Sainte Elisabeth de Hongrie : la princesse européenne vénérée à Cambrai
La cathédrale de Cambrai est l’un des rares endroits à abriter des reliques de la sainte fêtée le 17 novembre. L’occasion de redécouvrir un personnage à l’histoire mouvementée, et de la rendre accessible aux fidèles d’aujourd’hui.
La charité de sainte Élisabeth, Edmund Blair Leighton (1915), Collection de Fred et Sherry Ross.« Oui, nous avons des reliques de sainte Elisabeth de Hongrie, mais nous avons bien failli les perdre! » confesse le père Eric Boutrouille, recteur de la cathédrale de Cambrai. « A la fin des années 90, un voleur s’est emparé du reliquaire. Mais nous avons retrouvé le petit sachet contenant les restes de sainte Elisabeth par terre. Le voleur ne s’intéressait qu’au reliquaire lui-même. » C’eût été en effet plus grave encore si les reliques avaient disparu, puisque la cathédrale de Cambrai est un des derniers endroits où sont conservés des restes de la sainte : à Marbourg, en Allemagne, où est décédée sainte Elisabeth, les partisans de la Réforme ont jeté son corps dans le fleuve au XVIe siècle…
Une princesse atypique
Petit retour en arrière: Elisabeth est une princesse de Hongrie, née en 1207. Mariée à 14 ans à un seigneur allemand, elle quitte sa Hongrie natale pour s’établir en Thuringe. Son mariage, bien qu’arrangé, est un mariage heureux. Le couple soudé accueille rapidement des enfants, mais alors qu’Elisabeth attend son troisième enfant, son mari décède sur la route des croisades. Elisabeth a alors 20 ans et, dévastée par le chagrin, n’envisage pas de se remarier. Dans l'incompréhension, la famille de Thuringe décide de la chasser de leurs terres, elle et ses enfants, jusqu’à ce qu’un oncle évêque apaise les tensions et leur permette de revenir. Mais Elisabeth aspire à la pauvreté et au soin des plus démunis. Très au fait de son temps, elle est une des premières personnalités à découvrir le tiers-ordre franciscain nouvellement créé et demande son admission. Elle se dévoue sans compter, distribuant de la nourriture aux pauvres et construisant un hôpital. Elisabeth y laissera sa propre santé et décèdera à l’âge de 24 ans.
Son cœur à Cambrai
Mais pourquoi est-ce à Cambrai que l’on retrouve sainte Elisabeth de Hongrie, aussi appelée sainte Elisabeth de Thuringe ? « La générosité de sainte Elisabeth n’était pas réservée aux miséreux : elle a aussi financé la construction du chœur de notre ancienne cathédrale » explique Eric Boutrouille. « Aussi, lorsqu’il apprit son décès, l’évêque de Cambrai s’est empressé de demander une relique d’Elisabeth, et il a obtenu son cœur. Une belle symbolique ! » ajoute-t-il dans un clin d'œil.
Lorsqu’il apprit son décès, l’évêque de Cambrai s’est empressé de demander une relique d’Elisabeth, et il a obtenu son cœur. Une belle symbolique !
Des rubans pour confier sa famille
Prier une sainte du XIIIe siècle, ce n’est pas toujours une évidence tant l’époque est lointaine. Pourtant, à la cathédrale, on a trouvé important de remettre cette sainte en valeur avec pas moins de 4 jours de prière et de visites dédiées à la sainte hongroise.
Et pour prendre conscience que sainte Elisabeth intercède encore à notre époque, les équipes de la cathédrale proposent une initiative originale: « des rubans de couleur blanche, verte et rouge sont mis à disposition des fidèles, pour inscrire dessus leurs initiales. L’une des couleurs est pour les couples, afin qu’ils confient leur couple à Elisabeth et son mari Louis car ils ont formé un couple très uni; l’autre pour les familles car Elisabeth a beaucoup pris soin de ses enfants; et la dernière concerne les veufs ou veuves car Elisabeth a été très affectée par la mort de son époux » explique le père Boutrouille. « Ces rubans pourront ensuite être noués à une petite grille près des reliques de la sainte. Le choix des couleurs sera ainsi également un clin d'œil au drapeau hongrois! »


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