Pèlerinage à Souvigny 2026 : Revivez les meilleurs moments
Ce week-end des 2 et 3 mai 2026, plus de 2000 pèlerins ont foulé le sol de la prieurale de Souvigny, à la suite des saint abbés Mayeul et Odilon. Revivez sur cette page les meilleurs moments.
Souvigny 2026 / @sanctuaire de la paixMesse de clôture, présidée par Mgr Laurent Percerou :
https://www.youtube.com/watch?v=0EoXO4OriMk&t=1935s
Et voici l'homélie de Mgr Percerou :
Frères et soeurs, chers amis, dans deux des textes que nous venons d’entendre, des tensions se perçoivent, des désaccords s’expriment :
Dans le Livre des Actes des Apôtres, qui nous racontent la naissance de l’Eglise au souffle de l’Esprit de Pentecôte, ce sont les frères de langue grecque qui sont en colère : leurs veuves sont moins bien traitées que celles du groupe des frères de langue hébraïque. Et ce qui peut nous apparaître comme un détail, une petite jalousie mal placée, cache en réalité un problème qui, s’il n’avait pas été traité par les apôtres, aurait pu faire éclater la toute jeune communauté chrétienne : Rappelez-vous combien les chrétiens d’origine juive eurent du mal à accueillir ces convertis au christianisme venus des nations païennes et qui, pour la plupart, étaient de langue grecque. Il aura fallu le concile de Jérusalem, le premier de l’histoire de l’Eglise, au milieu du 1er siècle, pour que les chrétiens d’origine juive, qui furent les 1ers à confesser Jésus comme le Messie de Dieu, comprennent que la Bonne Nouvelle du Salut ne leur était pas réservée mais qu’elle était destinée à l’humanité toute entière.
Dans l’Evangile qui vient d’être proclamé, nous sommes au soir du jeudi saint, et Jésus a annoncé aux apôtres que l’heure de sa mort était proche. Il leur avait pourtant bien dit que cette mort était une vie offerte pour tous, qu’elle déboucherait sur la victoire de la résurrection, mais qu’importe pour eux ! Ils sont dans la désespérance. Au-delà d’un ami et d’un maître, c’est le sens même de leur vie qui s’effondre. Que vont-ils devenir ? Et c’est alors l’heure des reproches : « nous ne savons pas où tu vas, comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Tu nous quittes en rase campagne, sans indication, alors « Montre-nous le Père et cela nous suffit ! », Tu peux partir si tu le veux, mais avant cela, montre-nous le Père, car après toi ce sera trop tard, le livre sera refermé !
La jalousie et le ressentiment dans le Livre des Actes, la crainte de la trahison et la défiance dans l’Evangile, voilà qui aurait pu conduire à l’éclatement de la première communauté chrétienne, à l’éclatement du groupe des apôtres et donc, peut-être, à la haine avec son cortège de malheur. Nous n’en n’avons pas le temps ici, mais si nous regardions de près les conflits, petits ou grands, qui éclatent dans nos familles, entre voisins, entre groupes sociaux, entre états et en d’autres lieux, nous verrions que, toujours, les causes sont à chercher dans cette jalousie et ce ressentiment qui pousse à mépriser l’autre, à vouloir mettre la main sur ce qu’il possède, à le dominer pour prendre une revanche illusoire.
Et en ce 10ème anniversaire de la restauration du pèlerinage de la Paix auprès des saints abbés Mayeul et Odilon, ces propos résonnent d’une manière particulière alors que notre monde, de nouveau, se retrouve revenu au temps des Empires qui font peser leurs forces sur des peuples qui ne demandent qu’à vivre en paix. Comment ne pas faire mémoire des peuples du Proche et du Moyen-Orient qui vivent sous la terreur des bombes, des missiles et des drones meurtriers ? Peuple iranien victime, tout à la fois, d’un gouvernement qui l’opprime avec cruauté et d’armées étrangères dont on a bien du mal à distinguer quels sont leurs objectifs. Peuple palestinien de Gaza et de Cisjordanie, tragiquement abandonné, emporté dans une tourmente meurtrière qui n’en finit pas, soumis aux exactions de ceux qui veulent récupérer sa terre. Peuple israélien blessé au coeur par les massacres effroyables du 7 octobre 2023, qui connait lui aussi les missiles destructeurs, et qui se demande s’il lui sera un jour possible de vivre en paix avec ses voisins, dans l’espérance que se taisent à jamais ceux qui prétendent le faire disparaitre. Peuple libanais, soumis au jeu des grandes puissances qui l’entourent et qui voit sa terre, ses valeurs de fraternité et de dialogue une nouvelle fois piétinées. Et nous n’oublions pas le courageux peuple ukrainien, dont on parle si peu depuis 2 mois, qui peine à tout juste survivre, alors que l’envahisseur, méthodiquement, détruit le peu qui lui reste, espérant son épuisement et sa capitulation. Oui, en vérité, pour eux tous et pour tous ces autres peuples en souffrance dans notre monde, nous prions le Père avec ce refrain du psaume que nous avons chanté tout à l’heure : « Que ton amour, Seigneur, soit sur eux tous car nous mettons en toi notre espoir et nous savons que tu es proche de chacun de tes enfants, tout particulièrement de ceux qui souffrent ».
Mais nous ne pouvons pas nous résigner ! Nous voyons bien que les maux de la guerre sont partout. Nous voyons les violences qu’elles engendrent et leurs conséquences bien au-delà des champs de bataille. Nous voyons la dureté des coeurs de ceux qui les provoquent et le mépris qu’ils affichent pour la souffrance des peuples qu’ils oppriment. Le Pape Léon XIV nous interpellait lors de la fête de Pâques : « Nous nous habituons à la violence, nous nous y résignons et nous devenons indifférents. Indifférents à la mort de milliers de personnes. Indifférents aux répercussions de haines et de divisions que les conflits sèment. Indifférents aux conséquences économiques et sociales qu’ils engendrent et que chacun ressent pourtant. On assiste à une “mondialisation de l’indifférence. La croix du Christ nous rappelle sans cesse la souffrance et la douleur qui environnent la mort, ainsi que l’angoisse qu’elle engendre (…) Nous ne pouvons pas continuer à rester indifférents ! Et nous ne pouvons pas nous résigner au mal ! Saint Augustin enseigne : « Si tu as peur de la mort, aime la résurrection ! ». Aimons, nous aussi, la résurrection qui nous rappelle que le mal n’a pas le dernier mot, car il a été vaincu par le Ressuscité ».
Frères et soeurs, il nous demeure possible d’imaginer la paix ! De l’imaginer pour la faire advenir ! A la manière des apôtres qui, plutôt que de laisser perdurer l’injustice, imaginent une solution juste, respectueuse de la dignité de ces pauvres veuves maltraitées. Ils l’imaginent et la mettent en place : Après avoir pris le temps de prier, ils imposent les mains aux premiers diacres de l’Eglise qui seront chargés du service des tables. Et ça porte du fruit ! Ainsi, nous dit saint Luc : « La Parole de Dieu était féconde, le nombre des disciples se multipliaient fortement à Jérusalem. »
Ce faisant, les apôtres n’ont fait que suivre l’exemple de Jésus. Alors que Thomas et Philippe récriminaient contre lui, il se présenta à eux comme « le chemin, la vérité et la vie ». Le chemin de la paix retrouvée est celui-là même que Jésus empruntera en s’offrant sur la croix pour que la vie triomphe, et il n’y a pas d’autres vérités, précisément, que cette vérité de la vie qui se donne par amour, et il n’y a pas d’autres vies possibles que cette vie offerte qui éclatera en vie nouvelle et éternelle. Ainsi, devenir artisan de paix, sera s’ouvrir au Christ, lui qui est venu tuer la haine dans les coeurs, afin que triomphe la paix telle que Dieu la veut, c’est à dire telle qu’il nous l’a donnée en Jésus son Bien-Aimé.
Et c'est de l'ordre du combat, du combat intérieur contre son propre moi envahissant, contre ses désirs désordonnés, contre son orgueil et sa volonté de puissance. Pour paraphraser St Paul, dans sa lettre aux chrétiens d’Éphèse, l’homme de paix est l’homme qui lutte intérieurement pour « se revêtir de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience ». L'homme de paix cherche le bonheur des autres avant sa propre satisfaction, il est prêt à se sacrifier pour que son frère, sa soeur en humanité, vive pleinement. Et nous pouvons prier cet après-midi pour que nous soyons des hommes et des femmes de paix, pour que se lèvent des responsables politiques et économiques qui soient des hommes et des femmes de paix, et que ceux qui sont en responsabilité aujourd'hui le soient encore davantage ou le deviennent s’ils ne le sont pas.
« Il aime le bon droit et la justice, la terre est remplie de son amour » chantions-nous dans le psaume. Elle est là « l’avancée pacifique » que des coeurs ouverts à l’amour de Dieu sont appelés à engager, au coeur des violences qui défigurent l’humanité ! Goûtons maintenant au pain de vie en cette Eucharistie. En lui, puisons la véritable paix pour en être les ambassadeurs.
+ Laurent Percerou
Evêque de Nantes
