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"Rien de nouveau sous le soleil" : quelle est la signification de ce verset de la Bible ?

"Rien de nouveau sous le soleil" : quelle est la signification de ce verset de la Bible ?

Un article rédigé par Madeleine Vatel, avec OR - RCF, le 5 janvier 2026 - Modifié le 12 janvier 2026
La Bible nous parleUne nouvelle année ? A quoi bon.....Si tout est vanité ?

Au mois de janvier, la coutume est d'échanger des vœux de bonheur et de santé pour la nouvelle année. Pourtant, il n'y a "rien de nouveau sous le soleil", nous dit la Bible. Le livre de l'Ecclésiaste fait partie des écrits de sagesse de l'Ancien Testament. Pourquoi son auteur, le vieux Qohélet, semble-t-il si désabusé ?

Paul Cézanne, Nature morte au crâne ©Wikimédia CommonsPaul Cézanne, Nature morte au crâne ©Wikimédia Commons

À quoi bon échanger des vœux de bonheur ou de santé pour la nouvelle année  ? Si l’on en croit la Bible, il n'y a "rien de nouveau sous le soleil". Le Livre de l’Ecclésiaste, c’est aussi celui où on trouve la fameuse formule "vanité des vanités, tout est vanité". Elle revient vingt fois dans ce livre de l’Ancien Testament, écrit il y a vingt-trois siècles. Et si en ce début d'année on trouvait chez Qohélet non pas un message désabusé mais un sens, une direction ? Et si ce texte était en réalité très moderne ? 

Qu'est-ce que le Livre de l'Ecclésiaste ?

Le Livre de Qohélet date d’une époque où la philosophie grecque "interpelle les sages, les penseurs hébreux qui sont très séduits par cette manière de parler", nous dit Frère Sylvain Gasser, religieux assomptionniste. C’est aussi l’époque où l’on traduit les textes bibliques en grec. Les Hébreux ont été "fascinés par cette nouvelle manière culture et très policée de parler, de comprendre et de mettre de la logique un peu dans les termes."

Si Qohélet était "un juif pétri des Écritures" il n'était pas sourd à la philosophie stoïcienne ou épicurienne. Comme souvent avec les textes bibliques, leur grande richesse "c’est justement l’intertextualité". C’est-à-dire les relations qu'un texte entretient avec d'autres textes. "Les textes ne tombent pas du ciel en tant que tels, précise Sylvain Gasser. On essaie de prendre tous les bénéfices d’une culture environnante." Ainsi, le Livre de Job, un autre écrit de sagesse, est le fruit de la rencontre des élites juives déportées à Babylone avec la culture perse.

 

Dieu ne cesse de combattre cette tentation qu’aurait le monde et l’Homme de tomber dans le chaos

 

Dire que Dieu est sagesse : qu'est-ce que cela change ?

Avec Job, les Psaumes, les Proverbes, le Cantique des Cantiques, Le Livre de l’Ecclésiaste fait partie des livres poétiques ou sapientaux, ainsi que les Livres de la Sagesse et de Ben Sira le Sage. "Qohélet s’inscrit dans la génération de grands écrivains bibliques du temps de la sagesse", rappelle Sylvain Gasser. "J’ai pris à cœur de rechercher et d’explorer, grâce à la sagesse, tout ce qui se fait sous le ciel", écrit Qohélet (verset 13).

Qu’est-ce que la sagesse ? "C’est Dieu lui-même, répond le Frère Gasser. La sagesse qui est parole de vie, qui donne un sens à ma vie, c’est Dieu lui-même." Se dire que Dieu est sagesse, c’est considérer que l’on peut "tenter de parcourir les grandes énigmes du temps et de la vie" et "ne pas s’effondrer, ne pas désespérer".

Qui n'a jamais été tenté "d’entrer dans une désespérance noire" ? Finalement, la Bible nous met en garde face au danger du "retour au chaos des origines", comme le dit Sylvain Gasser. "Dieu ne cesse de combattre cette tentation qu’aurait le monde et l’Homme de tomber dans le chaos." Et si les textes de sagesse étaient finalement d’une grande modernité ? "Aujourd’hui, il ne faut pas grand-chose pour que notre toute petite planète, ce petit point bleu perdu dans l’immensité de l’infini, s’effondre !"

 

Qohélet, un vieillard désenchanté ?

Ce qui semble très paradoxal avec le Livre de l’Ecclésiaste, c’est que c’est un écrit de sagesse et pourtant son auteur a l’air désabusé et même désenchanté du monde. Qohélet était "un vieil homme sage, intelligent, érudit", dont la tradition dit que le nom signifie "Le Sermonneur", il avait sans doute une bonne capacité d’art oratoire. "Il devait fasciner l’assemblée qui l’écoutait et qui plus est les jeunes qui devaient chercher auprès de lui des conseils de sagesse."

Comment donner un sens à sa vie ? C’est la grande question à laquelle il tente de répondre. Or il se dégage du texte "une certaine mélancolie d’un monde qui n’est plus. Il y a une fuite du temps qui semble complètement le mettre à plat." Comment peut-il convaincre des jeunes ?

 

La vanité selon Qohélet

Comment souvent avec les textes bibliques, pour en comprendre le sens il faut revenir à leur version originale. En hébreu, la fameuse expression "vanité des vanités, tout est vanité" se dit mot à mot : "Buée des buées, tout est buée". Comme le souligne Sylvain Gasser, ce mot de "buée" est "très concret". Il permet d’écarter "le poids moral et pesant" que contient le mot "vanité".

Avec la buée, il y a l’idée de quelque chose qui s’efface. "Toutes les choses de notre vie apparaissent et disparaissent." Qohélet se désigne comme "fils de David" et "ancien roi d'Israël à Jérusalem" (verset 12). C’était donc un homme de pouvoir. "Il n’a pas connu le malheur comme Job, il a eu une vie de relations, de privilèges, de caste." Ainsi, quand il dit que tout passe, "c’est de cela dont il parle".

 

Ce qui est important, et c’est très juif, très biblique, ce n’est pas la réponse que vous apporterez, c’est la question que vous saurez reposer à nouveaux frais

 

Chercher le sens de la vie

Le Livre de l’Ecclésiaste questionne plus largement le sens de la vie. "Ce qui est important, et c’est très juif, très biblique, ce n’est pas la réponse que vous apporterez, c’est la question que vous saurez reposer à nouveaux frais." Le texte invite à rester humble dans les réponses que l’on peut trouver aux énigmes du temps et de la vie. "Parmi ces énigmes il y a le mal, le malheur, la souffrance, la mort, l’amour…"

Si les livres de sagesse sont aussi appelés livres poétiques, c’est aussi parce que "le langage poétique, c’est d’arriver à poser des mots, des mots étonnants sur des réalités encore plus étonnantes parce que je ne les maîtrise pas. Au moment où le mot rencontre une expérience particulière, il y a comme une explosion de sens et ça me fait du bien."

 

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
La Bible nous parle
©RCF
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