Pierre et Geneviève Davienne, du SAPPEL à l'Algérie : « Nous avons besoin des autres pour rencontrer Dieu »
Accueillir, écouter, se laisser déplacer : c’est le fil rouge de la vie missionnaire de Pierre et Geneviève Davienne. Parents de huit enfants et grands-parents de onze petits-enfants, ils ont fondé le SAPPEL en 1989, une communauté qui propose de partager la dimension spirituelle avec des personnes en situation de précarité. A plus de 70 ans, ils reviennent d'une mission de deux ans à l'est de l'Algérie à Tébessa, à l'appel de Mgr Lhernould pour animer une " oasis de prière et de rencontre ". Témoins d’une " Église dans la mangeoire ", ils ont passé leur vie à aller vers ceux que l’on ne voit pas. Au micro de l’émission Inspiration sur RCF Lyon, ils relisent leur chemin de foi, marqué par la rencontre des plus pauvres et vécu comme un dépouillement fécond et une révélation spirituelle.
Genevieve et Pierre Davienne - © RCF Lyon" Ne laisser personne dans son coin " : apprendre la foi avec les plus pauvres
Dès leur rencontre au sein d’ATD Quart Monde, Pierre et Geneviève Davienne ont été saisis par une conviction qui ne les quittera plus : on ne peut pas annoncer l’Évangile sans se laisser transformer par ceux que l’on rencontre.
Dans les cités de Sartrouville, au début de leur mariage, Geneviève se souvient de ces grandes fêtes organisées pour rejoindre des familles très pauvres, souvent enfermées dans la honte et l’isolement. Le slogan était simple et percutant : « personne dans son coin ». Ce n’est pas “ j’arrive avec mon savoir ”, c’est “ j’apprends de toi aussi ”.
De cette intuition naîtra, en 1989, la communauté du Sappel, en région lyonnaise. Une communauté qui ose affirmer le droit à la spiritualité pour tous, y compris — et surtout — pour ceux qui en sont le plus éloignés socialement.
Pierre le dit avec force : partager la foi, l’art et le savoir permet aux personnes de se relever, de se remettre debout, bien plus durablement que de répondre uniquement aux besoins matériels.
« Créer une oasis » : vivre l’Évangile en terre musulmane
En 2022, à plus de 70 ans, Pierre et Geneviève sont appelés pour une mission inattendue : partir deux ans à Tébessa, à l’est de l’Algérie, près de la frontière tunisienne. Leur mission est désarmante de simplicité : ne rien faire, sinon être là.
Être là pour accueillir, prier, rencontrer. Créer une oasis. « Nous étions deux chrétiens dans une ville de 300 000 habitants… et pourtant, nous n’avons jamais été seuls. »
Accueillis avec une hospitalité bouleversante, ils découvrent la profondeur de la foi musulmane vécue au quotidien, et une fraternité qui dépasse les appartenances religieuses. Le dialogue interreligieux n’est plus une idée, mais une expérience incarnée.
Pierre raconte ce moment où, creusant un tabernacle dans un mur, un ami musulman lui demande s’il y aura « pour lui aussi » de ce trésor. La réponse est immédiate, évidente : " oui ".
Il ne s’agit pas de faire nombre, mais de faire signe
Une Église pauvre, au service du Royaume
Au fil des rencontres — détenus subsahariens, femmes emprisonnées, étudiants, voisins — une certitude s’affine : les frontières de l’Église ne sont pas celles que l’on croit. Privés souvent de messe, Pierre, diacre, découvre une eucharistie vécue au cœur même de la vie quotidienne, déposée sur un autel minuscule, nourrie des joies et des peines du peuple algérien.
À leur retour en France, l’expérience continue sous une autre forme : créer des ponts. Avec l’association Entraide Cirta, ils souhaitent relier les rives, changer les regards, partager ce qu’ils ont reçu.
Une promesse à transmettre : « rencontrer l’autre pour rencontrer Dieu »
Aujourd’hui, Pierre et Geneviève Davienne poursuivent leur mission autrement : transmettre une mémoire, encourager la fraternité, rappeler que nous avons un créateur et que nous sommes tous frères.
Leur témoignage n’apporte pas de réponses toutes faites, mais une invitation claire : accepter d’être déplacés, dérangés, transformés par la rencontre de l’autre — là où Dieu se laisse découvrir car « les frontières de l’Église ne sont pas celles que l’on croit ».


Des itinéraires inspirants, des cafés philo, du conseil conjugal et familial et de la Communication Non Violente, le samedi à 16h50 et le dimanche à 9h30.
Lætitia de Traversay donne la parole aux hommes et aux femmes qui construisent ce monde, discrètement et passionnément : spécialistes du couple et de la famille, philosophes, formatrices en CNV (Communication Non Violente), des personnes qui osent s'engager et relever des défis, portées par leur foi en Dieu et leur foi en l'Homme.
