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Qui est Judas ?
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Qui est Judas ?

RCF, le 23 octobre 2023  -  Modifié le 1 février 2024

Traître et voleur, énigmatique, effrayant, c'est peu de dire qu'on a diabolisé Judas. Au fur et à mesure des siècles on a augmenté la charge portée contre lui, jusqu'à l’assimiler aux juifs.

Wikimédia Commons - La Cène de Rubens, v. 1631 Wikimédia Commons - La Cène de Rubens, v. 1631

"Bien sûr qu'on a du mal à s'attacher à Judas, c'est une énigme, il nous fait peur, mais en même temps il nous rappelle que nous ne sommes pas innocents, exempts du mal." À croire qu'Anne Soupa a un penchant pour les rebelles, les hommes à part, ceux qui se trouvent aux tournants de l'histoire : après "Le jour où Luther a dit non" (éd. Salvator), la bibliste publie "Judas - Le coupable idéal" (éd. Albin Michel). Force est de constater que l'on n'a pas fini de méditer autour de la figure de Judas. 
 

"C'est de la plus grande confiance qu'est venue la défection, il y a là une question centrale pour une Semaine sainte, qui est une question grave et douloureuse pour tout le monde"

 

Judas dans les évangiles

Est-il celui qui a trahi ou celui qui a livré ? Ce n'est pas tout a fait la même chose. Et il est intéressant de noter qu'avec le temps, la charge reprochée à Judas a augmenté. Les quatre Évangiles en effet n'ont pas été écrits au même moment : une génération sépare Marc de Jean. Au fur et à mesure que les Évangiles ont été écrits (d'abord Marc, puis Matthieu, ensuite Luc et enfin Jean), "le portrait de Judas s'assombrit".

Dans l'Évangile de Marc, tout d'abord, la "description est très sobre", explique la bibliste. "Il est resté l'homme qui n'arrive pas à se détacher de son culte d'origine, de la place de la loi, des grands prêtres, d'une institution en somme." Chez Matthieu, Judas devient cupide et se suicide - une façon de montrer combien son crime est abominable. Luc l'appelle Satan et Jean le décrit comme un voleur et un diable. Cette gradation dans le mal à propos de Judas est pour la spécialiste "une vraie question".
 


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Que nous apprend Judas ?

Pourquoi s'intéresser à la figure de Judas ? "Il nous rappelle que le bien ne fait pas toujours que des adeptes, dit Anne Soupa, ce Jésus qui n'était que bonté, Judas a choisi de le livrer : il y a là un mystère très difficile à comprendre." Mystère aussi du bien et du mal plus mélangés qu'on a tendance à le penser.

Judas en effet était un ami de Jésus, peut-être même l'un des plus proches. Lui dont on dit qu'il tenait les cordons de la bourse bénéficiait de toute la confiance du Christ. Jésus qui lui a tout fait partager, les miracles, les guérisons, les enseignements, le dernier repas. "Judas aura tout vécu avec son ami." Et quand Jésus lui a lavé les pieds, c'est "comme par anticipation du mal qu'il veut commettre", observe la bibliste. "C'est de la plus grande confiance qu'est venue la défection, il y a là une question centrale pour une Semaine sainte, qui est une question grave et douloureuse pour tout le monde."

 


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La figure de Judas, assimilée aux juifs

Judas, on a donc fini par lui faire porter tous les péchés du monde. "Et surtout on l'a assimilé aux Juifs : c'est ça le crime terrible dans lequel l'Église n'a pas réussi à éviter de plonger." L'évangéliste Jean "ose dire vous les juifs avez le diable pour père", nous rappelle Anne Soupa. Une assimilation lourde de conséquences, même si saint Jean parle sans doute des chefs juifs. Le fait est qu'au cours de l'histoire "on a porté des jugements définitifs sur quelque chose qui était une diatribe interne au judaïsme". Anne Soupa rappelle aussi le rôle des Pères de l'Église, qui, comme saint Augustin, ont appuyé ce parallèle entre Judas et les juifs.

 

Bibliste, écrivain, Anne Soupa a co-fondé la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF)

 

Émission enregistrée en février 2018

 

 

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