Accueil
Léon XIV en Turquie : retour sur un moment historique

Léon XIV en Turquie : retour sur un moment historique

Un article rédigé par Pauline de Torsiac, avec OR - RCF, le 2 décembre 2025 - Modifié le 6 décembre 2025
B. A. -BA du christianisme1700 ans après le concile de Nicée retrouver le sens du Credo

C’était le temps fort de la visite de Léon XIV en Turquie. Sur les bords du lac Iznik, les représentants des Églises catholique, orthodoxes et protestantes ont récité ensemble le Credo. Ce texte élaboré dès 325 à Nicée n'est autre que la première profession de foi commune aux chrétiens. Le réciter ensemble, 1.700 ans après sur les lieux même du concile de Nicée représente un événement à la portée historique. Décryptage.

"L’Église est tout aussi fragile aujourd’hui qu’au concile de Nicée : ça n’empêche pas de professer Jésus Christ. C’est peut-être ça, la brûlante actualité !" ©Vatican media"L’Église est tout aussi fragile aujourd’hui qu’au concile de Nicée : ça n’empêche pas de professer Jésus Christ. C’est peut-être ça, la brûlante actualité !" ©Vatican media

Vendredi 28 novembre 2025, devant la basilique Saint-Néophyte, ou plutôt les ruines de la basilique engloutie d'Iznik, Léon XIV a prié, avec le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople, lors de son voyage en Turquie. Il y avait là plusieurs représentants des Églises chrétiennes, rassemblés 1.700 ans après sur les lieux du concile de Nicée. Ensemble, ils ont récité le Credo et montré combien ce texte a la capacité d'unir les chrétiens. En quoi ce moment est historique ? Pauline de Torsiac reçoit Frère Gonzague de Longcamp, religieux membre de la communauté Saint-Jean, théologien, ecclésiologue et enseignant-chercheur à l'Université catholique de Lyon.

 

Il y a un enjeu pour la paix dans le monde d’aujourd’hui

 

La prière œcuménique d'Iznik, un moment historique

C’était le temps fort de la visite de Léon XIV en Turquie. Sur les bords du lac Iznik, les représentants des Églises catholique, orthodoxes et protestantes ont récité ensemble le Credo, 1.700 ans après le concile de Nicée. En 325 en effet, environ 300 évêques ont formulé ce qui allait devenir le Symbole de Nicée-Constantinople, la première profession de foi commune aux chrétiens.

"Tous ces chrétiens là pour dire : Je crois en Dieu le Père, en Jésus vrai Dieu et vrai et Homme et je crois en l’Église une, sainte, catholique [au sens de "universel", ndlr] et apostolique… L’Église était là et l’Église une était là malgré les divisions, c’est un truc complètement dingue !" Lors de ce temps de prière œcuménique à Nicée, l'évangile a été proclamé en anglais, le Credo récité en anglais également, il y a des éléments des liturgies orientale et latine, des bénédictions ont été prononcées dans toutes les langues... Pour le théologien, c'est "le signe de cette richesse multiculturelle de l’Église, qui jaillit de la foi".

Dans sa lettre apostolique "In Unitate fidei", écrite en amont de son voyage en Turquie, Léon XIV écrit : "Dans un monde divisé et déchiré par nombre de conflits, l'unique Communauté chrétienne universelle peut être un signe de paix et un instrument de réconciliation." Ainsi, ce qui s’est joué à Iznik en ce mois de novembre, "ce n’est pas juste la célébration d’un événement passé et on revient à ses affaires, commente souligne Frère de Longcamp, il y a un enjeu pour la paix dans le monde d’aujourd’hui." 

 

Le retour de l’arianisme ?

Auparavant, le matin même à Istanbul, Léon XIV a évoqué le "retour de l'arianisme" qui représente pour lui "un défi". « Il existe encore un autre défi, peut-on lire dans son discours dans la cathédrale du Saint-Esprit, que je qualifierais de “retour de l’arianisme”, présent dans la culture actuelle et parfois parmi les croyants eux-mêmes : lorsque l’on regarde Jésus avec une admiration humaine, peut-être même avec un esprit religieux, mais sans le considérer vraiment comme le Dieu vivant et vrai présent parmi nous. »

L’arianisme, c'est cette théorie jugée déviante et condamnée comme hérésie lors du concile de Nicée. On peut même avancer l’idée que le concile a été convoqué en réaction à l’arianisme. "L'arianisme niait la consubstantialité, c'est-à-dire, l'égalité de substance du Fils avec le Père et considérait Jésus le Fils de Dieu comme une nature inférieure, subordonnée", selon la définition qu'en donne l’Église catholique

Mais ce n'est pas tant "la peur de l'hérésie" qui préoccupe le pape, selon Frère Gonzague de Longcamp. Mais plutôt la question qui se pose pour les chrétiens d'approcher le dogme de la nature humaine et divine de Jésus, proclamé lors du concile. "Pour qu’il y ait vraiment une foi vivante, que nous soyons sauvés, c’est-à-dire pour que notre foi ait un sens, explique Frère Gonzague, il ne s’agit pas d’adhérer seulement à un corps de doctrines. Il ne s’agit pas simplement de reconnaître Jésus comme un prophète comme une réponse à des questions du sens, mais de reconnaître Jésus comme vrai Dieu et vrai Homme parce que c’est ça qui nous sauve."

Si l’on se réfère à saint Irénée, reconnaître que Jésus est vrai Dieu et vrai Homme, c’est "avoir part à sa vie, à sa puissance, à sa Résurrection". Ainsi, l’anniversaire du concile de Nicée invite à se poser cette question, et sans doute les chrétiens sont-ils invités à se la poser sans cesse : Qui est Jésus pour nous ? "Pour vous, qui suis-je ?" dit Jésus lui-même dans l'Évangile (Mt 16, 15). L'anniversaire du concile invite donc les chrétiens à raviver leur foi.

 

Credo de Nicée-Constantinople

Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant,
créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible,
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ,
le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles :
Il est Dieu, né de Dieu,
lumière, née de la lumière,
vrai Dieu, né du vrai Dieu
Engendré non pas créé,
consubstantiel au Père ;
et par lui tout a été fait.
Pour nous les hommes, et pour notre salut,
il descendit du ciel;
Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme.
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour,
conformément aux Ecritures, et il monta au ciel;
il est assis à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts
et son règne n’aura pas de fin.
Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie;
il procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire;
il a parlé par les prophètes.

Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique.
Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés.
J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir.

Amen

 

La "logique de la petitesse"

Dans "In unitate fidei", le pape fait le lien entre l’anniversaire de Nicée et le jubilé de l’espérance. "C'est donc une coïncidence providentielle que, en cette Année Sainte consacrée à notre espérance qui est le Christ, nous célébrions également le 1700e anniversaire du premier Concile œcuménique de Nicée, qui proclama en 325 la profession de foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu. C'est là le cœur de la foi chrétienne."

En 325, "tout n’était pas rose" pour les chrétiens, souligne Frère Gonzague. La fin des persécutions chrétiennes ne datait que de 313, avec l'édit de Milan, attribué à Constantin - l'empereur qui a convoqué le concile. En 325, on peut considérer que "les blessures étaient encore ouvertes". "L’Église est tout aussi fragile aujourd’hui qu’au concile de Nicée : ça n’empêche pas de professer Jésus Christ. C’est peut-être ça, la brûlante actualité !"

Nicée nous enseigne cette "logique de la petitesse", selon la formule de Léon XIV. "La logique de la petitesse est la véritable force de l’Église", a déclaré le pape aux catholiques de Turquie, qui ne représentent que 0,04% de la population. La logique de la petitesse est un mystère central dans la foi chrétienne. Dieu "se dépouille de sa majesté infinie pour devenir notre prochain dans les petits et les pauvres, écrit Léon XIV. Ce fait révolutionne les conceptions païennes et philosophiques de Dieu." Pour le théologien, "le pape nous invite à l’audace de la foi et à l’audace de la transmission, estime le théologien, l’audace dans le dialogue avec la culture d’aujourd’hui." Au fond, "il pose la question de l’essence de la vie chrétienne : Pourquoi sommes-nous chrétiens ?"

 

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
B. A. -BA du christianisme
©RCF
Découvrir cette émission
Cet article vous a plu ? Partagez-le :

Pour aller plus loin

Suivez l’actualité nationale et régionale chaque jour

Votre Radio vit grâce à vos dons

Nous sommes un média associatif et professionnel.
Pour préserver la qualité de nos programmes et notre indépendance, nous comptons sur la mobilisation  de tous nos auditeurs. Vous aussi participez à son financement !

Faire un don
Qui sommes-nous ?

RCF est créée en 1982, à l'initiative de l'archevêque de Lyon, Monseigneur Decourtray, et du Père Emmanuel Payen. Dès l'origine, RCF porte l'ambition de diffuser un message d'espérance et de proposer au plus grand nombre une lecture chrétienne de la société et de l'actualité.

Forte de 600.000 auditeurs chaque jour, RCF compte désormais 64 radios locales et 270 fréquences en France et en Belgique. Ces 64 radios associatives reconnues d'intérêt général vivent essentiellement des dons de leurs auditeurs.

Information, culture, spiritualité, vie quotidienne : RCF propose un programme grand public, généraliste, de proximité.Le réseau RCF compte 300 salariés et 3.000 bénévoles.