Quand les hérésies ont la peau dure...
Et si les hérésies condamnées par l'Eglise catholique il y a des siècles ressurgissaient sous d'autres habits dans les débats actuels sur la place du corps, la volonté humaine ou la procréation... Denis Moreau, dans un essai plein d'humour, remet en perspective ces débats ancestraux qui disent quelque chose de notre humanité contemporaine.
©Jean-Matthieu Gautier / Hans LucasSigne de la vitalité intellectuelle du christianisme
Le philosophe publie au Seuil Tous hérétiques ! sur l’actualité de quelques débats chrétiens, un essai qui nous invite à redécouvrir les hérésies auxquelles l’Eglise catholique a été confrontée depuis sa création et les réponses qu’elle a dû apporter à ces « erreurs » philosophiques et théologiques.
Pourquoi s’intéresser aujourd’hui au donatisme, au pélagianisme ou bien encore au marcionisme ? Et bien, nous dit, Denis Moreau, parce que les hérésies en particulier au cours des premiers siècles de l’histoire de l’Eglise illustrent « un extraordinaire foisonnement intellectuel », que le philosophe savoure.
Comme philosophe, quand il y a de la discussion j’aime bien cela
Aujourd’hui, il y a moins d’hérésies à condamner par une institution qui ne pratique plus l’anathème. « Comme la doctrine a été élaborée, c’est sans doute plus difficile de proposer une dissidence », explique Denis Moreau. « Une vision plus pessimiste pourrait nous faire dire que c’est l’indice d’une sorte de pétrification de la réflexion chrétienne, c’est moins vivant que cela a pu l’être aux origines. »
Une résurgence qui questionne
Par ailleurs, ces doctrines qu’on croyait révoquées depuis des siècles réapparaissent dans les grands courants de pensée philosophiques ou anthropologiques contemporains. Notre rapport méfiant au corps à travers les nouvelles technologies n’est pas s’en rappeler le gnosticisme qui affirme la domination de l’esprit sur le corps. Le transhumanisme qui prétend à l’édification d’un homme immortel libéré des limites de son humanité ne dit pas autre chose. Idem pour la théorie du genre poussée dans ses extrêmes lorsqu’elle entend libérer l’individu de sa nature masculine ou féminine.
La gnose n’a jamais d’ailleurs parfaitement disparu. L’idée d’une vérité cachée, d’une science réservée à des initiés qui seraient la clef de compréhension du monde, demeure par exemple dans la franc-maçonnerie. Et l’Eglise n’est pas exempte de cette tentation. Les dérives révélées en son sein ces dernières années en témoignent.
Autre hérésie des premiers siècles qui trouve un écho particulier aujourd’hui : l’encratisme. Ce courant de doctrines, du Ier au IVe siècle, a prôné l'abstinence sexuelle et l'exaltation de la virginité. « Proches des gnostiques, ils voyaient dans le fait d’engendrer une faute morale au nom d’une haine du corps et de la matière et peut-être de la venue prochaine des fins dernières. » Une vision du monde qui résonne à l’heure du no kids et de l’effondrement écologique.
Tous hérétiques ! sur l’actualité de quelques débats chrétiens, octobre 2025, 336 p., 23€, Seuil
Denis Moreau est professeur de philosophie à l’université de Nantes. Il a publié de nombreux essais au Seuil dans lesquels il interroge le sens contemporain du christianisme. Parmi eux : Pour la Vie ? Court traité du mariage et des séparations (2014), Comment peut-on être catholique ? (2018), Résurrections. Traverser les nuits de nos vies (2022).


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