Servir les plus faibles, la vocation des Diaconesses de Reuilly
Autonomie et grand âge, enfance en danger, accompagnement de la fin de vie, aide aux réfugiés, insertion… Chez les diaconesses de Reuilly, des religieuses protestantes, on ne parle pas de "charisme" comme chez les catholiques. Mais s'il fallait choisir un mot pour résumer leur vie, ce serait le service. D’ailleurs le mot "diaconesse", que l’on trouve dans le Nouveau Testament, et signifie "au service de".
Sœur Anne, prieure des Diaconesses de Reuilly, Versailles, le 28 avril 2024 ©Corinne Simon / Hans LucasOn ne le sait pas toujours mais au sein du protestantisme il existe une tradition monastique. Les diaconesses de Reuilly sont habillées de bleu, avec un scapulaire, un voile blanc et une croix huguenote, sauf la prieure qui porte une croix latine.
Les diaconesses de Reuilly, au service du plus faible
Depuis 1841, elles vivent en communauté, inspirée par la grande tradition chrétienne monastiques. Ici on ne parle pas de Laudes ou de vêpres mais d’office du matin ou du milieu du jour. Et comme souvent dans les monastères, les repas sont pris en silence, à l’écoute d’un texte lu par l’une des sœurs. "On cherche à ce que l’esprit soit nourri en même temps que le corps." Et depuis plus de 180 ans, c’est le service qui fait la spécificité de la vie des diaconesses de Reuilly.
Autonomie et grand âge, enfance en danger, accompagnement de la fin de vie, aide aux réfugiés, insertion… Les diaconesses de Reuilly servent les plus faibles. On ne parle pas de "charisme" un terme qui est "très catholique", explique la prieure, mais il y a bien une vocation au service. D’ailleurs le mot "diaconesse", que l’on trouve dans le Nouveau Testament, signifie "au service de". Et s’il fallait toutefois parler de charisme, Sœur Anne, évoquerait "un charisme d’attention, qui se traduit de moult manières au fil du temps".
Dans le protestantisme, ce n’est pas très commun de penser à la vie monastique
L’histoire des diaconesses de Reuilly
Elles sont une cinquantaine de sœurs aujourd’hui. Une vingtaine vivent à Versailles, sept sœurs sont en Haute-Loire et d’autres sont dispersées en France. On trouve aussi des diaconesses de Reuilly en Norvège, en Polynésie et au Cameroun.
La naissance des diaconesses de Reuilly doit beaucoup au Réveil protestant francophone, un mouvement de redécouverte et de fondation au sein du protestantisme suisse, français et belge qui a marqué le début du XIXe siècle. C’est le fruit d’une rencontre entre l’intuition d’un pasteur et la soif de s’engager pour Dieu d’une jeune femme.
À une période où, dans le catholicisme, sont nés un grand nombre d'ordres tournés vers l’action sociale, Antoine Vermeil, un pasteur de tradition réformée, voulait lancer quelque chose de similaire côté protestante. Il a pensé à solliciter l’une de ses anciennes paroissiennes de Bordeaux, Caroline Malvesin, institutrice de 36 ans. Elle qui avait justement "une soif de s’engager pour Dieu", résume Sœur Anne.
L’actuelle prieure des diaconesses, entrée en 1980, raconte que c’est « d’abord fait le choix de suivre le Christ » qui l’a conduit vers les Diaconesses, avant le service des pauvres. "Quand j’ai rencontré la communauté ça a fait tilt." Même si "dans le protestantisme", comme elle le reconnaît, "ce n’est pas très commun de penser à la vie monastique."
Au sein de la Fondation Diaconesses de Reuilly, des religieuses et professionnels du soin
Dans l’histoire des diaconesses de Reuilly, il y a plusieurs créations ou reprises d’établissements et maisons médicales. C’est en 2009 qu’est née la Fondation Diaconesses de Reuilly, qui gère aujourd’hui cinquante établissements et compte plus de 2.000 professionnels et bénévoles. Tout l’enjeu étant pour les religieuses de leur transmettre l’esprit de la communauté.
Les directeurs d’établissement sont invités à vivre trente-six heures en immersion au sein de la communauté. Ce que l’on appelle les "expériments". L’objectif est "qu’ils puissent pressentir ce qui est au cœur de la fondation". C’est aussi une manière privilégiée de nouer des liens entre les religieuses et les professionnels. Pour que ces derniers comprennent ce qu’est "le souci de donner sa vie au service de l’Évangile, même si on n’est pas chrétien pas croyant", remarque Sœur Anne.
La prieure se réjouit de constater que religieuses et professionnels se rejoignent dans cette attention à l’autre. Dans une même "urgence à être présent à l’autre, dans ce qu’il est, quelle que soit sa forme de fragilité ou de richesse. On se retrouve là de manière très proche. Ils éprouvent comme nous on éprouve en même temps qu’eux, ce désir de l’urgence de l’autre, et de l’intérêt pour l’autre."


En partenariat avec Le Jour du Seigneur.




