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Vers Compostelle avec des détenus : le témoignage poignant de Bruno Lachnitt

Vers Compostelle avec des détenus : le témoignage poignant de Bruno Lachnitt

Un article rédigé par Pauline de Torsiac, avec OR - RCF, le 10 août 2026 - Modifié le 11 août 2026
TémoinBruno Lachnitt : De la Prison à la confiance, des détenus sur les chemins de Compostelle

Pendant une dizaine d'années, le diacre Bruno Lachnitt a accompagné des détenus sur les chemins de Compostelle. C'était au départ une idée "un peu folle" qui l'a conduit à une aventure hors du commun. Pourquoi l'a-t-il fait ? Parce que "susciter ce qu’il y a de meilleur chez l’autre" et "croire en ce qu’il y a de meilleur chez l’autre", c'est son "job" d'aumônier de prison.

"C’est notre job, quand on est aumônier, de susciter ce qu’il y a de meilleur chez l’autre et de croire en ce qu’il y a de meilleur chez l’autre." ©éditions Bibli'O"C’est notre job, quand on est aumônier, de susciter ce qu’il y a de meilleur chez l’autre et de croire en ce qu’il y a de meilleur chez l’autre." ©éditions Bibli'O

Trouver consolation et réparation sur les routes de Compostelle, voilà qui inspire le monde du cinéma. Le 1er avril dernier est sorti en salles le film "Compostelle" de Yann Samuell avec Alexandra Lamy. On se souvient de "The Way, La route ensemble" (2010) ou encore de "Saint-Jacques… La Mecque" de Coline Serreau (2005). 

C'est ce film qui a donné l'idée à Bruno Lachnitt l'idée d'accompagner des détenus sur les chemins de pèlerinage. Il était alors aumônier de la prison de Corbas, près de Lyon. Une "idée un peu folle" qui est devenue une belle aventure pendant une dizaine d'années. Il la raconte dans un récit poignant, "De la prison à la confiance - Compostelle, chemins de libération" (éd. Bibli'O, 2026). 

Aumônier de prison : "90% du temps c’est écouter"

Quand on lui a proposé d’être aumônier de prison, Bruno Lachnitt avait déjà eu l’occasion "de croiser la prison" dans son parcours professionnel, notamment au contact de personnes en réinsertion. Il avait une expérience au sein de "l’équipe prison" du Secours catholique. Mais cela n’avait pas grand-chose à voir avec le fait "d’être trente heures par semaine au fond d’une cellule" à écouter des prisonniers.

Car c'est cela que font principalement les aumoniers en prison, écouter. "On passe plus de 90% de notre temps de notre temps à écouter, décrit Bruno Lachnitt, et c’est la personne détenue qui donne la tonalité de l’échange." Être écouté, c’est le premier besoin humain et spirituel qu’expriment les personnes détenues.

Aumônier national des prisons depuis 2021, Bruno Lachnitt n’oublie pas la première fois où il s’est rendu dans un centre pénitentiaire. À la fin des années 80, un ami d’enfance devenu sous-directeur d’un centre de détention, lui a proposé d’y passer la journée. C’était un dimanche de Pâques. Lui a pu "rentrer, sortir plusieurs fois dans la journée", a réalisé "que les gens que je croisais à l’intérieur n’étaient pas sortis depuis des années et ne sortiraient pas avant des années". Tout ce qu'il a pu vivre ce jour-là a été "un choc".

Une autre fois, il a eu l’occasion de "participer à un entretien avec une femme qui avait épousé un détenu en prison, qui allait pour la première fois avoir une permission de sortie. Pour la première fois, ils allaient se voir autrement qu’au parloir". Il avait tout juste la trentaine. "J’étais très impressionné par tout ça, et l’épaisseur de vie qu’il y avait là-dedans et très admiratif aussi de cet engagement."

 

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"Nous ne sommes pas meilleurs que ceux qu’on visite en prison"

Son engagement auprès des détenus, Bruno Lachnitt ne l’a jamais regretté. Il décrit pourtant "un univers dans lequel on ne triche pas. On est confronté à une radicalité de violence, de conditions indignes et de plus en plus indignes aujourd’hui avec la surpopulation carcérale."

Ce que cela lui apprend ? Qu’il "ne faut pas imaginer que la frontière entre le bien et le mal passe entre ceux qui sont dehors et ceux qui sont dedans". Si les personnes sont là en raison d’un acte qu’elles ont commis, leur vie ne se résument pas à cet acte. "Comme tous les aumôniers, on est le témoin de solidarité, de don de soi, de pleins d’attitudes extrêmement positives que des gens dehors n’auraient pas forcément dans les mêmes situations."

Ne pas juger, c’est la première attitude de l’aumônier. D’ailleurs, "dans le régime chrétien, rappelle Bruno Lachnitt, la frontière entre le bien et le mal elle passe à l’intérieur de chacun de nous et nous ne sommes pas meilleurs que ceux qu’on visite en prison".

 

C’est notre job, quand on est aumônier, de susciter ce qu’il y a de meilleur chez l’autre

 

Compostelle, "une idée un peu folle"

Emmener des détenus marcher sur les routes de Compostelle, Bruno Lachnitt l’admet, c’était "une idée un peu folle". D’ailleurs, aujourd’hui "ce serait juste impensable", dit-il. Le projet s’est arrêté en 2025. Il explique que "c’est très compliqué de monter un projet comme ça, en maison d’arrêt. Il faut être un peu fou parce que les situations changent tout le temps".

L’idée lui était venue après la projection, à la prison de Corbas, du film "Saint-Jacques… La Mecque", de Coline Serreau, dans le cadre de l’atelier "cinéma-spiritualité". Des prisonniers lui ont dit : Pourquoi nous, on ne ferait pas ça aussi ? Bruno Lachnitt venait justement de finir en famille ce pèlerinage qu’il avait entamé par tronçons en 2008. 

L’idée lui est donc venue, à l’été 2015, d’aller trouver le directeur de la prison et de lui présenter ce projet : six détenus, 200 km à pied, dix jours de marche, sac sur le dos, pas de voiture balais. "Et s’il y en a un qui abandonne tout le monde rentre." Plus de dix ans après, quand il y repense, le diacre se dit : "Probablement que si j’avais mesuré où ça allait m’emmener, je serais ressorti discrètement du bureau et je n’aurais pas posé la question !" D’ailleurs, pense-t-il "le directeur aurait dû me dire, Vous êtes gentil, mais votre tuc, ce n’est pas possible !"

Plusieurs mois ont passé après cela. En février 2016, il était reçu pour une réunion chez le juge d’application des peines. "À ma grande surprise, se souvient-il, tout le monde était autour de la table à se dire : Comment on pourrait faire ce truc qui n’est pas possible ?" Bruno Lachnitt pense qu’il a eu "de la chance" de tomber sur des "bonnes personnes"

Et puis, "c’est notre job, dit-il, quand on est aumônier, de susciter ce qu’il y a de meilleur chez l’autre et de croire en ce qu’il y a de meilleur chez l’autre. Ça ne vaut pas que pour les détenus, ça vaut aussi pour les magistrats et pour les personnels de l’administration pénitentiaire !"

 

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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