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Le Carême, "c’est d’abord une période de jeûne"

Le Carême, "c’est d’abord une période de jeûne"

Un article rédigé par Pauline de Torsiac, avec OR - RCF, le 8 février 2026 - Modifié le 18 février 2026
B. A. -BA du christianismeCarême : Origine et signification pour les chrétiens

Le 18 février marque le début du Carême 2026, avec le mercredi des Cendres. C'est justement l'un des deux jours durant lesquels l'Église catholique invite à pratiquer un réel jeûne, c'est-à-dire à ne manger qu'un repas. Pourquoi la privation partielle de nourriture est-elle centrale avant Pâques ? Le jeûne serait-il plus important que l'aumône ou la prière, les deux autres piliers du Carême ?

Pour les catholiques, il est recommandé de ne faire qu'un repas par jour lors du mercredi des Cendres et du Vendredi saint. ©Corinne Simon / Hans LucasPour les catholiques, il est recommandé de ne faire qu'un repas par jour lors du mercredi des Cendres et du Vendredi saint. ©Corinne Simon / Hans Lucas

Prière, aumône et jeûne. On dit que ce sont les trois piliers du Carême, une période où les chrétiens sont appelés à revenir à Dieu et à s’ouvrir aux autres. Mais le jeûne tient une place particulière, il est "le soubassement" du Carême. Explications du Père Charles-Antoine Fogielman, docteur en sciences des religions, théologien, enseignant à l'Institut supérieur de sciences religieuses (ISSR) et au Collège des Bernardins.

 

La symbolique du chiffre quarante dans la Bible

D'après son étymologie, le mot "carême" vient du latin "quadragésima" qui signifie "quarante". Pour les chrétiens, la période de Carême est directement liée aux quarante jours que Jésus a passés au désert, juste après son baptême et au début de son ministère public.

Mais dans la vie de Jésus, cette période de quarante jours trouve son origine dans plusieurs épisodes de l’Ancien Testament. En particulier les quarante ans que Moïse a passés au désert avec le peuple d’Israël. C’est ce que l’on appelle l’Exode, moment fondateur dans l'histoire du judaïsme, qui commence avec la sortie d’Égypte et la libération de l’esclavage et se termine avec l’arrivée en Terre promise.

Quarante, dans l’imaginaire biblique, c’est le temps d’une génération. Il a fallu quarante ans pour que la génération qui a connu la sortie d’Égypte meure, à l’exception de Caleb et Josué qui, eux, sont allés en terre promise. "Pendant quarante ans, une génération mauvaise peut périr, explique le théologien. Pour nous c’est un temps suffisamment long pour que meurt en nous tout ce qu’il y avait d’ancien et de corrompu et qu’un Homme nouveau puisse apparaître."

 

Le soubassement du Carême c’est vraiment le jeûne

 

Le Carême, c’est "d’abord une période de jeûne"

Quarante jours, ce serait le temps le plus long que l’être humain peut passer sans manger et en ne buvant que de l’eau et s'en remettre ensuite dans trop de séquelles, rapporte le Père Charles-Antoine Fogielman. En tout cas, cela indique qu'il y a traditionnellement un lien entre la période de quarante jours et la privation totale ou partielle de nourriture. Le Carême, "c’est d’abord une période de jeûne", assure le théologien, qui dit même que le jeûne est "le soubassement du Carême". 

La prière et la pratique de l'aumône sont aussi des trois piliers du Carême. Faut-il croire que ces derniers sont moins importants que le jeûne ? "Le jeûne provoque les autres engagements spirituels parce qu’on voit bien que l’on ne s’en sort pas par nous-mêmes." La prière et aumône, qui nous relient à Dieu et aux autres, nous aident finalement à jeûner.

 

Quel est le sens spirituel du jeûne pour les chrétiens ?

Le jeûne dans la religion chrétienne est directement inspiré de la religion juive, comme le rappelle le théologien. Dès les origines du christianisme, on a pratiqué le jeûne. "Comme tous les Juifs de l’époque du Second Temple, les premiers chrétiens pratiquaient le jeûne de façon régulière, au moment des fêtes prescrites." Le Père Fogielman rappelle en effet que "la plupart des chrétiens étaient alors encore dans l’observance des coutumes juives".

Le jeûne, c’est ce qui traditionnellement permet de se préparer à la rencontre avec Dieu. Il y a une dimension de "purification", précise le théologien. "Le corps se débarrasse de tout ce qu’il a de mauvais spirituellement, on se concentre sur le plus important." Le jeûne a pour inspiration ce verset biblique : "L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur" (Dt 8, 3).

Jésus lui-même a pratiqué le jeûne à l’occasion des fêtes juives, comme Pessah ou Yom Kippour. "Et aussi comme les juifs pieux, il lui arrivait de pratiquer un jeûne surérogatoire, c’est-à-dire un jeûne qui n’était pas nécessairement prescrit par le temps liturgique mais pour se préparer justement à un grand événement."

 

Comment les catholiques pratiquent le jeûne du Carême aujourd'hui

Une fois la séparation consommée entre juifs et chrétiens, la pratique du jeûne pour se préparer à la fête de Pâque était réduite à trois jours. "C’est uniquement avec l’expansion de la vie monastique, en Égypte en en Palestine, que, à l’exemple des moines, l’ensemble des chrétiens a commencé à pratiquer ce jeûne plus long." Le jeune de quarante jours s’est généralisée dans le monde chrétien à partir du IVe siècle.

C’était un jeûne strict, où l’on ne mangeait ni ne buvait avant les vêpres, un office qui marque le coucher du soleil. "C’est d’ailleurs encore ce que pratiquent les musulmans puisque le Ramadan est calqué sur le jeûne chrétien", précise le Père Fogielman. 

Dans l’Église catholique romaine, les règles au sujet du jeûne se sont peu à peu assouplies. Grégoire le Grand, à la fin du VIe siècle, a autorisé la consommation du poisson et les œufs. Puis au XVIIIe siècle on a autorisé la consommation de viande pendant le Carême. Dans certaines Églises d’Orient "on ne mange aucun aliment qui vient de l’animal".

Aujourd’hui, au sein de l’Église latine, "ce qui est requis est vraiment minimal", note le théologien. Les catholiques sont censés ne pas manger de viande les vendredis de Carême et observer "un vrai jeûne, c’est-à-dire ne faire qu’un repas par jour", les mercredi des Cendres et Vendredi saint

Quoi qu'il en soit, "chaque chrétien est appelé à discerner quel jeûne il veut pratiquer et quelles pratiques spirituelles il veut mettre en œuvre pour lui-même, explique le Père Fogielman. La liberté du chrétien est davantage mobilisée dans la conception occidentale actuelle du jeûne." L'Église catholique recommande de pratiquer le jeûne au sein d'une communauté paroissiale ou en étant accompagné par un conseiller spirituel. Il est bien sûr déconseillé d'observer un jeûne strict sans avis médical.

 

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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