Un chemin de croix avec des détenus : le témoignage saisissant de Frère Hugues
Le Jésus du Vendredi saint, c'est l'image même de l'innocent humilié, trahi et torturé. Comment cette figure peut-elle résonner entre les murs d'une prison ? Frère Hugues, chanoine de l'abbaye de Mondaye et aumônier de prison, fait le chemin de croix avec des détenus, dans l'enceinte de la maison pénitentiaire de Caen. Il nous livre un enseignement saisissant sur le sens de la Passion.
"Le chemin de croix, c’est vraiment un moment fort pour les détenus." ©RCF Notre-DameC’est un témoignage saisissant à entendre en ce Vendredi saint. Celui de Frère Hugues, aumônier de prison et chanoine à l’abbaye de Mondaye, dans le Calvados. Pour le chemin de croix, il se rend à la maison pénitentiaire de Caen et c'est avec les détenus qu'il vit ce temps fort, au rythme des quatorze stations de la Passion du Christ.
Le Jésus du Vendredi saint, c'est la figure l'innocent humilié, trahi et torturé. Comment cette figure peut-elle résonner entre les murs d'une prison ? En considérant la vie des détenus à la lumière de la Passion, Frère Hugues nous interpelle sur nos souffrances, nos culpabilités, les pardons qui pourraient être donnés, qui devraient être reçus… Il nous montre qu'au fond c’est de l’Homme dont il est question dans ce récit de la Passion. Et que c’est profondément l’Homme qu’incarne le Jésus du Vendredi saint.
Accompagner les détenus
À l’abbaye de Mondaye, la vingtaine de chanoines mènent une vie contemplative, de prière, mais aussi apostolique. C’est-à-dire qu'il ont une mission dans le monde, au service de ceux qui vivent sur leur territoire. Parmi eux, Frère Hugues assure une mission d’aumônier au sein du centre pénitentiaire de Caen. Cela fait douze ans qu’il rend visite à des détenus qui purgent de longues peines.
La principale souffrance de ces détenus, dit-il, "c’est la séparation et l’abandon de la part de leurs proches souvent, suite aux faits qui ont été commis". Frère Hugues observe auprès d’eux cette souffrance "de n’avoir personne à qui se confier, personne à qui parler". Justement être aumônier de prison, c’est "pouvoir offrir cette présence de la part de l’Église" et être "quelqu’un à qui on peut confier ses joies, ses peines, quelqu’un avec qui on peut aller vers le Christ".
Cet après-midi du Vendredi saint, en même temps que ses frères de communautés, Frère Hugues va faire le chemin de croix, mais lui sera dans l’enceinte du centre pénitentiaire de Caen, "avec, on l’espère, une vingtaine, une trentaine de détenus".
Le chemin de croix des détenus
Jésus condamné mort, Jésus tombe sous le poids de la croix… Au fil des quatorze stations du chemin de croix, les fidèles avancent au rythme des étapes de la Passion du Christ. Si certaines stations sont des moments de consolation, comme celles où Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix ou celle où sainte Véronique essuie la face de Jésus, le chemin de croix est tout de même une épreuve pour les croyants. N'est-ce pas, pour des détenus, ajouter de la souffrance à ce qu’ils vivent déjà ?
"Le chemin de croix, c’est vraiment un moment fort pour les détenus, répond Frère Hugues. Ils se reconnaissent dans la souffrance de Jésus puisqu’eux-mêmes ont vécu le fait d’être abandonné, le fait d’être moqué, le fait d’être condamné. Ils s’identifient au Christ." Cela peut sembler délicat à entendre car les détenus ont été déclarés coupables par la Justice.
Mais Frère Hugues souligne que "ce qui est important aussi, c’est de se reconnaître comme celui qui fait souffrir. Et comme chacun de nous, ils sont celui qui souffre et celui qui fait souffrir. Les détenus ont été ceux qui injurié, celui qui ont parfois fait du mal, ceux qui ont abandonné aussi parce que quand on fait du mal et qu’on est condamné, on va abandonner ses plus proches, sa famille."
Le pardon, "un don de l'amour par-delà le mal commis ou subi"
En prison, on prend conscience "que le pardon c’est un chemin qui n’est pas facile, qui prend du temps, qui est une grâce. Et qui n’est ni l’oubli ni dire qu’il ne s’est rien passé." Le pardon est un sujet qui arrive assez vite lorsque Frère Hugues discute avec les détenus. "A priori on se dit qu’il y a un pardon à demander mais aussi à recevoir. Certains détenus ont subi parfois des choses qui les ont marquées."
Demander pardon, pardonner ? Comment en parler avec des détenus ? "Souvent je présente le pardon comme : donner par-delà. Un don de l’amour par-delà le mal qui est commis ou subi. Et pour eux, c’est accepter d’être aimé par-delà le mal qu’ils ont commis. Quoi que j’aie fait, même si c’est un crime parfois, je peux être aimé par Dieu, par d’autres hommes, d’autres femmes. Et nous, le rôle de l’aumônier, c’est de témoigner concrètement par notre présence que vous pouvez être aimé, malgré ce que vous avez fait."
Un homme portant des plaies, déjà torturé, humilié. C’est ça, l’Homme. L’Homme, c’est l’Homme avec ses limites, avec ses faiblesses. En détention, il n’y a pas de faux-semblants
"Voici l’Homme"
Lorsque l’on consacre sa vie à l’amour de Dieu, la rencontre régulière avec des personnes ayant commis des crimes remet-elle en cause une certaine vision de l’humanité ? Lors du Vendredi saint, répond Frère Hugues, lorsqu’on lit les textes de la Passion, on entend Pilate dire : "Voici l’homme" (Jn 19, 5) à propos de Jésus.
"Pilate montrant Jésus ne montre pas un homme parfait avec toutes ses capacités, un homme glorieux, observe Frère Hugues. Il montre un homme portant des plaies, déjà torturé, humilié. C’est ça, l’Homme. L’Homme, c’est l’Homme avec ses limites, avec ses faiblesses. En détention, il n’y a pas de faux-semblants, on voit bien que l’Homme, c’est l’Homme tel qu’il est qui se présente devant Dieu, avec ses faiblesses."


Pour la Semaine sainte, RCF Notre-Dame bouscule ses programmes et installe ses studios à l'abbaye Saint-Martin-de-Mondaye, en Normandie. Retransmission des offices, entretiens, reportages... Vivez la ferveur des jours saints du triduum pascal et la joie du dimanche de Pâques au cœur de la communauté des chanoines. Découvrez leur quotidien selon la Règle de saint Augustin.
Nos journalistes sont sur place pour assurer une programmation exceptionnelle, en immersion auprès des chanoines de l'ordre de Prémontré, du Jeudi saint, le 2 avril, au Dimanche de Pâques, 5 avril. Une manière de proposer aux auditeurs, comme chaque année, de vivre le Triduum pascal, avec les offices et la Vigile pascale.
Plusieurs directs sont donc proposés sur les antennes de RCF Notre Dame. Le Jeudi et le Vendredi saints, nos équipes diffuseront les offices de Laudes, Sexte, ainsi que les Complies. Sans oublier les nombreux reportages et entrevues proposés par nos journalistes au cœur de cette magnifique abbaye normande.
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