Doyen des prêtres du diocèse de Valence, Julien Sciolla est décédé
Le père Julien Sciolla est décédé le mercredi 12 août dans sa centième année. Le doyen des prêtres du diocèse s'était confié au micro de RCF en juin 2026. Il racontait sa vie portée par la foi, la musique et la fidélité aux jours. Un siècle traversé par les guerres, les départs, les rencontres, la radio, la prière… et toujours la musique.
Julien SciollaPrêtre du diocèse de Valence, né en octobre 1926 à Volvent dans le Diois, et décédé le 12 août à Valence, Julien Sciolla raconte sa vie avec des souvenirs précis, des silences parfois, et cette façon rare de regarder le passé sans amertume.
L’histoire commence dans une famille modeste. Son père, né à Marseille et passé par l’assistance publique, est placé enfant comme gardien de troupeaux dans le Diois. Une vie ballottée, marquée par les déplacements forcés et le sentiment de subir un destin qui n’est pas juste. Julien en parle avec admiration. Il a hérité sa lumière d’un père sans héritage. "Mon père, il n'est pas unique, mais pour moi il est unique. Ça a toujours été une référence de conduite pour moi, de courage, de persévérance. Je crois que c'est lui qui continue à vivre en moi."
Militaire une grande partie de sa vie, son père entraîne la famille au rythme des affectations. Montélimar, le Maroc, Verdun… jusqu’au jour où l’Histoire frappe à nouveau. Quand la guerre éclate, tout s’arrête.
Le violon abandonné et l'arrachement
Julien est un adolescent qui apprend le violon. Le dimanche, il enfourche son vélo, son sac sur le dos et l'instrument sous le bras, pour rejoindre son professeur en ville. Le violon est un instrument récupéré par son père, trop grand pour lui, mais qu’importe : la musique commence à tisser en lui quelque chose de vivant, de nécessaire.
Puis la guerre éclate, à Verdun. Il faut partir, vite, avec quelques sacs, quelques valises. Ce violon abandonné dans un appartement de Verdun reste, cent ans plus tard, l'une des blessures vives dans sa mémoire.
La musique, c'est parler de soi, sans avoir à le dire
Si la guerre lui a arraché son violon, elle n'a jamais pu lui enlever la musique. Pour le père Julien, elle dépasse les simples vibrations physiques : elle est un connecteur émotionnel d'une puissance rare. « Il y a une façon de manger sa soupe en écoutant du Bach ! », s'amuse-t-il. À l'aube de son centenaire, une tendre nostalgie l'habite : « Je me suis même demandé le jour où on va fêter le centenaire... Qu'est-ce que tu vas dire ? Est-ce que tu pourrais peut-être chanter quelque chose ? (...) J'aimerais pouvoir chanter pour mes cent ans, mais il faudrait que je trouve une chanson qui convient. La voix s'abîme mais l’envie est intacte. »
100 ans, c’est tout de même très long : aujourd'hui, dans le confort de l'EHPAD des Oliviers, le père Julien ne cache pas une certaine lassitude face au grand âge. « Au bout de tant d'années que je suis là, ça m'est insupportable, j'aimerais être ailleurs », confie-t-il avec une sincérité désarmante. D'ailleurs, pour lui, c'est être près de Dieu. Mais en attendant, il reste ce veilleur et continue d’être présent aux vêpres, chaque soir, avec les autres prêtres de l’EHPAD et quelques laïques qui les rejoignent.
Une voix pour chanter et une voix pour les ondes. Pendant plus de vingt-cinq ans, beaucoup l’ont connu par la radio RCF, il anime notamment des émissions autour de la liturgie et de la musique. L’un de ses meilleurs souvenirs reste cette tendre émission partagée avec un pasteur protestant d’origine australienne : Graham Beeston. « Bonjour Monsieur le curé, bonjour Monsieur le pasteur… C’est un bon souvenir pour moi, je ne sais pas si cela a changé quelque chose… » En tout cas, il garde la joie d’avoir essayé.
On ne sait jamais, quand on parle à la radio, qui nous écoute
Il laisse cette magnifique leçon de résilience humaine. « Les moments difficiles s'éclairent à la lumière d'autres plus heureux dans la vie de chacun. Accueillir la parole et pouvoir répondre honnêtement, oui… Cette transmission de la parole, c'est ça la vie. »
La photo est un art, comme la musique, une photo parle sans avoir à le dire
L’art de la contemplation, c’est savoir voir le beau dans les petites choses, les petits détails. Son « jeune » frère de 98 ans a conservé toutes les archives photos de la vie du père Sciolla. La sagesse d’une vie de 100 ans : « Les moments difficiles s’éclairent toujours à la lumière d’autres plus heureux ».
En écoutant les autres, en ayant souci de comprendre ce que disent les autres, ça apprend beaucoup de choses. Cette transmission de la parole, c'est ça la vie. À cent ans, dans sa chambre tapissée de photos de ses parents, de statues, de tableaux, Julien Sciolla n'a pas l'air de conclure. Il a l'air de quelqu'un qui écoute encore. Qui cherche encore la bonne voix chaque matin. Qui tient son appareil photo dans le tiroir, au cas où…
Je crois que c'est bientôt la fin, et que le Seigneur m'accompagne
Ses funérailles se dérouleront mardi 18 août à 10 h à l’église Notre-Dame, rue Berthelot à Valence.
Une veillée funèbre se tiendra lundi 17 août à 20 h à l’église Notre-Dame en présence du corps.


L'émission qui écoute les chrétiens de la région. Qu'ils vivent leur foi dans des circonstances très particulières ou en toute simplicité, qu'ils aient connu ou non d'extraordinaires expériences, ces hommes et ces femmes se confient au micro des journalistes des radios RCF d'Auvergne-Rhône-Alpes. Dans Chemin de Foi, ils racontent leur itinéraire spirituel, toujours unique : qu'est-ce que le Christ a fait dans leur vie ?

