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La place de la nature dans le judaïsme

La place de la nature dans le judaïsme

Un article rédigé par Odile Riffaud - RCF, le 31 janvier 2024  -  Modifié le 31 janvier 2024
Connaître le judaïsme La place de la nature dans le judaïsme (2/2) Regard sur la crise écologique

 

L’identité juive se transmet par la mère. Cela signifie-t-il que l’on est juif par nature ? À l'occasion de la fête de Tou Bichvat, le nouvel an des arbres, on explore la façon dont la nature est envisagée dans le judaïsme. Et s'il existe dans les textes juifs et la tradition rabbinique une réponse à la crise écologique.

 

L’identité juive se transmet par la mère. Cela signifie-t-il que l’on est juif par nature ? ©Hans Lucas L’identité juive se transmet par la mère. Cela signifie-t-il que l’on est juif par nature ? ©Hans Lucas

 

La nature est au cœur de la fête juive de Tou Bichvat, célébrée entre la mi-janvier et la mi-février. L'occasion de se pencher sur la place de la nature dans le judaïsme avec Jean-Christophe Attias, historien et philosophe du judaïsme, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, auteur de "Dieu n’a pas créé la nature - Écologie et judaïsme" (éd. Cerf, 2023). 

 

Est-on juif par nature ?

L’identité juive se transmet par la mère. Cela signifie-t-il que l’on est juif par nature ? "C’est une question qui hante le judaïsme lui-même", répond Jean-Christophe Attias. Converti au judaïsme, il explique dans son livre comment il a choisi la religion de son père, lui qui est né de mère catholique. "Selon le droit juif j’étais un non-juif."

Mais toute la question est "de savoir, résume-t-il, si on est simplement juif comme descendant putatif d’Abraham, et donc en fonction du rattachement à une lignée particulière qui passe par la mère. Ou est-ce qu’on est juif comme disciple de Moïse, comme quelqu’un qui apprend, qui étudie qui pratique la loi divine d’origine divine transmise par Moïse. En réalité le judaïsme n’a jamais choisi entre les deux options, il les cumule." Et si l’on naît juif, "le judaïsme rend possible la conversion d’un non juif au judaïsme : c’est une ouverture qui permet d’échapper aux contraintes de la nature", estime Jean-Christophe Attias.

 

La loi naturelle est-elle équivalente à la loi divine ? 

Dans le judaïsme, Dieu a créé le monde et il a élu un peuple à qui il a révélé sa loi. Y a-t-il donc une loi divine en plus d’une loi naturelle ? Les deux se confondent-elles ? "Les deux lois, répond Jean-Christophe Attias, la révélation d’une part et les lois de la nature, celles qui permettent sa stabilité, sa continuité, ces deux lois sont d’origine divine, Dieu crée le monde et il révèle la loi."

Ainsi, le projet de Dieu pour son peuple et la création du monde "sont indissociables", dans la pensée juive. "Les deux lois se recoupent, c’est-à-dire que toute transgression de la loi, la Torah, peut avoir un impact sur le fonctionnement de la nature elle-même." D’ailleurs, dans la Bible, Dieu promet des châtiments promis à Israël "en cas de trahison, de renoncement à la pratique des commandements", qui "sont souvent des catastrophes naturelles : sécheresse, la désertification de la Terre sainte…. Il y a des images très fortes." Et l'homme est renvoyé à sa responsabilité, il a pour "rôle" de "contribuer dans la mesure de ses moyens à la stabilité des lois naturelles et religieuses et divines instituées par Dieu".

 

Le judaïsme et la crise écologique : quel regard ?

Les religions monothéistes sont souvent pointées du doigt par les écologistes, elles encourageraient un rapport de domination à la création. Pour Jean-Christophe Attias, cette critique "n’est pas totalement dépourvue de fondement". "Il y a effectivement, dit-il, dans le texte biblique de quoi appuyer, justifier une position de maîtrise et d’exploitation de la nature, ça c’est très clair dès le début de la Genèse." Et on la retrouve chez certains commentateurs.

Toutefois, l’inverse est vrai aussi et "on peut trouver dans la tradition biblique, juive, rabbinique mille enseignements qui en quelque sorte incitent les hommes à créer un lien écologique avec le monde qui les environne". Comme le dit Jean-Christophe Attias, "pour être clair on ne les trouve et on ne les met en valeur, voire en pratique, que si on a déjà un souci écologique… L’intérêt des pratiques juives et des enseignements du judaïsme c’est qu’ils sont relativement malléables et donc se prêtent à des réinterprétations qui leur permettent d’être toujours d’actualité."

 

L’histoire biblique et le judaïsme ne vont pas cesser d’imposer de limites au côté carnivore de l’homme jusqu’à rêver d’un monde effectivement végétarien

 

Un "idéal végétarien" dans le judaïsme

L’historien invite par ailleurs à ne pas négliger cet "idéal végétarien" qui existe "dans la culture biblique et juive" et "qui n’est pas secondaire". "L’histoire biblique et le judaïsme ne vont pas cesser d’imposer de limites au côté carnivore de l’homme jusqu’à rêver d’un monde effectivement végétarien." Jean-Christophe Attias rappelle que certaines "prophéties annoncent que le loup et l’agneau vont vivre en bonne compagnie l’un avec l’autre" et que "si même le monde animal est appelé à changer de mode de vie on imagine très bien que l’homme lui aussi cessera d’être carnivore !" Pour l'historien, il y a bien "un désir de réprimer en quelque sorte le rêve de toute-puissance de l’homme sur ce monde".

Ainsi, les rites, et notamment les rites alimentaires, ont pour objectif de limiter cette toute-puissance. "Tous les animaux ne peuvent pas être consommés, pas n’importe comment, on ne mélange pas les produits lactés et carnés… On proscrit les mélanges pour rappeler aux juifs pratiquants que l’ordre du monde c’est la séparation, et il doit y contribuer."

 

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