Pourquoi le diocèse de Moulins est-il jumelé avec celui de Dakar ?
Se connaitre pour mieux se comprendre : C’est l’un des objectifs du jumelage entre le diocèse de Moulins, dans l’Allier, et celui de Dakar, au Sénégal. Ou comment l’Église d’Afrique s’invite en Bourbonnais. Explications.
Signature de la charte le 30 juin 2019 à la cathédrale de MoulinsD’où est née cette idée de jumelage ?
Après plus de 10 ans d'un partenariat organisé autour d'un simple "comité de jumelage", la collaboration entre les diocèses de Moulins et Dakar prend une nouvelle dimension avec la signature, en 2019, d'une véritable charte de jumelage. Pour comprendre l'enjeu de cette démarche, il suffit de citer quelques éléments du préambule de ce document promulgué par l’évêque de Moulins (alors Mgr Laurent Percerou) et par l'archevêque de Dakar (alors Mgr Benjamin Ndiaye). Il s’agit d’établir :
Une communion au-delà des frontières, une fraternité entre des peuples aux cultures différentes et une participation commune à la même mission d'annoncer l’Évangile aux hommes de ce temps
La charte décline ensuite les formalités de mise en œuvre concrète de ce jumelage [voir notre encadré ci-après]
L'arrivée de Mgr Marc Beaumont en 2021 sur le siège épiscopal de Moulins marque à nouveau un renforcement de ce jumelage, avec la création d'une équipe dédiée à son animation.

Quels sont les projets liés à ce comité ?
La vie du jumelage est marquée par la venue en Bourbonnais, en 2023, de l’ancien archevêque de Dakar, Mgr Benjamin Ndiaye. Le prélat a pu, au cours de plusieurs rencontres avec les Bourbonnais, donner à voir son pays et plus particulièrement son territoire pastoral, très différent de nos diocèses occidentaux. Le rôle du prêtre, des laïcs, l’organisation de la pastorale, les réalités économiques, tout est très différent. L’archevêque n’est pas venu faire des parallèles inappropriées, qui aurait pu mettre mal à l’aise les chrétiens de l’Allier, mais plutôt donner à comprendre ses propres réalités, il est même venu chercher conseil, estimant par exemple, que le diocèse de Moulins était bien organisé sur le plan économique, et que des procédés comptables et organisationnels pouvaient être exportés jusqu’à Dakar.

En outre, il y a eu des rencontres fraternelles tout au long de l’année, avec un repas sénégalais à la maison diocésaine, ou encore des messes festives avec les prêtres du diocèse de Dakar actuellement en mission dans le Bourbonnais. Il sont plusieurs.

Et puis prochainement, du nouveau !
Un séjour à Dakar se prépare en février, avec des étudiants et des jeunes professionnels. Sur place, un large programme se profile, avec la découverte des réalités locales, des visites de centre de santé, d’entreprises, de communautés religieuses ou encore d’écoles. Le Père Thierry Guérin Boutaud, prêtre du diocèse de Moulins est actuellement en mission à Dakar, sur la paroisse de Mbour. Il fera donc le lien entre les Bourbonnais en visite et ses paroissiens du quotidien.

Ce voyage, et plus globalement ce jumelage est un pont entre des cultures différentes, des parcours de foi différents, des organisations différentes, mais il demeure l’expression et la connaissance de l’Église universelle. Ce que l’on connait mieux nous fait moins peur, nous émerveille, nous fait grandir, et par les temps qui cours, qui peut prétendre ne pas en avoir vraiment besoin ?
CHARTE DE JUMELAGE ENTRE LES DIOCÈSES DE DAKAR ET DE MOULINS
Préambule
Dans l'Exhortation apostolique qu'il adressait aux Églises d'Afrique, en novembre 2011, le pape Benoît XVI déclarait alors : « Au-delà des différences d'origine ou de culture, le grand défi qui nous attend tous est de discerner dans la personne humaine, aimée de Dieu, le fondement d'une communion qui respecte et intègre les contributions particulières des diverses cultures. Nous « devons ouvrir réellement ces frontières entre tribus, ethnies, religions, à l'universalité de l'amour de Dieu ». Des hommes et des femmes différents par l'origine, la culture, la langue ou la religion, peuvent vivre ensemble harmonieusement. » (Africae Munus, n. 39).
Le défi que ce jumelage veut relever est le même : une communion au-delà des frontières, une fraternité entre des peuples aux cultures différentes, et une participation commune à la même mission d'annoncer l'Évangile aux hommes de ce temps.
Les moyens modernes de communication, de transports... favoriseront l'élaboration de liens concrets et fraternels porteurs de fruits humains et spirituels.
Aujourd'hui, cette charte du jumelage, promulguée dans les deux diocèses par Mgr Benjamin Ndiaye, archevêque de Dakar, et Mgr Laurent Percerou, évêque de Moulins, précise les grandes orientations et les modalités de leurs relations.
- L'ESPRIT ET L'ORIENTATION DU JUMELAGE
Après une dizaine d'année de partenariat, le but du jumelage est de favoriser une communion plus grande entre nos deux Églises, de sorte que se manifeste davantage la catholicité de l'unique Église du Christ.
La vie du jumelage vise plusieurs objectifs et est bâtie sur trois axes : 1.1 La rencontre humaine
Le jumelage consistera d'abord à nous rencontrer et à nous découvrir sur le plan humain. Par des échanges et des visites réciproques, nous apprendrons à nous connaître dans notre histoire, nos cultures, nos manières de vivre... et à nous reconnaître comme des frères et soeurs.
1.2 La fraternité chrétienne
Nos rencontres sont celles de deux Églises unies dans l'unique famille du Christ. Notre communion s'exprimera et grandira par le partage de la prière, des expériences et de la réflexion. Au sein de « l'Église-famille-de-Dieu », nos communautés se soutiendront et s'encourageront. Ainsi allons-nous progressivement nous entraider mutuellement, comme le dit fort à propos le saint pape Jean Paul II : « En un monde qui devient toujours plus petit par suite de l'abolition des distances, les communautés ecclésiales doivent s'unir entre elles, échanger leurs énergies et leurs moyens, s'engager ensemble dans l'unique et commune mission d'annoncer et de vivre l'Évangile. » (Christifideles laïci, n. 35, exhortation apostolique du pape Jean-Paul II, en 1988).
1.3 L'annonce de l'Évangile
Nos deux diocèses se sentent conjointement responsables de la mission reçue du Christ. Nous aurons à coeur de partager nos difficultés et nos joies dans l'annonce de l'Évangile, ainsi que nos énergies et nos moyens. «Aucune Église particulière, même la plus pauvre, ne saurait être dispensée de l'obligation de partager ses ressources spirituelles, temporelles et en personnel, avec d'autres Églises particulières et avec l'Église universelle » (Evangelii nuntiandi, n. 50, exhortation apostolique du pape Paul VI, en 1975).
Ainsi, le jumelage devrait être un rendez-vous du donner et du recevoir, fondé sur la fraternité, l'entraide, le partage d'expériences en vue d'un enrichissement mutuel.
- L'ORGANISATION ET LA VIE DU JUMELAGE
Il s'agit avant tout de deux Églises qui apprennent à se découvrir, à partager leurs expériences, à s'entraider et contribuer chacune selon sa spécificité à l'éveil de la mission universelle de l'Église.
2.1 L'animation du jumelage
Le jumelage est placé sous la responsabilité des évêques des deux diocèses. Il doit s'inscrire dans le projet d'ensemble de nos deux Églises ; il implique la participation de tous les acteurs ecclésiaux : laïcs, religieux, religieuses, diacres, prêtres et évêques. Aussi il sera nécessaire de sensibiliser au jumelage tous ces acteurs, condition pour que celui-ci soit une expérience d'Église-famille-de-Dieu. Le caractère diocésain de ce jumelage évite ainsi de privilégier des relations trop individuelles.
De part et d'autre, un comité diocésain du jumelage aura pour rôle de sensibiliser tout le diocèse, d'organiser et de coordonner l'action dans l'esprit de cette charte, de l'animer et d'en assurer le suivi. Il a en particulier le souci de collaborer avec les acteurs pastoraux, dans les paroisses et les différents organismes diocésains, et d'être en lien avec les communautés ecclésiales vivantes. Il s'agit de développer des projets dans le domaine pastoral, social, éducatif et caritatif en synergie avec les Œuvres Pontificales Missionnaires et la Mission Universelle de l'Église (C.E.F.).
2.2 Les principaux axes
Le jumelage entre nos deux Églises est appelé à se construire sur le plan humain, spirituel, social et matériel. Le comité diocésain du jumelage de chaque diocèse est chargé de préciser les objectifs, de choisir et de proposer des pistes d'actions pour que puisse s'établir un échange de vie et d'énergie entre nos deux Églises. Pour atteindre ces objectifs, nos relations ont à se développer à plusieurs niveaux :
- Informations — communications
Un échange régulier d'informations sur la vie de nos deux diocèses sera le signe de notre attention à ce qui se vit de part et d'autre. Les principaux canaux sont les bulletins d'informations et les sites Web de nos diocèses. Dans la mesure du possible les services de communication seront en contact régulier.
- Liens entre les diverses instances
Le jumelage permettra de promouvoir des relations de partenariat et de fraternité : paroisses ou doyennés, établissements scolaires, mouvements de jeunes, d'adultes, services diocésains... organismes caritatifs. Tous les moyens possibles sont utilisés pour sensibiliser l'ensemble des fidèles aux activités du jumelage et les informer régulièrement.
- Les visites réciproques
Le jumelage s'inscrit dans le contexte plus large des relations entre Églises : visite fraternelle entre évêques, agents pastoraux, laïcs... Le comité de jumelage de chaque diocèse organisera ces visites et soutiendra aussi celles plus spontanées, à l'initiative des acteurs pastoraux.
- Les échanges de compétences
Cela pourra se traduire sur le plan pastoral, culturel, éducatif, etc. Le jumelage peut s'exprimer et se vivre plus encore sur le plan des échanges d'acteurs pastoraux (prêtres Fidei Donum, volontaires laïcs, jeunes ...).
- Le partage des biens
Personne n'est si pauvre qu'il ne puisse rien donner ; personne n'est si riche qu'il ne puisse rien demander. Les modalités pratiques, en ce domaine matériel, seront précisées, au fur et à mesure, par une convention entre les deux évêques diocésains.
3. ÉVOLUTION DE LA CHARTE
Cette charte pourra être amendée à l'initiative des deux diocèses. Notre espoir est que se développent entre nos deux diocèses des relations plus fortes selon la vision de « l'Église-famille-de-Dieu » et « Peuple de Dieu » et à laquelle nous attachons beaucoup de prix.
Nous rendons grâce pour les liens qui se sont tissés depuis une dizaine d'années entre nos deux diocèses, à travers les contacts entre évêques, l'accueil de prêtres Fidei Donum et durant l'été, ainsi que les visites des évêques à Dakar et Moulins.
Que l'Esprit Saint continue de développer ces liens fraternels entre nos deux Églises sœurs.

