Faut-il encourager les Églises domestiques ?
Avec des paroisses de plus en plus étendues en milieu rural ou certaines qui comptent de plus en plus de fidèles en milieu urbain, le monde catholique est concerné, comme le reste de la société, par "l’anonymat, la fragilité des liens". Dans un contexte où il est difficile de garder une foi chrétienne vivante, des Églises domestiques se constituent. De quoi s'agit-il ? Et faut-il encourager leur développement ?
"On a tout à gagner à développer les Églises domestiques, à encourager, à inciter, à mettre en lien pour que ça puisse se développer." ©FreepikQue les familles chrétiennes ressemblent à des "Églises domestiques", c’est le message que lançait le pape François il y a dix ans dans "Amoris Laetitia". "Les époux sont comme consacrés et, par une grâce spécifique, ils édifient le Corps du Christ et constituent une Église domestique" (67), écrivait l’auteur de l’exhortation apostolique sur l'amour dans la famille.
Un appel qu’a lancé à son tour Léon XIV lors du Jubilé des familles en juin 2025, reprenant l’un des enseignements du synode sur la synodalité (2023-2024). Son secrétaire général, le cardinal Mario Grech avait même déclaré : "S’il n’y a pas d’Église domestique, l’Église n’a pas d’avenir ! L’Église domestique est la clé qui ouvre des horizons d’espérance !" Mais qu’est-ce qu’une Église domestique ? Est-ce uniquement la cellule familiale ? Quelle différence avec les fraternités, qui se sont développées depuis 2020 et la pandémie de Covid ?
Qu’est-ce qu’une Église domestique ?
Au sein du catholicisme, on constate un regain d’intérêt pour les Églises domestiques. Ce qui s’explique par le fait que les paroisses sont "de plus en plus grandes, nombreuses et quand même impersonnelles", décrit le théologien Arnaud Join-Lambert, professeur à l’université catholique de Louvain. Des paroisses sont le territoire s’étend en milieu rural et dont le nombre de fidèles augmente en milieu urbain, "avec parfois des dizaines de milliers de personnes".
Cette évolution des réalités ecclésiales se superpose aux évolutions sociétales. En d’autres termes, le monde catholique comme le reste de la société est concerné par "l’anonymat, la fragilité des liens, la fluidité des liens, les ruptures liées à des déplacements géographiques…" Le théologien souligne qu’être un chrétien tout seul est "très difficile" alors même que "la dimension de l’amour fraternel fait partie de la foi".
Dans ce contexte, on comprend le besoin de certains croyants de fréquenter d’autres croyants au sein de fraternités. "On a tout à gagner à les développer, vraiment, selon Arnaud Join-Lambert, à encourager, à inciter, à mettre en lien pour que ça puisse se développer."
Les Églises domestiques ou la vie des premiers chrétiens
Le modèle de l’Église domestique correspond à la façon dont vivaient les premiers chrétiens. "Église" vient du latin "ecclesia", qui signifie "assemblée" ou "petit groupe". Et "domestique" vient de "domus", la maison.
"À l’origine, rappelle le théologien, les communautés chrétiennes étaient principalement centrées autour d’une famille au sens antique du terme, c’est-à-dire une famille élargie, avec toutes les personnes qui habitent dans la même maison." Y compris les serviteurs ou les esclaves. À la période antique en effet, le patriarche, lorsqu’il devenait chrétien, se faisait baptiser "avec sa domus".
Une Église domestique, à l’origine, c'est donc un "petit groupe chrétien qui vit au quotidien ensemble". Ce n’est qu’à la fin du IIIe siècle, et surtout au IVe, que l’on se réunit en assemblées publiques, dans des bâtiments dédiés. Un développement lié à l’autorisation du christianisme par Constantin, en 313, qui en a fait la religion de l’Empire en 380.
"Il ne faut pas confondre l’Église domestique avec la famille, au sens actuel du terme", prévient le théologien. Même si les derniers papes ont incité les familles à être des Églises domestiques, c’est-à-dire des lieux privilégiés où se transmet de la foi.
Une Église domestique, ça peut être un habitat groupé, une colocation chrétienne de jeunes pro... C’est vraiment des chrétiens qui partagent au quotidien leur cheminement de foi, leurs questions
Les sacrements ou les limites des Églises domestiques
Appartenir à une Église domestique aujourd’hui, c’est vivre en proximité entre chrétiens. Et pouvoir ainsi prier ensemble, le matin et le soir. Une "ecclesiola", ou une petite Église, "ça peut être un habitat groupé, une colocation chrétienne de jeunes pro, décrit Arnaud Join-Lambert. C’est vraiment des chrétiens qui partagent au quotidien leur cheminement de foi, leurs questions."
Les diocèses privilégient aujourd’hui les petites fraternités locales pour aider les croyants à "retrouver le sens du chrétien qui n’est pas tout seul et qui au quotidien marche avec d’autres chrétiens". La condition pour ces fraternités est de rester "en communion avec plus large qu’elles".
La limite des Églises domestiques ou des fraternités est d’ordre sacramentel. Ce sont "des communautés qui ne sont pas eucharistiques, observe le théologien, des communautés qui, quelque part, sont appelées à rejoindre la grande Église, c’est-à-dire le rassemblement eucharistique dominical". Dans le catholicisme, en effet, les sacrements sont administrés par les prêtres ou les diacres.
Le sacrement de l’onction des malades, toutefois, pourrait, selon le théologien, se faire au sein des Églises domestiques. "On pourrait imaginer que l’onction des malades puisse être célébrée de manière particulièrement féconde et fructueuse pour un membre souffrant de cette Église domestique, au milieu de l’Église domestique. Là, ça aurait énormément de sens de porter l’onction ensemble, la prière pour le membre souffrant."


Dans le souci de s’adresser au plus grand nombre et avec curiosité, Pauline de Torsiac sollicite théologiens et biblistes pour un échange enthousiaste sur les fondamentaux de la foi chrétienne.




