Si Dieu est bon, pourquoi le mal existe-t-il ?
La question du mal hante toute la Bible. Si Dieu est bon et qu'il aime le monde qu'il a créé, pourquoi y a-t-il du malheur sur terre ? Guerres, famines, maladies mais aussi deuil, chômage, rupture amoureuse, trahison... L'être humain qui trouve un sens à sa vie en se tournant vers Dieu, ne peut que s'interroger face à l'existence du mal.
Le personnage de Job, dans la Bible, Job, c’est l’archétype de celui à qui arrive tous les malheurs du monde. Il semble écrasé par une "permission du mal dans sa vie". ©FreepikMaladies, guerres, catastrophes naturelles, séparations. Les épreuves font partie de toute vie humaine. Elles peuvent nous faire douter de l’existence de Dieu. Pourquoi un Dieu amour permet-il autant de souffrances ? Comment concilier l’existence d’un Dieu juste avec les drames de notre monde ? Si Dieu est bon, pourquoi le mal existe-t-il ?
La Bible, un affrontement incessant avec les forces du mal
Toute la Bible, de la Genèse à l’Apocalypse, est une réponse au mystère du mal, pour Frère Édouard Divry, dominicain de la Province de Toulouse, philosophe et théologien. Aumônier de prison, il a contribué à l'ouvrage "La foi chrétienne pour les curieux et les débutants" (éd. Artège, 2024). "Il n’y a pas une ligne qui ne nous en parle pas. Parce que le mal est prégnant, il est là depuis notre naissance." Comme dit le psalmiste, "J'étais pécheur dès le sein de ma mère" (Ps 50, 7).
On a donc "sans cesse" dans les Écritures, "cet affrontement par rapport aux forces du mal". Et ce n’est qu’à la fin, au chapitre 12 de l’Apocalypse, qu’on assiste au détrônement de Satan. Le Nouveau Testament insiste particulièrement sur le mal. "On le retrouve massivement, 1.300 fois de plus que dans l’Ancien Testament, décrit le dominicain. Il y a une révélation spéciale sur le mal qui nous éclaire, qui nous aide à mieux nous situer."
L’histoire de Job : douleur ou souffrance, quelle différence ?
C’est souvent au Livre de Job que l’on se réfère lorsque l’on se questionne sur la passivité de Dieu devant la souffrance de ses créatures. Ou lorsque l’on est tenté de voir la douleur comme une punition divine. Souffrance ou douleur, d’ailleurs, ne sont pas la même chose, précise Frère Édouard Divry. "La douleur on la subit", dit-il. Alors que dans la souffrance, "on commence à entrevoir dans la lumière la nécessité d’une purification".
Job, c’est l’archétype de celui à qui arrive tous les malheurs du monde. Il semble écrasé par une "permission du mal dans sa vie". « Je ne compte que des nuits de souffrance. À peine couché, je me dis : “Quand pourrai-je me lever ?” Le soir n’en finit pas : je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube. Ma chair s’est revêtue de vermine et de croûtes terreuses, ma peau se crevasse et suppure. » (Jb 7, 3/5) Ces mots de Job, on a l’impression qu’ils pourraient être dits aujourd’hui tellement ils semblent vrais, intemporels.
La souffrance de Job s’achève au moment où dit à Dieu : "C’est par ouï-dire que je te connaissais, mais maintenant mes yeux t’ont vu." (Jb 42, 5) C’est comme s’il avait eu "une révélation" dans sa vie, commente le dominicain. Désormais, "il est prêt pour entrer dans l’au-delà".
Le message de Jésus : l’Homme est libre face au mal
"D’emblée, nous dit le dominicain, dès le début de sa vie publique, Jésus commence par montrer qu’il est comme quelqu’un qui ne soutient pas le mal, il est contre le mal, il est opposé au mal." Jésus est poussé par l’Esprit au désert pour y être tenté, comme le raconte Matthieu au chapitre 4 de son évangile. L’évangéliste décrit les trois tentations du démon : l’avoir, le savoir, le pouvoir. "Jésus ne rentre pas dans la complicité avec le mal, ni le mal physique ni le mal théologique."
Et très souvent, Jésus encourage à renoncer au mal. C’est le cas par exemple dans l’évangile de Jean, lors de la célèbre scène de la guérison à la piscine de Béthesda. Un épisode où Jésus dit ces paroles restées fameuses : "Lève-toi, prends ton brancard, et marche." (Jn 5, 7). Plus tard, il dit aussi au malade : "Ne pèche plus, il pourrait t’arriver quelque chose de pire." (Jn 5, 14).
Jésus nous juge-t-il ?
Le jugement dernier est un thème qui a fait couler beaucoup d’encre dans l’histoire du christianisme. Si l’on se réfère aux Écritures, on remarque que Jésus opère un discernement "sur ce que vit chacun". D’ailleurs le mot grec que l’on traduit par "discernement" est le même que celui traduit par "jugement" : krino. Il signifie "aller jusqu’à la racine des choses, discerner où est le bonheur", explique Frère Édouard Divry.
Le plus grand enseignement de Jésus concerne notre liberté. "Non plus une liberté de choix mais de qualité, qui permet d’aller vers le bien et d’être émancipé par le bien des atavismes du mal." Une liberté qui peut sembler paradoxale, si l’on en croit l’injonction divine que l’on trouve au Livre du Deutéronome. "Je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance (Dt 30, 19). Ce que l’on peut comprendre ainsi : "La liberté est un bien, la liberté de faire le mal est un mal, voilà la grande révélation que donnent les théologiens."
Se tourner vers le bien est toujours possible. "Jésus vient restaurer le vrai chemin pour retrouver un moyen bon pour atteindre la fin qui est bonne." Comme le dit Thomas d’Aquin, un acte humain doit être intégralement bon. "C’est ça qui est le grand secret, commente le dominicain. Il faut que tout soit bon, les moyens et la fin et à ce moment-là le bonheur survient."


Dans le souci de s’adresser au plus grand nombre et avec curiosité, Pauline de Torsiac sollicite théologiens et biblistes pour un échange enthousiaste sur les fondamentaux de la foi chrétienne.




