« Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres... (Lc 4, 16-30)
« Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays »
Méditation de l'évangile (Lc 4, 16-30) par le Père Sébastien Antoni
alexandra-seinetÉvangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là,
Jésus vint à Nazareth, où il avait été élevé.
Selon son habitude,
il entra dans la synagogue le jour du sabbat,
et il se leva pour faire la lecture.
On lui remit le livre du prophète Isaïe.
Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux captifs leur libération,
et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue,
remettre en liberté les opprimés,
annoncer une année favorable accordée par le Seigneur.
Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit.
Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
Alors il se mit à leur dire :
« Aujourd’hui s’accomplit
ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre »
Tous lui rendaient témoignage
et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche.
Ils se disaient :
« N’est-ce pas là le fils de Joseph ? »
Mais il leur dit :
« Sûrement vous allez me citer le dicton :
“Médecin, guéris-toi toi-même”,
et me dire :
“Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm :
fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !” »
Puis il ajouta :
« Amen, je vous le dis :
aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.
En vérité, je vous le dis :
Au temps du prophète Élie,
lorsque pendant trois ans et demi
le ciel retint la pluie,
et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre,
il y avait beaucoup de veuves en Israël ;
pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles,
mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon,
chez une veuve étrangère.
Au temps du prophète Élisée,
il y avait beaucoup de lépreux en Israël ;
et aucun d’eux n’a été purifié,
mais bien Naaman le Syrien. »
À ces mots, dans la synagogue,
tous devinrent furieux.
Ils se levèrent,
poussèrent Jésus hors de la ville,
et le menèrent jusqu’à un escarpement
de la colline où leur ville est construite,
pour le précipiter en bas.
Mais lui, passant au milieu d’eux,
allait son chemin.
Source : AELF
Méditation Père Sébastien Antoni
Nul n'est prophète en son pays. L'histoire a charrié ce proverbe à peu de frais jusqu'à nous. Mais Jésus, lui, faillit en mourir. Les gens de Nazareth voulurent le jeter du haut d'une falaise pour l'avoir prononcé, et pour avoir rappelé deux faits connus de l'histoire sainte : Élie fut sauvé de la famine par une veuve païenne de Sidon, alors qu'Israël comptait tant de pauvres ; Élisée guérit de la lèpre le syrien Naaman, alors qu'Israël comptait tant de lépreux. Que dit donc Jésus pour mériter la mort dès le début de son ministère ?
Il répond d'abord à ceux qui s'étonnent : « N'est-ce pas là le fils de Joseph ? » Vous me connaissez, leur dit-il en somme, vous savez d'où je viens, et de moi vous n'attendez plus rien. Je me présente avec une parole nouvelle, et vous me ligotez dans une filiation qui voudrait me renvoyer à l'atelier de mon père. Jésus admet avec lucidité qu'il n'y aura pas d'exception pour lui : sa parole subira le sort de tous les envoyés de Dieu.
Car nous croyons si vite avoir fait le tour d'un homme. Dès que nous savons ce qu'il fait et ce qu'il vaut, nous pensons qu'il n'a plus de mystère. Nous n'avons pourtant vu que l'extérieur ; presque tout nous échappe de la manière dont il vit devant Dieu. Celui qui vient d'ailleurs garde toutes ses chances : personne n'a de souvenir de lui, personne n'aura sur lui de préjugés. Et nous tenons avec les Nazaréens à cette illusion de connaître quelqu'un parce que nous l'avons vu grandir. Nous préférons la facilité de reconnaître à l'effort de découvrir, le ronronnement de la répétition aux éclats des ruptures.
Or la vie est rupture, dit Jésus à ceux qui voudraient le garder dans leur giron. On ne grandit qu'en s'éloignant de ceux qui nous enferment dans une identité définitive. Mettre au monde est une chose ; seul Dieu nous élève. Il est l'artisan souple qui taille nos identités à la mesure de nos évolutions. Il n'a pas peur de nos croissances : il les désire et les attend. Il espère que nous ferons éclater nos prés carrés, que nous élargirons la communauté humaine, comme elle s'est élargie pour Élie et Élisée, comme la Cananéenne l'élargira pour Jésus. Voilà ce qui réveilla l'agressivité de Nazareth : on ne touche pas aux privilèges du peuple de Dieu. Ces refus seront bientôt un mystère pour saint Paul ; et le salut écarté par les fils de l'Alliance sera accueilli avec gratitude par les païens.
Ainsi en va-t-il de nous, les habitués de la grâce. Dieu ne parvient plus à se faire entendre au creux de l'ordinaire, au milieu des habitudes durcies. Il faudrait de l'inédit pour réveiller notre curiosité. Or Dieu a décidé de parler dans le quotidien : son Fils parlait le patois de Galilée. Il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu. Nul n'est prophète en son pays, car le prophète est nomade et regarde la mer ; il sait que la vérité se donne déjà à celui qui rompt les amarres. Ne fermons pas notre cœur, comme au désert, comme à Nazareth. Laissons Jésus, passant au milieu de nous, faire de nous ses témoins sur son chemin.


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