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Quatre Pères de l'Église qui ont défini la foi chrétienne

Quatre Pères de l'Église qui ont défini la foi chrétienne

Un article rédigé par Madeleine Vatel, avec OR - RCF, le 12 janvier 2026 - Modifié le 10 février 2026
Halte spirituelle, l'intégralePères de l'Eglise : l'ardeur de ces premiers intellectuels

Après la mort et la résurrection de Jésus, après les apôtres, il a fallu définir la religion chrétienne. À quoi croient les chrétiens ? Qui est vraiment Jésus pour eux ? Quelle foi professent-ils et quels sont leurs rites ? Irénée de Lyon, Origène, Athanase d'Alexandrie et Léon Ier font partie de ceux que l'on nomme les Pères de l'Église. Ils ont permis la naissance d'une nouvelle religion, le christianisme.

Les Pères de l’Église, Marie-Anne Vannier les décrit comme "des pionniers" qui ont joué un rôle majeur "dans la compréhension de l’Écriture, du dogme, de la liturgie…" ©Martin Bertrand / Hans LucasLes Pères de l’Église, Marie-Anne Vannier les décrit comme "des pionniers" qui ont joué un rôle majeur "dans la compréhension de l’Écriture, du dogme, de la liturgie…" ©Martin Bertrand / Hans Lucas

Après la Résurrection et le témoignage des apôtres, il restait à définir la foi chrétienne. À quoi croit-on quand on est disciple de Jésus ? Jésus est-il Dieu ? Qu’est-ce qu’un chrétien ? Pour répondre à ces questions qui se posaient parmi les premiers chrétiens, les Pères de l'Église, pour la plupart évêques ou théologiens, se sont penchés sur les textes pour définir la foi chrétienne. C’est souvent en réaction aux théories jugées hérétiques qu'ils ont affiné le dogme chrétien.

La patristique, la science des Pères de l’Église, est la spécialité de la théologienne Marie-Anne Vannier, professeur à l’université de Lorraine, membre de l’Institut universitaire de France et rédactrice en chef de la revue Connaissance des Pères de l’Église. En 2024, elle a dirigé l’ouvrage "Découvrir les Pères de l’Église – Nouveau manuel de patristique" (éd. Artège). Dans Halte Spirituelle, elle dresse le portrait de cinq Pères de l’Église : Irénée de Lyon, Origène, Athanase d’Alexandrie et Léon Ier, dit le Grand.

Qui sont les Pères de l’Église ?

S’ils ont été appelés "Pères de l’Église", c’est d’abord par leurs contemporains. Ce sont les membres de leurs communautés qui "ont eu le réflexe de les appeler Pères ou Abba", comme le décrit Marie-Anne Vannier. Ce n’est que plus tard, au IIIe siècle, que l’expression "Pères de l’Église" est devenue un titre avec Eusèbe de Césarée. 

Les Pères de l’Église, Marie-Anne Vannier les décrit comme "des pionniers" qui ont joué un rôle majeur "dans la compréhension de l’Écriture, du dogme, de la liturgie… Il y a vraiment un engendrement qu’eux-mêmes ont réalisé." Il faut concevoir les premiers siècles de notre ère comme "un monde vraiment en ébullition". Si pour les chrétiens issus du judaïsme, "c’était peut-être plus facile de voir la continuité entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance", il fallait aussi pouvoir parler au monde gréco-romain.

"Comment dire dans des catégories grecques que Dieu est un en trois personnes ? Comment exprimer la Trinité, le baptême ?" Ce que le christianisme a introduit de nouveau, "c’est le salut par le Christ et toute la réflexion sur l’incarnation". Les Pères de l’Église, ces "combattants de la pensée" avaient pour le défendre "la Bible et la culture de leur époque".

 

Saint Irénée, une profession de foi avant le Symbole des apôtres

Saint Irénée (v. 122-v. 200) est connu pour son combat contre les gnostiques - "Contre les hérésies" est l’un de ses ouvrages majeurs. "Dieu s’est habitué à habiter dans l’Homme pour que l’Homme s’habitue à habiter en Dieu." Sa théologie de l’accoutumance, véritable "condition de l’incarnation" comme la décrit Marie-Anne Vannier, "donne cette chance inouïe à tout être humain". 

Les gnostiques, Irénée les a rencontrés "à l’intérieur même de la communauté chrétienne de Lyon" dont il était l’évêque. Ils considéraient "que le salut par la connaissance était réservé à quelques élus". L’anthropologie chrétienne développée par Irénée par de l'idée que "le Christ est venu pour tous, pas pour quelques-uns", résume la théologienn. "Sa vision de l’Homme est géniale elle est tout à fait parlante pour notre époque !" Si le pape François l’a déclaré "docteur de l’unité" (en 2022), c’est parce qu’Irénée "propose l’unité à différents niveaux : l’unité de l’être humain, l’unité de l’Homme avec Dieu, l’unité des Hommes entre eux". 

Au temps d’Irénée, le canon des Écritures n’a pas encore été établi. Mais l’évêque de Lyon s’est appuyé sur un ensemble de textes qui formeront le canon des Écritures, ce qui rend ses écrits particulièrement intéressants pour nous aujourd’hui. Il a de plus "une vision hébraïque", observe Marie-Anne Vannier. "Il envisage la symphonie des Écritures : c’est-à-dire comment il y a une réponse entre l’Ancien Testament et la Nouvelle Alliance, comment il y a une continuité."

Son deuxième livre, sans doute moins connu, "Démonstration de la prédication apostolique", constitue "la carte d’identité du chrétien". La fameuse "règle de vérité" d'Irénée est "un résumé du symbole de foi", qui va devoir attendre le concile de Nicée pour être fixé. "Il est fondé sur le kérygme, la mort et la résurrection du Christ."

 

Origène, père de la lectio divina

"Maître d’école, maître d’église." C’est ainsi que Marie-Anne Vannier qualifie Origène, Père de l’Église du IIIe siècle. Formé par des rabbins à Alexandrie, il est considéré comme le père de l'exégèse biblique. Sa méthode s’inspire en effet de la méthode juive des quatre sens de l'Écriture, que l’on appelle le "Pardès" (l’acronyme de Peshat, le sens littéral, de Remez ou l’allusion, de Derash, l’interprétation figurée, et de Sod, le secret.) Origène l’envisage différemment mais il reprend les quatre sens come quatre degrés d’interprétation : littéral, allégorique, moral et eschatologique.

À une époque où le christianisme est encore une religion naissante, Origène fait un constat préoccupant : "Les écoles hérétiques fleurissent du fait de la pénurie de maîtres solides au sein des Églises." Il a eu cette démarche décisive d’être à la fois à l’écoute des théories de son époque et aussi d’étudier les textes en profondeur. Dans son "Hexaples", il propose une étude comparée de six versions des Écritures : en hébreu, en hébreu translittéré en caractères grecs et en grec (la Septante ainsi que les versions de Symmaque l'Ébionite, d’Aquila de Sinope, et de Théodotion).

Comme Irénée, Origène insiste sur "ce maintien du lien avec le texte, l’Ancien Testament". "La Bible s’explique par la Bible", dit-il. Formidable pédagogue, soucieux de transmettre son savoir, il a prêché aux communautés de Césarée et de Jérusalem. Convaincu que l’on peut "ruminer l’Écriture" et entrer ainsi dans un dialogue avec Dieu, il est d’une certaine façon l’inventeur de ce qui va devenir plusieurs siècles après la lectio divina.

 

Athanase d’Alexandrie, vivre à la suite du Christ

Il a vécu à l’âge d’or de la patristique. Athanase d’Alexandrie, ou Athanase le Grand (v. 295,299 – 373) "a été très marqué par le concile de Nicée de 325", nous dit Marie-Anne Vannier. Et la façon dont l’arianisme niait la double nature de Jésus, vrai Dieu et vrai Homme. Dire que Jésus est créé et non engendré, cela revient à nier la Trinité. "Toute sa vie, il a défendu la définition de foi de Nicée et le fameux homoousios, la consubstantialité du Fils par rapport au Père." C’est-à-dire l’affirmation de l’égalité de nature entre le Père et le Fils.

À la faveur de l’exil, Athanase a rencontré les Pères du désert et notamment Antoine le Grand (250-356), dont il a été marqué par le combat spirituel. S’il a écrit la vie d’Antoine, c’est pour illustrer sa christologie, rapporte la théologienne. Pour Athanase en effet, le père du monachisme "devient un autre Christ. Il vit la vie trinitaire, il guérit les personnes et, d’une certaine manière, par sa vie il montre que le Christ lui-même est Fils de Dieu."

Athanase a mis en lumière cet idéal de la vie monastique, envisagée comme une suite de conversions, de combats, d’ascensions, traversé par le travail, la lecture, la prière. Comme le décrit Marie-Anne Vannier, "c’est toute la sequela Christi qu’il envisage, la suite du Christ. Et même plus précisément l’assimilation au Christ".

 

Léon Ier, le "premier pape"

Il est décrit comme le premier pape, il y a eu pourtant d’autres papes avant lui ! Évêque de Rome de 440 à 461, Léon Ier a renforcé l’autorité et le prestige du siège romain. On peut dire qu’avant lui, "les autres évêques de Rome étaient des évêques parmi d’autres. Léon Ier se définit non pas comme le successeur de Pierre mais le vicaire de Pierre, celui qui agit à la place de Pierre." C’est la raison pour laquelle il fait partie des rares avec Grégoire à être surnommé "le Grand".

En plus de son rôle politique de pacificateur, Léon le Grand a proposé "une intelligence de la foi", résume Marie-Anne Vannier. Sa "Tome à Flavien" a été le texte de référence lors du concile de Chalcédoine en 451. "Là, ce n’était plus seulement la divinité du Fils ou de l’Esprit qui était en jeu mais le rapport entre les deux natures du Christ, dans son unique personne et la communication entre ses deux natures."

Après Nicée en 325, où l’Église a affirmé la divinité du Fils contre l’arianisme, après Constantinople en 381 où elle a dit la divinité de l’Esprit saint contre les pneumatomaques, en particulier Eunome. Les pères conciliaires réunis à Chalcédoine ont abordé la question du mystère de l’incarnation. Et se sont opposés au monophysisme - c’est-à-dire l’unique nature de Jésus - défendue par le moine Eutychès, "qui disait que la nature humaine du Christ aurait été absorbée par sa nature divine".

Léon Ier a essayé de faire comprendre à tous l’apport de Chalcédoine. "Ses sermons sur Noël sont des petits chefs d’œuvre, s’enthousiasme Marie-Anne Vannier, où justement il dit tout l’admirable échange de la divinité et de l’humanité qui se réalise en Jésus par son incarnation et pour tous."

 

Émission Halte spirituelle © RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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