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Jean Bernier, dans la noirceur de son époque, il a propagé la lumière

Jean Bernier, dans la noirceur de son époque, il a propagé la lumière

Un article rédigé par Père B. Bizet / Jean-Luc Léglise - RCF Lorraine Meuse, le 7 mai 2026 - Modifié le 8 mai 2026

Meusien ordinaire devenu martyr extraordinaire, Jean Bernier a été béatifié le 13 décembre 2025 à Notre-Dame de Paris, aux côtés de 49 compagnons morts pour leur foi durant la Seconde Guerre mondiale. Arrêté pour son activité scoute, mort d'épuisement après l'évacuation du camp de Dachau, ce fils de la campagne meusienne est aujourd'hui élevé en modèle d'espérance. Le diocèse de la Meuse a célébré sa fête le dimanche 3 mai pour la toute première fois.

Jean BernierJean Bernier

Décembre 1940 : Jean Bernier, 20 ans, prisonnier depuis le 17 juin après avoir combattu en Belgique, est envoyé en Allemagne, au Stalag VI G, près de Cologne. Il ignore qu’il ne reviendra pas et que sa vie va illuminer les ténèbres les plus profondes.
Arrêté pour Activité Scoute, mort d'épuisement à l'hôpital d'Emmendingen après l'évacuation du camp de Dachau, il a été béatifié le 13 décembre 2025 à Notre Dame de Paris avec 49 autres compagnons.
Il était meusien d'origine c'est donc tout naturellement que le diocèse de Verdun a célébré une messe le dimanche 3 mai en son honneur.

Nous avons posé 3 questions au père Benoît Bizet, l'un des auteurs de la Neuvaine réalisée pour le diocèse de Verdun

RCF : Pourquoi décider  la date du 5 mai pour célébrer sa fête ?

Père Benoît Bizet : Il est de coutume de fêter un bienheureux ou un saint au jour de sa mort. On parle parfois de "naissance au ciel". C'est plus compliqué lorsqu'ils sont 50 compagnons. Dès le début, l'Eglise de France, lorsqu'elle a commencé à découvrir et mettre en valeur ces hommes issus toute la France, et si divers dans leurs origines, leurs parcours, a tenu à ce que leurs causes de béatification soient portées ensemble. C'est pourquoi ces 50 martyrs de l'Apostolat ont été béatifiés tous ensemble le 13 décembre dernier à Notre-Dame de Paris. Pour fixer la date à laquelle on ferait mémoire de ces 50 bienheureux, il a été choisi le jour du décès du plus jeune d'entre eux, Jean Mestre, mort à Brunswick, le 5 mai 1944. Il avait 19 ans.

RCF : Pourquoi est-il important de célébrer cela dans la Meuse ?

Père Benoît Bizet : Dans le Credo, nous disons : "Je crois en l'Eglise (...), à la communion des saints..." Nous, baptisés "de la terre", sommes unis aux baptisés qui ont déjà rejoint le ciel. Tout spécialement aux saints et bienheureux que l'Eglise nous donne pour modèles sûrs et intercesseurs. Nous nous attachons à nos saints patrons, à des figures plus contemporaines, ou proches de nos centres d'intérêts, de nos métiers. Souvent, il s'agit d'hommes et de femmes qui ont vécu il y a plusieurs siècles, dont on ne sait pas grand-chose. Alors lorsqu'un "gars de chez nous", dont les neveux et nièces vivent encore, dont on a gardé trace des lettres et des photos, est déclaré bienheureux, quelle aubaine ! La béatification de Jean Bernier, plus qu'une gloire locale, est un motif d'espérance : la Meuse aussi est une terre de sainteté ! Pas besoin d'aller chercher loin. Dans notre diocèse, avec Noémie Gauthier, nous avons pour projet de mettre en valeur les saints locaux (ceux qui ont vécu en Meuse, ceux qui en sont originaires, ceux dont nos paroisses portent le nom) à travers un jeu de société.

Nous étions quelques-uns présents à Notre-Dame de Paris le 13 décembre dernier : membres de la famille de Jean Bernier, scouts et guides de France du Groupe Jean Bernier de Bar-le-Duc, représentants du diocèse.  D'autres se sont associés par la prière grâce à la retransmission sur KTO. Ce dimanche après-midi, en anticipant de deux jours la fête, c'est tout le diocèse qui est invité à célébrer Jean Bernier "à domicile" pour la toute première fois, à rendre grâce pour le témoignage lumineux de sa vie, et à se confier à son intercession.

RCF : Comment montrer que Jean Bernier est une source d'espérance dans la difficulté qui nous habite chaque jour ? 

Père Benoît Bizet : En découvrant la figure de Jean Bernier, grâce au témoignage des membres de sa famille, et à celui de ses camarades de Stalag ou de déportation, on est frappé à la fois par sa normalité et son héroïcité. Rien d'extraordinaire dans ses origines. C'est sa réaction à l'ordinaire qui est extraordinaire.

Il a grandi dans la campagne meusienne, y a fait ses études, a été soldat, scout, désirait devenir prêtre. Il a aimé sa famille, écrit à ses proches, s'est fait de bons copains. Il a vécu l'expérience de la souffrance, de l'injustice. Beaucoup de gens pourront se sentir proches de lui dans l'un ou l'autre aspect de leur vie.

Le bienheureux Jean a trouvé dans les épreuves non pas un motif de découragement, mais une occasion de se donner au service des autres. Dans la noirceur de son époque, il a répondu à l'appel de Dieu de propager la lumière de l'Evangile. S'il faut nous garder de tout parallèle entre son époque et la nôtre (anxiogène certes), son témoignage lumineux peut nous inspirer aujourd'hui.

Témoignage de Myriam qui a assisté à la messe :
La présence de membres de la famille de Jean Bernier, et les extraits de ses lettres ont touché des cœurs des fidèles à cette première messe en mémoire du bienheureux Jean Bernier.Des meusiens, venus de tout le diocèse, et des scouts, sont venus prier, pour faire mémoire d’un meusien -né à Haironville en 1920- reconnu bienheureux.
Avant la messe, l’abbé Benoît Bizet nous a expliqué les étapes jusqu’à la béatification, dans la prudence de l’Eglise et dans une certaine audace de maintenir le groupe des 50 compagnons, martyrs de l’Apostolat.
Mgr Ballot, administrateur apostolique, a présidé la célébration. Il a pris le temps, avant et après la messe, de saluer la famille de « l’oncle Jean », ou « Jean ».
Le père évêque a choisi dans son homélie, de citer des extraits de la correspondance de Jean. Dans ses mots et ses prières, Jean était un fervent serviteur de ses frères, de la France, et engagé scout : « Dimanche prochain, 6 septembre, je fais ma promesse scoute, devant Dieu et la Sainte Vierge. Prévenus trop tard, vous ne le saurez qu’après. Mais comme vos prières sont toujours ferventes, j’en bénéficierai. Dans cette promesse, je voudrais garder et découvrir de plus en plus, le vrai devoir de catholique, prêt à servir dans les rangs de ceux qui se donnent. Vous nous avez tracé le chemin. La France a besoin de nous. Les âmes se perdent autour de nous ; Dieu nous appelle partout. Pourquoi ne répondrions-nous pas à cet appel ?
A partir de dimanche midi, je serai scout, pour servir tous ceux que Dieu mettra à mes côtés.
Je peux vous dire à tous que vous avez contribué à cette décision, vos prières ne sont pas perdues.
Mais vous n’ignorez certainement pas, que si la chose est grande, elle impose certaines obligations : Je compte sur vous, pour m’assister spirituellement.
Je suis très heureux que mon cher frère Louis soit là. J’aurai quelqu’un pour représenter notre cher foyer. » Jean Bernier, lettre à ses parents, septembre 1942.
Par son témoignage de vie et ses lettres, il a redonné l’espérance à ses amis, à sa famille, et à toutes les personnes qu’il rencontrait. Il apportait la lumière du Christ, même dans le camp de travail.  Il s’épuisait, sans se plaindre et toujours joyeux, à relever les personnes découragées : « Nous nous sommes retrouvés dans notre communion et là, plus rien ne comptait, ni les barbelés, ni la captivité, car nous étions tous en Celui qui est Amour. » Jean Bernier, lettre à ses parents, Pâques 1943.
Jean, dans son souci de l’autre, a évité « de multiples décès ». « Volontaire pour toutes les corvées, il ramenait toujours quelque chose qui allégeait la souffrance de ses camarades ». Mgr Ballot nous a dépeint ce jeune très humain et empli d’humilité dans son quotidien de vie.
Par l’intercession de Sainte Thérèse, Jean a ressenti l’appel au sacerdoce, il est maintenant reconnu comme un intercesseur ! Nous pouvons le prier et lui demander une grâce particulière.
Mgr Ballot nous a invité à marquer le jour du 5 mai, jour de la fête de Jean Bernier : un meusien qui a témoigné de sa vie au service de l’Autre. Jean a été reconnu mort par haine de sa foi sous le régime nazi en 1944-1945.
Cette messe en la Cathédrale de Verdun, a valorisé ce jeune, qui a vécu dans notre campagne, et qui, dans les épreuves, n’avait de cesse que de rayonner de sa Foi, et de redonner courage et espoir dans les épreuves : « Sur la route, toujours plus haut, vers le Seigneur » !
C’est une belle figure de notre diocèse pour nous aujourd’hui, qui peut-être un exemple gardé en tête aussi dans le diocèse de Metz, nous a dit Mgr Ballot.

 

Jean Bernier

 

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