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L'iftar à l'évêché de Liège sous le signe de la foi et du partage

L'iftar à l'évêché de Liège sous le signe de la foi et du partage

Un article rédigé par Armelle Delmelle, Bouteyna Aafia - RCF Liège, le 27 février 2026 - Modifié le 27 février 2026

Ce mercredi 25 mars, Mgr Delville, évêque de Liège, et la commission pour le dialogue interreligieux ont reçu la communauté musulmane liégeoise pour rompre le jeûne ensemble. Une démarche devenue tradition qui cette année a mis la foi des jeunes en avant avec deux interventions sur le thème : vivre sa foi dans la société actuelle. 

Marie Delvaux et Bouteyna Aafia, les deux intervenantes de la conférence qui a précédé l'iftar, photo : ©Luc Mathues - Diocèse de LiègeMarie Delvaux et Bouteyna Aafia, les deux intervenantes de la conférence qui a précédé l'iftar, photo : ©Luc Mathues - Diocèse de Liège

C'est une tradition qui a commencé presqu'immédiatement après l'ordination de Mgr Delville en tant qu'évêque de Liège : recevoir la communauté musulmane pendant le ramadan pour rompre le jeûne ensemble. 

Une soirée dans la joie et le partage

C'est une soixantaine de personnes invitées qui étaient présentes pour partager un repas, mais aussi pour parler de leur foi. Depuis la Covid, la soirée commence par une double intervention. Sur une même thématique, un.e catholique et un.e musulman.e prennent la parole face à l'assemblée. Cette année, Marie Delvaux, animatrice au Service diocésain des jeunes (SDJ) et Bouteyna Aafia, médecin et habituée de l'évènement, se sont exprimées sur ce que c'est de vivre sa foi dans notre société. 

Quelques minutes plus tard, un imam présent a chanté l'appel à la prière et une salle a été mise à disposition pour ceux qui souhaitaient se retirer pour la prière. Toute l'assemblée s'est ensuite retrouvée pour partager l'iftar, la rupture du jeûne. 

À table, catholiques et musulmans sont mélangés et les conversations ne sont interrompues que par les discours. Tous les invités semblaient heureux de ce moment de partage qui invite à aller vers l'autre et à l'ouverture d'esprit. 

Le discours de Bouteyna Aafia 

C'est la quatrième fois que Bouteyna assistait à l'iftar à l'évêché de Liège. À l'époque, elle avait reçu son invitation en tant que présidente du cercle étudiant musulman de l'université. Cette année, c'est en tant qu'intervenante qu'elle a pris part à l'évènement. Elle nous a transmis son intervention que vous pouvez lire ci-dessous.

 

"Chers frères et sœurs,
Chers amis chrétiens et musulmans,
Chers croyants,

Nous nous retrouvons aujourd’hui dans un monde profondément transformé. Nos sociétés sont rapides, connectées, marquées par le progrès scientifique et technologique, mais aussi traversées par des doutes spirituels. La religion y est parfois perçue avec distance, souvent
avec suspicion. Certains la voient comme appartenant au passé, d’autres comme source de
tensions.

Et pourtant, pourtant, nous sommes là.

Notre présence dit quelque chose de simple et de profond : la foi n’a pas disparu. Elle continue d’habiter des cœurs, d’inspirer des vies, de nourrir des engagements.

Aujourd’hui, être musulman dans la société actuelle peut sembler parfois complexe. Nous vivons dans une société rapide, connectée, traversée par des opinions diverses, parfois contradictoires. Pourtant, notre foi n’est pas un obstacle à cette modernité : elle est une lumière qui nous guide à travers elle.

L’islam nous enseigne d’abord la sincérité. Le Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) nous a rappelé que les actions valent par les intentions. Ainsi, vivre sa foi ne signifie pas seulement accomplir des rites, mais purifier son intention dans chaque geste : travailler avec honnêteté, étudier avec sérieux, respecter ses engagements, agir avec justice.

Dans une société plurielle, vivre sa foi, c’est aussi incarner le bon comportement. Le Prophète Mohamed (Paix et bénédiction sur lui) était reconnu pour sa miséricorde, sa patience et son intégrité, même envers ceux qui ne partageaient pas sa foi. L’islam nous appelle à être des exemples à travers notre éthique : respect des autres, solidarité, bienveillance envers les plus fragiles.

Vivre sa foi aujourd’hui, c’est également trouver l’équilibre. L’islam n’enseigne ni le repli ni l’extrémisme. Il encourage l’engagement dans la société : contribuer au bien commun, participer au dialogue, œuvrer pour la paix. Être musulman, c’est être un citoyen responsable, un voisin attentif, un collègue loyal.

Dans le Coran, Dieu dit :
« Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus afin que vous vous connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux. » (Sourate Al-Hujurât/ Les appartements, 49:13)

Ce verset nous rappelle que la diversité est voulue. Mais il nous rappelle aussi que la vraie noblesse ne réside ni dans l’origine, ni dans l’apparence, ni dans la réussite sociale — elle réside dans la droiture du cœur.

Le Coran affirme également : « Il n’y a pas de contrainte en religion. » (Sourate Al-Baqara/La vache, 2:256)

La foi ne s’impose pas. Elle se vit. Elle s’offre par l’exemple.

Le Prophète Muhammad — paix et bénédictions sur lui — a vécu dans un contexte de pluralité et parfois d’hostilité. À Médine, il a établi un pacte entre différentes communautés religieuses, fondé sur la justice et la protection mutuelle. Il ne cherchait pas à effacer les différences, mais à organiser la coexistence.

Il est rapporté qu’un jour, un cortège funéraire juif passa devant lui. Il se leva. On lui dit : « C’était un juif. » Il répondit : « N’est-ce pas une âme ? » À travers ce geste, il nous enseigne que la dignité humaine est sacrée.

Aujourd’hui, nos sociétés défendent des valeurs fortes : la liberté, l’égalité, la dignité, la solidarité. En tant que croyants, nous ne sommes pas en opposition avec ces valeurs lorsqu’elles sont authentiquement vécues. La justice, la protection des plus faibles, la liberté de conscience, la responsabilité personnelle résonnent profondément avec notre tradition.
 

Le Coran dit : « Dieu ordonne la justice, la bienfaisance (al-ihsân) et l’assistance aux proches. » (Sourate An-Nahl,/ les abeilles 16:90)
 

Le mot ihsân est central. Il signifie faire le bien avec excellence. Il signifie agir non seulement par devoir, mais avec conscience, beauté et sincérité. Dans une parole rapportée du Prophète Mohamed (paix et bénédiction sur lui), il définit l’ihsân comme le fait « d’adorer Dieu comme si tu Le voyais ; et si tu ne Le vois pas, sache que Lui te voit ».

Nous avons aujourd’hui ce devoir et cette responsabilité d’agir avec ihsân/excellence.

L’ihsân, c’est prier avec présence.
C’est travailler avec intégrité, même lorsque personne ne regarde.
C’est répondre au mal par le bien.
C’est choisir la dignité quand la facilité pousserait vers la dureté.

Dans une société parfois méfiante envers le religieux, notre réponse ne doit pas être la confrontation, mais l’excellence morale. Non pas le repli, mais la contribution. Non pas l’isolement, mais la présence bienveillante.

Lorsque le Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) entra à La Mecque après des années de persécution, il aurait pu choisir la vengeance. Il choisit le pardon : « Partez, vous êtes libres. »

Voilà l’ihsân. La capacité d’élever l’âme au-dessus de la rancune.

Dans une société où tout va vite, la foi nous apprend la patience.
Dans une société marquée par l’individualisme, elle nous apprend la solidarité.
Dans une société parfois fragmentée, elle nous rappelle que nous appartenons à une même humanité.

Musulmans et chrétiens partagent un défi commun : montrer que la foi peut être une force de paix, une source d’équilibre, un rappel constant de la dignité humaine.

Je prie pour que nos communautés soient des espaces de paix. Que nos engagements soient guidés par la justice. Et que nos rencontres soient illuminées par la miséricorde.

J’espère qu’à travers ces paroles, vous aurez compris que la foi et la société ne sont pas en opposition. Elles ne sont pas deux réalités qui s’affrontent, mais deux dimensions qui peuvent s’enrichir mutuellement.

Nous ne vivons pas notre foi en dehors du monde.
Nous la vivons au cœur de la société.

Et loin d’être un obstacle, notre société est aussi le lieu où notre foi prend sens, se traduit en actes, se met à l’épreuve et s’élève.
Ainsi, vivre sa foi aujourd’hui, ce n’est pas choisir entre Dieu et la société.
C’est faire de sa relation à Dieu une source de bien pour la société.
Et faire de la société un espace où notre spiritualité devient service, responsabilité et lumière.

Je vous remercie de votre écoute.
Votre sœur Bouteyna."

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