JavaScript is required
Accueil
Portrait : Farid Vahid, séduit par l'Évangile sous le régime des mollahs

Portrait : Farid Vahid, séduit par l'Évangile sous le régime des mollahs

Un article rédigé par Pauline de Torsiac, avec OR - RCF, le 8 juin 2026 - Modifié le 13 juin 2026
La foi en actionFarid Vahid | Une enfance entre la France et l'Iran

Farid Vahid est un expert politologue souvent sollicité dans les médias, notamment pour parler de l'Iran. Le pays dans lequel il a grandi est aussi la terre où il a découvert la Bible. Et où, malgré le régime autoritaire islamique, il a été séduit par le message de l'Évangile. Il nous raconte son cheminement spirituel, marqué par un désir de comprendre qui est le Dieu trinitaire des chrétiens. Puis ce moment décisif dans une église en France, où il a été mystérieusement touché par la Vierge Marie.

©Henrique Campos / Hans Lucas©Henrique Campos / Hans Lucas

On le voit souvent commenter l’actualité sur les plateaux de télévision. Le politologue Farid Vahid est un franco-iranien converti au catholicisme. Il est aujourd'hui codirecteur de l’Observatoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès et enseignant à Sciences Po. 

Il a grandi entre la France et l'Iran dans une famille d’intellectuels et d’universitaires. Farid Vahid avait neuf ans lorsque sa famille a décidé de revenir vivre en Iran. Celui qui était au pouvoir, Mohammad Khatami, était un réformateur, tous les espoirs étaient encore permis. Mais l’élection, en 2005, de Mahmoud Ahmadinejad a été un choc. C'est sous un régime islamique autoritaire que Farid Vahid a passé son adolescence et ses premières années étudiantes. Et qu'il a eu accès au Nouveau Testament. Il raconte comment, dans ce contexte particulier, il a été séduit par le message de l'Évangile.

La vie des Iraniens entre espace public et espace privé : entre ombre et lumière

À mesure que le régime autoritaire s’impose, le quotidien des Iraniens se joue entre espace public et espace privé. Le jeune homme trouve ses moments de respiration chaque vendredi à l’École française de Téhéran, où il suit des cours de français - dans les jardins luxuriants de l’ambassade du Royaume-Uni à Téhéran. C’est là que s’ancrent ses "meilleurs souvenirs d’enfance". "À la fois vous étiez en Iran, mais en même temps c’était libre donc nous étions avec des filles, elles n’étaient pas obligées de se voiler. C’était, comme on imaginait, comme on espérait, l’Iran un jour."

Aujourd’hui encore, il a cette lecture de la société iranienne. "La république islamique en tant que dictature religieuse essaie de contrôler, tant bien que mal, l’espace public. Finalement ce régime n’a d’islamique que, j’ai envie de dire, le contrôle du corps des femmes. Parce que sur les autres éléments, c’est un régime militaro-oligarchique classique, comme la Russie ou la Chine."  La question du voile ne résume pas tout, selon lui, de la situation en Iran. "Il faut quand même imaginer que c’est une société aujourd’hui moderne, avec des femmes qui travaillent, qui sont indépendantes." 

En 2009, Farid Vahid s’apprête à entrer à l’université quand Mahmoud Ahmadinejad est réélu. "Tout le monde savait que Mir Hossein, le candidat réformateur, aurait dû gagner dès le premier tour." Farid Vahid se souvient de cet été 2009 où "des millions de personnes" sont descendues dans les rues de Téhéran. Et où la réponse du régime a été féroce : assassinats, viols… Le tout jeune étudiant se sentait "galvanisé par la situation, aussi par mes lectures. J’avais passé mon adolescence à lire les livres d’Hugo, de Camus." Il décide de prendre part au "mouvement vert", un mouvement de résistance.

 

Les Racines du présentIran, l’Histoire pour comprendre la crise

"Un coup de foudre" pour le Nouveau Testament

Et c'est aussi à cette période que Farid Vahid découvre l’Évangile. Quand son père revient un jour à la maison avec un exemplaire du Nouveau Testament en persan. Les parents de Farid Vahid avaient laissé leurs enfants libres de s’instruire de choisir leur religion. Malgré tout, la spiritualité a été très présente dans sa jeunesse. En fait, elle est "omniprésente en Iran. Il y a un rejet de l’islam politique qui est très clair, très net. La jeunesse iranienne prend beaucoup de distances avec la religion pour des raisons évidentes, mais la spiritualité mine de rien est omniprésente."

Le politologue rappelle que "l’Iran existait bien avant l’islam et après la conquête de l’Iran par les Arabes. Les Iraniens prennent cette religion en quelque sorte imposée mais ils le font un peu à leur manière. La religion en Iran, elle est millénaire dans les codes, dans l’identité profonde iranienne, dans la poésie persane."

Sous le régime islamique d'Iran, quand on est musulman, on n’est pas censé avoir une Bible chez soi, "surtout pas traduite en persan !" L’exemplaire du Nouveau Testament trouvé par son père est une belle édition en calligraphie persane éditée à Londres que Farid Vahid a toujours. Il a vu durant des semaines son père le lire. Par curiosité, il s’y est mis à son tour : "un coup de foudre", décrit-il. En particulier pour l’Évangile de Jean et sa "très grande spiritualité. J’aimais beaucoup aussi ce Dieu d’amour. Ce Dieu qui se fait homme et qui se sacrifie, qui est très différent du Dieu hébraïque ou musulman, qui est beaucoup plus dans le jugement, dans le calcul."

 

Le Grand TémoinComment accueillir les chrétiens convertis de l’islam ?

La délicate question de l'évangélisation en Iran

Son engouement pour le message de l’Évangile sera mis à l’épreuve. En Iran, explique-t-il, "le régime est très, très sensible à ce qu’ils appellent le prosélytisme" - et que Farid Vahid préfère appeler "l’évangélisation". Il y a des églises en Iran, mais "en fait vous ne pouvez pas entrer dans les églises : et ce n’est pas un policier un agent du régime qui va vous empêcher de rentrer, c’est les fidèles eux-mêmes parce qu’ils vont avoir tellement peur après des conséquences, qu’ils ne vous laissent pas entrer, c’est assez triste !" 

Et pourtant, "on parle de plus d’un million d’Iraniens convertis" au christianisme. Pour Farid Vahid ce pays - comme ille souligne "évangélisé par l’apôtre saint Thomas" - représente "un terrain très fertile à ce phénomène", réceptif à l’évangélisation. Mais "le Vatican, qui a des relations officielles avec Téhéran, fait très attention".

Bien qu’attiré par la foi chrétienne, le jeune homme n’a donc pas la possibilité ni d’entrer dans une église ni de rencontrer des prêtres avec qui discuter. Or, il a "des points de blocage théologique, notamment sur la Trinité. Je n’arrivais pas du tout à comprendre. D’autant plus que de croire en un seul Dieu, c’est sacro-saint dans la mentalité iranienne dans laquelle j’avais grandi." Et lorsqu’il arrivait à en discuter avec des chrétiens, "ils me disaient, C’est normal que tu ne comprennes pas, c’est un mystère. Et c’est vraiment une explication qui ne me convenais pas du tout !"

 

Je pense que parfois il ne faut pas non plus essayer de trop intellectualiser les choses. Ce jour-là j’ai eu une expérience spirituelle avec la Sainte Vierge, j’ai eu un sentiment de ne pas être abandonné

 

Le désir d'être baptisé

C'est grâce à Maguelonne, sa future épouse, que Farid Vahid a pu apprendre sur la foi chrétienne. Elle était alors une étudiante de Sciences Po Lyon en année de césure en Iran. "Elle a eu beaucoup d’influence sur la suite des événements parce qu’on échangeait beaucoup." Farid Vahid rappelle quelque chose d’essentiel pour un chrétien : "Le message évangélique, ça passe aussi beaucoup par les croyants, par les chrétiens, par le témoignage de tous les jours."

Le moment décisif de son cheminement spirituel a eu lieu en 2019. Deux ans après avoir quitté l’Iran pour suivre Maguelonne en France, il apprend la mort de sa mère. Son réflexe est alors d’aller prier dans une mosquée mais rien ne se passe. Il se trouve dans le quartier latin, il voit l’église Saint-Étienne-du-Mont. "Là, je rentre, et là, je sens quelque chose. Je pense que parfois il ne faut pas non plus essayer de trop intellectualiser les choses. Ce jour-là j’ai eu une expérience spirituelle avec la Sainte Vierge, j’ai eu un sentiment de ne pas être abandonné, de ne pas être seul. Et c’est là où j’ai eu vraiment l’envie d’être baptisé."

 

La foi en action ©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
La foi en action
La foi en action ©RCF
Découvrir cette émission
Cet article vous a plu ? Partagez-le :

Pour aller plus loin

Suivez l’actualité nationale et régionale chaque jour

Votre Radio vit grâce à vos dons

Nous sommes un média associatif et professionnel.
Pour préserver la qualité de nos programmes et notre indépendance, nous comptons sur la mobilisation  de tous nos auditeurs. Vous aussi participez à son financement !

Faire un don
Qui sommes-nous ?

RCF NOTRE DAME, la radio chrétienne.

RCF NOTRE DAME est née de la rencontre de deux grandes voix de la radio chrétienne en France : RCF et Radio Notre Dame.

Écoutée chaque semaine par 1 350 000 personnes, RCF NOTRE DAME propose une information rigoureuse, des débats exigeants et des programmes qui donnent du sens. Le réseau rassemble 65 radios locales et diffuse ses programmes sur 270 fréquences en France et en Belgique.

Reconnues d'intérêt général, les radios associatives du réseau RCF NOTRE DAME vivent essentiellement grâce aux dons de leurs auditeurs.