La Résurrection du Christ : une définition philosophique
Il y a eu la frayeur de Marie-Madeleine, la perplexité des disciples. Dans les Évangiles, la Résurrection se présente comme un événement singulier. Mais qu’est-ce qu’un événement ? D'un point de vue philosophique, c'est ce qui surgit et que l'on n'attendait pas. "Nous sommes ce que les événements font de nous, d’une certaine manière, et tout est dans la réception de l’événement."
La basilique de la Résurrection, à Jérusalem, ou Saint-Sépulcre, est le lieu de la crucifixion et de la mise au tombeau de Jésus ©Hans LucasUn événement, c'est souvent après coup que l'on se rend compte qu'il a eu lieu. Et tout est dans la façon dont le laisse nous transformer. Parler de la Résurrection du Christ comme d'un événement permet de cerner cette notion difficile et cependant au cœur de la foi chrétienne.
Parler de la Résurrection comme d’un événement
Il y a eu la frayeur de Marie-Madeleine, la perplexité des disciples. Dans les Évangiles, la Résurrection se présente comme un événement singulier. Mais qu’est-ce qu’un événement ? D’un point de vue philosophique, "c’est ce que l’on ne peut pas prévoir, explique Sœur Marie-Aimée Manchon, moniale des Fraternités monastiques de Jérusalem, philosophe et chargée d’enseignement à la Faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris (ICP) et au Collège des Bernardins. C’est ce qui est l’inattendu par excellence."
Aujourd’hui, il y a des professionnels de la communication événementielle qui créent un événement, l’organisent et le planifient. Or, croire que l'on peut créer un événement, d’un point de vue philosophique, "c’est une illusion", précise la religieuse. "L’événement, c’est ce qui nous arrive sans que nous l’ayons prévu, devant lequel je suis passif. Je ne peux pas avoir une maîtrise de ce qui m’advient, je ne sais même pas comment je vais réagir. Et souvent, d’ailleurs, c’est après coup que je me rends compte qu’il y a eu événement."
Un événement, c’est aussi ce qui va nous transformer. "Nous sommes ce que les événements font de nous, d’une certaine manière et tout est dans la réception de l’événement." La notion de réception est une notion importante de la théologique chrétienne. On l’associe par exemple à la façon dont les fidèles s’approprient un texte de foi émis par un concile.
La Résurrection, c'est vraiment ce que nous ne pouvions pas imaginer
La Résurrection "va changer quelque chose de notre réalité"
La résurrection du Christ, comme le dit saint Paul, c’est "ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme" (1 Co 2, 9). En d’autres termes, c’est "vraiment ce que nous ne pouvions pas imaginer", commente Sœur Marie-Aimée Manchon. Pour elle, il y a même "de l’outrance dans la surprise" de la Résurrection.
Et cependant, la résurrection advient d’une manière assez discrète en fait dans les évangiles. Il s’agit d’abord de constater que le corps de Jésus n’est plus au tombeau. "Ce n’est pas le Christ ressuscité qui apparaît tout à coup à la masse pour dire, Regardez, ça y est j’ai vaincu ! C’est comme l’aube qui se lève, peu à peu les gens ne reconnaissent pas tout de suite le Christ ressuscité, il faut du temps."
Entre l’extraordinaire et la grande simplicité de l’événement que représente la résurrection de Jésus, que faut-il comprendre ? "Le réel, c’est ce que l’on n’attendait pas", disait le philosophe Henri Maldiney (1912-2013). Parler de la résurrection comme d’un événement c’est lui donner un caractère réel. Il ne s’agit pas de partir dans une sorte d’extase mystique.
"La Résurrection a ce caractère réel, si je puis dire, en tant qu’événement, et en tant que surprise, nous dit Sœur Marie-Aimée Manchon. Elle va changer quelque chose de notre réalité, elle va la faire entrer dans le monde de Dieu, le monde des enfants de Dieu, le monde de la filiation divine. Et c’est ça qui en fait un événement tout à fait particulier."
La Résurrection de Jésus, qu’est-ce que ça change ?
L’événement de Pâques, "c’est l’ouverture d’un monde nouveau, d’un chemin inédit". Ainsi, Marie-Madeleine, quand elle se rend au tombeau, est, "comme Pierre, comme Thomas, traumatisée par la croix", commente Sœur Marie-Aimée Manchon, auteure de l'ouvrage "Alentour du verset - Petite phénoménologie des Mystères » (éd. Ad Solem, 2019), dans lequel elle suit pas à pas les témoins de la Résurrection. Selon elle, Marie-Madeleine est "emprisonnée dans l’événement passé et elle n’arrive plus à en sortir".
Quand elle voit le tombeau vide, au lendemain de la crucifixion, Marie-Madeleine cherche son corps. "Elle le cherche éperdument. Elle cherche un mort et elle ne trouve même plus son corps donc toute sa vie, toute son espérance, est en train de se déliter." Jésus ressuscité va "venir justement la sortir de son passé, faire de son passé un saut vers l’avenir". Et c’est cela, l’événement de la Résurrection : faire qu’advienne la nouveauté, nous sortir de tout ce qui nous enferme.
Mais pour cela, il faut se déprendre. "Ne me retiens pas" (Jn 20, 17), dit Jésus à Marie-Madeleine. "Cette reprise du Christ ressuscité passe toujours par une déprise, explique la moniale, il va falloir un désemparement, une déposition de soi, oser se laisser faire, oser se déprendre de soi-même, de ses idées, de son obsession mortifère pour laisser la résurrection mettre de la lumière là-dedans."


Mieux comprendre le monde, dans lequel nous sommes invités à vivre en chrétiens, grâce aux travaux des historiens, des sociologues et des artistes ainsi qu’à travers la réflexion philosophique. C'est ce que vous proposent Monserrata Vidal et Sarah Brunel.




