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Malek Jân Ne’mati, dite "sainte Janie" : mystique iranienne et femme libre
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Malek Jân Ne’mati, dite "sainte Janie" : mystique iranienne et femme libre

Un article rédigé par Laurette Duranel - RCF, le 5 octobre 2022  -  Modifié le 8 octobre 2022
Dialogue Malek Jân Ne'mati, ou "sainte Janie", une mystique éclairée et une femme libre

La condition des femmes en Iran est au centre de l'actualité internationale, depuis la mort de Mahsa Amini le 16 septembre dernier. L'Iran, un pays que connaît bien Leili Anvar, maîtresse de conférences en langue et littérature persanes. En 2013, elle a consacré une biographie à la grande mystique iranienne et poétesse Malek Jân Ne’mati (aux éditions Diane de Selliers). Celle que l'on surnomme encore "sainte Janie" reste une figure de femme libre.

Malek Jân Ne’mati à Téhéran, au début des années quatre-vingt ©Fonds privés de Bahram Elahi / éditions Diane de Selliers Malek Jân Ne’mati à Téhéran, au début des années quatre-vingt ©Fonds privés de Bahram Elahi / éditions Diane de Selliers

Qui est Malek Jân Ne’mati ?

 

Malek Jân naît en décembre 1906, dans un village kurde au nord de l’Iran. Si sa famille respecte profondément les croyances et les rites de l'ordre mystique des Ahl-e Haqq (une religion pratiquée par les Kurdes qui signifie "Peuple de la vérité aussi bien que Homme de Dieu"), son père est un lettré, qui consacre sa vie entièrement à la spiritualité, l’étude et l’écriture. Autant de savoir-faire et de savoir-être qu’il inculque à sa fille dès sa jeunesse. 

 

Une mystique aveugle et éclairée

 

À l’âge de 14 ans, Malek Jân perd son père. Elle commence alors aussi à souffrir de cécité. "Mais cette cécité laisse place à une clairvoyance intellectuelle", commente Leili Amar. Malek Jân Ne’mati dira d’ailleurs : "Lorsque Dieu m’a pris la vue du corps, il m’a ouverte les portes d’une vision intérieure d’une richesse infinie." Malgré son handicap, la jeune Iranienne poursuit son travail spirituel, et devient disciple de son frère, devenu lui-même maître spirituel après le décès de leur père. Le but de ce travail spirituel, explique la chercheuse et traductrice, "c’est d’entrer en combat contre son ego et pour cela, il faut se connaître soi-même".

 

Les années passent et le frère de Malek Jân meurt. En dépit des us et coutumes de l’époque, elle devient à son tour maître spirituel. Pour autant, pas question pour la poétesse de s’enfermer dans ses pensées. "Malek Jân pense que la vie spirituelle doit absolument se faire dans ce monde, avec nos semblables, affirme Leili Anvar, elle est convaincue que ce qui fait le progrès spirituel, c’est la prière d’une part, mais aussi une grande exigence éthique par rapport au 'soi impérieux' qu’il faut contrôler, tout en développant sa personnalité par des actes altruistes, en amenant le progrès, le confort et la lumière dans la vie quotidienne des gens qui nous entourent."

 

Une "sainte" charitable et universelle

 

Ses convictions et son sens de la charité se perçoivent au travers de sa poésie. Dans ses textes, Malek Jân évoque par ailleurs une "source", autrement dit un Dieu qui serait universel. "Elle est absolument convaincue que le créateur, s’il y en a un, est le même pour tous les êtres humains, quelles que soient leurs croyances", analyse Leili Anvar en la qualifiant avec le néologisme ʺunidéisteʺ.

 

C’est cette "foi infinie, qui se manifestait par une éthique et une charité" qui suscite l’admiration. Les habitants de Baillou, un village du Loir-et-Cher où elle est enterrée depuis 1993, l’ont bien compris en la surnommant "sainte Janie". Et Leili Anvar de conclure : "Elle est capable de penser en termes d’universalité. Et peut-être que notre époque a extrêmement besoin de ces penseurs..."

 

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