme
Columbia 78 tours 1938
Billie Holiday
My man
Oscar Peterson, piano
Verve 1952
Cora Vaucaire
Frédé
Pathé 1953
Aristide Bruant
5 minutes chez Bruant
Odéon 78 tours 1910
Patachou
Nini peau de chien (Bruant)
Philips 1958
Edith Piaf
L’orgue des amoureux (Carco)
Columbia 78 tours 1949
Juliette Gréco
La chanson de Margaret (Mac Orlan)
Philips 1964
Léo Ferré
L’esprit de famille
Chant du monde 78 tours 1950
Claude Nougaro
Rimes
Philips 1981
Cora Vaucaire
La complainte de la butte
Pathé 1955
Charles Aznavour
La bohème
Barclay 1965
Droits image: photo philippe soler
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