[Évangile du dimanche] Croyez en Dieu parce que je crois en vous
Que faire lorsque l'on n'arrive pas à croire en Dieu, parce que l'on est inquiet et que rien ne conduit à l'espérance ? Dans l'Évangile de ce dimanche, Jésus dit à ses disciples : "Que votre cœur ne soit pas bouleversé." On est juste avant sa Passion, la tension monte à Jérusalem et les disciples n'arrivent pas à croire. Or, ce que nous dit l'évangile, c'est que "nous pouvons appuyer notre foi sur la foi du Christ qui nous fait confiance".
"Nous pouvons appuyer notre foi sur la foi du Christ qui nous fait confiance." ©Joao Luiz Bulcao / Hans Lucas
Évangile du dimanche 3 mai (Jn 14, 1-12)
Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. »
Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. »
Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes.
Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père.
Source : AELF
L’évangile de ce dimanche, le cinquième dimanche du temps pascal, est un texte très dense. C'est un extrait pris au cœur de l'évangile de Jean, de ces chapitres qui forment comme un évangile dans l'évangile. Le message qui nous est adressé ici est décisif : croire, nous dit Jean, "c’est croire que le Christ croit en nous. Nous pouvons appuyer notre foi sur la foi du Christ qui nous fait confiance."
Le cœur de l’évangile de Jean
Dans l’évangile de Jean, les chapitres 13 à 17 constituent véritablement le cœur de son propos. C’est même "une sorte de micro-évangile à l’intérieur de l’évangile", observe Anne Lécu, religieuse des Sœurs de la charité dominicaines de la Présentation. Théologienne, bibliste et essayiste, elle est aussi médecin en milieu pénitentiaire et auteure de "Le Seigneur n'était pas dans le feu - Élie, cantate sur le silence de Dieu" (éd. Cerf, 2025).
Ce "micro évangile" qu’évoque Anne Lécu commence avec la Cène, le dernier repas de Jésus. Un épisode au cours de laquelle il y a "surtout" le lavement des pieds, insiste Anne Lécu. Il est décrit en lieu et place du rituel de la Pâque juive que l’on trouve dans les évangiles de Marc, Matthieu et Luc.
Les scènes qui, chez Jean, précèdent la Passion ne montrent "pas du tout un Jésus effondré par ce qui lui arrive". On a ici une figure de Jésus "extrêmement royal. Il règne sur sa vie", note Anne Lécu. Et le terme "gloire", qui revient souvent, renvoie à l’idée de densité : "C’est ce qui a du poids, de la densité, de la présence."
Puis, du milieu du chapitre 13 jusqu’à la fin du chapitre 16, s’étend un long monologue de Jésus. Il faut le comprendre "comme ses dernières volontés aux siens pour les conforter dans la foi, leur donner du courage". Dans le chapitre 17, qui clôt cet ensemble, Jésus s’adresse ensuite à son Père. C’est une prière qu’il lui fait, "dans laquelle il prie pour nous, ce qui est quand même incroyable !"
Il faut bien sûr avoir en tête que Jean écrit son évangile longtemps après les faits décrits. Ainsi, "on ne peut pas imaginer que Jésus a fait comme ça un grand discours, précise Anne Lécu. C’est une construction théologique pour nous encourager dans la foi."
Comment est-ce que nous entendons ce texte qui nous dit : Que votre cœur ne se trouble plus ?
Avons-nous le cœur troublé ?
"Que votre cœur ne soit pas bouleversé", dit Jésus. Les disciples ont en effet de quoi être bouleversés car la scène se passe dans un contexte de "montée en puissance de l’agressivité du pouvoir politique et religieux contre Jésus, rappelle la bibliste. Et personne n’est dupe que potentiellement ça va mal se terminer."
Si Jésus s’adresse aux disciples, il s’adresse aussi à nous, lecteurs, puisque "ce que veut Jean dans cet évangile" écrit plusieurs années après la crucifixion, c’est "réconforter les communautés chrétiennes qui vivent elles-mêmes des temps troublés".
Pour les chrétiens qui lisent ce passage d’évangile aujourd’hui, la question qu’ils peuvent se poser est : "Comment est-ce que nous entendons ce texte qui nous dit : Que votre cœur ne se trouble plus ?"
Nous pouvons croire parce que Jésus croit avant nous
Dans l’évangile de Jean, le verbe "croire" revient très souvent. "En fait, explique Anne Lécu, l’expérience de l’Évangile de Jean, c’est que les disciples n’arrivent pas à croire." Or, c’est tout l’inverse que dit Jésus dans la prière qu’il adresse à son Père.
"J'ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole" (Jn 17, 6), dit Jésus à Dieu son Père avant d'être arrêté, "alors même que Juda a trahi et que Pierre va aussi trahir", rappelle la bibliste. "Ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé", poursuit Jésus (Jn 17, 8). Il y a donc comme un écart entre l’attitude des disciples, "qui, franchement, n’ont pas cru", et ce qu’en dit Jésus.
Pour Anne Lécu, "on a l’impression que Jésus s’adresse à son Père comme si c’était lui l’avocat, le garant de la foi des disciples". Finalement, croire, nous dit Jean, "c’est croire que le Christ croit en nous. Nous pouvons appuyer notre foi sur la foi du Christ qui nous fait confiance. Et c’est ça, je pense, l’injonction qui nous est faite de croire : Vous pouvez croire en Lui parce que moi je croix en vous." Quelque part, c’est Jésus qui croit en premier, et en nous.


Peu de nos contemporains connaissent les Évangiles. Ils n'y sont pas hostiles mais ils n'ont plus d'occasion d'y avoir accès. C'est partant de ce constat que, avec l'éclairage d'un bibliste, Béatrice Soltner propose chaque semaine un texte d'Évangile pour qu'il soit entendu (ou réentendu), pour en savourer la nouveauté et faire l'expérience que - si incroyable que ce soit à l'heure de l'instantanéité - cette parole écrite il y a plus de 2.000 ans nous rejoint toujours au plus profond.




