Oser Dieu : se laisser surprendre par le message de Noël
Un Dieu qui se fait humble au point de s'incarner dans un nouveau-né : Noël invite à se laisser surprendre et même bousculer ! Mais Jésus est-il réellement né dans une mangeoire ? Entre authenticité historique et vérité de faits surnaturels, à quoi faut-il adhérer quand on est chrétien ?
Messe de Noël à Bethléem, le 25/12/2023 ©Jean-Matthieu Gautier / Hans LucasOser Dieu, c’est le thème du Carême choisi par RCF - Radio Notre-Dame. Un thème qui nous conduit jusqu’à la fête de Noël : où oser Dieu, c’est accepter que Jésus nous surprenne, que l’inouï du message de Noël nous bouscule. Pour cela, quoi de mieux que de lire les textes ? Mais comment les lire ? Faut-il croire que Jésus est réellement né dans une mangeoire entre l'âne et le bœuf ? Le Père Nathanaël Garric nous répond dans Halte Spirituelle. Prêtre de la communauté de l’Emmanuel et du diocèse de Paris, curé de paroisse à Bondy (Seine Saint-Denis), théologien, enseignant au Collège des Bernardins, auteur de "La naissance du Verbe - Les Évangiles entre histoire et dogme" (éd. Cerf, 2025)
Noël, "ce n’est pas comme on imaginait"
Se laisser bousculer par les textes, qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Faut-il adhérer à ce qui est dit dans les évangiles ? Faut-il y croire ? Croire que ça s’est vraiment passé ? L’histoire d’un enfant Dieu né dans une mangeoire, c’est le symbole de la petitesse et de l’humilité d’un Dieu tout-puissant.
Comment y croire si on n’y trouve rien de véridique ? Pour le Père Nathanaël Garric, "la première affirmation de ce texte [sur la naissance de Jésus, ndlr], c’est que l’événement a surpris tout le monde. Personne n’avait imaginé un tel abaissement de Dieu." Il rappelle que le message de Noël à retenir, c’est "d’abord ça : c’est Dieu qui vient jusqu’à nous mais dans la petitesse, d’une manière qu’on n’avait pas pu envisager. Il fallait Jésus pour cela."
Décrit à la façon des théologiens, le mystère de Noël, c’est celui du Verbe, de la Parole de Dieu, qui s’incarne, c’est-à-dire qui prend chair. Dès lors, "on est convoqués à dire Je croix ou Je ne crois pas. Puisque ça n’est pas comme on imaginait, il faut forcément une adhésion personnelle."
Deux récits sur l’enfance de Jésus : lequel croire ?
Le Père Garric a enquêté minutieusement : les évangiles de Matthieu et de Luc – les deux seuls qui proposent des récits sur l’enfance de Jésus – ces deux textes ne sont pas conciliables d’un point de vue purement factuels. "On ne peut pas les mettre sur une seule et même chronologie." Il conseille d’ailleurs de faire l’exercice chez soi et de dresser une chronologie. Il y a l’Annonciation, le songe de Joseph, la visite des mages, la fuite en Égypte, la présentation au Temple… Ceux qui se prêtent au jeu verront qu’il y a "quelques versets chez Matthieu et chez Luc qui rendent le rafistolage des deux récits ensemble impossible !"
Qui croire : Luc ou Matthieu ? Y a-t-il lieu pour un croyant de préférer l’un à l'autre ? Et si cela faisait partie de la culture biblique d’avoir différentes versions d’un même récit ? Comme le dit le Père Garric, la question se pose par exemple pour le Livre de la Genèse, où il y a deux récits de création. Et où, "si on se demande qui sont les femmes des enfants d’Adam et Ève, ça ne marche pas !"
Au sujet de la naissance de Jésus à Bethléem, Luc et Matthieu s’accordent. Est-ce à dire que Jésus est réellement et authentiquement né à Bethléem ? "Pas forcément", répond le Père Garric. Certes, "il n’y a pas de raison d’en douter mais après tout ce n’est pas dans le Credo !" Et puis cela ne nous dit pas s’il est né dans la ville ou dans les faubourgs. Et comment comprendre "Bethléem", si le mot peut très bien renvoyer à la descendance de David qui est né à Bethléem… "Il y a plusieurs manières de comprendre."
Mathieu ou Luc, "les deux nous donnent accès à la personne du Christ". Le pacte de lecture pour tout croyant qui fréquente les Écritures étant que "le but de l’Évangile est de nous permettre d’entrer en relation avec Dieu".
Les Écritures : ni des livres d’histoire, ni des récits mythologiques
Dans les incohérences mêmes de la Bible, il y a un message. Le récit lui-même est "un détrompeur" qui nous invite "à ne pas prendre ces récits au pied de la lettre, de manière littérale".
Si donc il ne faut pas chercher l’authenticité des faits rapportés, ne sommes-nous pas tentés de comprendre la Bible comme une multitude de récits mythologiques ? C’est-à-dire des textes dont l’authenticité des faits importe peu mais qui nous touchent par leur puissance évocatrice. "L’Église affirme que les Évangiles ne sont pas des mythes, affirme le Père Garric. Les contes, les mythes, essaient de nous faire comprendre une idée : ces récits des évangiles sont au service d’une réalité. Une réalité plus complexe qu’un rapport historique à l’histoire de Jésus."
L’Église affirme cependant l’historicité des Évangiles voire l’exactitude des "traits fondamentaux" de l’Évangile, rapporte le Père Garric. "Il y a des événements nécessaires pour le Salut", explique-t-il. Comme l’incarnation, l’institution de l’eucharistie, la résurrection du Christ… Autant "d’événements réels - ce qui ne veut pas forcément dire historiques..."
Des faits réels et non nécessairement historiques : voilà pourquoi la liturgie se soucie assez peu de reproduire la chronologie. Parce que "la liturgie est un autre espace-temps, un kairos". Ainsi, pour la liturgie du temps de Noël, par exemple, "on met ensemble tous les évènements autour de Noël pour nous aider à plonger dans le sens de cet événement, précise Nathanaël Garric. L’objectif, c’est la croissance spirituelle et aussi une façon de nous plonger dans la réalité de Noël."
Trouver la juste attitude par rapport aux Écritures saintes est "un équilibre difficile à trouver", admet le Père Garric. Il considère d’ailleurs que "nous ne sommes pas encore sortis" de la crise moderniste. Quand, au tournant des XIXe et XXe siècles, les découvertes scientifiques ont ouvert la voie à une remise en cause des dogmes et enseignements de l’Église. Dans son livre, le Père Garric tente une "conciliation entre approches historiques et une approche dogmatique de la réalité".
On peut considérer que c’est en soi un cheminement spirituel que de chercher la juste attitude par rapport à la Parole de Dieu. À chacun de se poser la question : Comment vais-je y adhérer, comment vais-je y répondre ?


Halte Spirituelle est une émission de radio animée par Madeleine Vatel et Véronique Alzieu et diffusée quotidiennement sur RCF. Des entretiens où l'on puise dans l'expérience chrétienne pour engager une réflexion spirituelle aussi profonde qu'accessible. L'émission de référence de RCF !




