« Ici, on ressuscite » : à quoi doit ressembler concrètement le sacrement de réconciliation ?
Que peut-on dire au prêtre ? Faut-il tout avouer, dans le détail, au risque de l’indiscrétion ou de la gêne ? À l’heure où la confession est souvent redoutée, évitée ou réduite à un simple rite, le sacrement de réconciliation soulève de nombreuses interrogations très concrètes. Entre liberté de conscience, vérité sur soi et secret absolu, à quoi doit réellement ressembler cet échange destiné à recevoir le pardon ? Explications du père Benoit Pouzin, curé de paroisse dans le diocèse de Valence, auteur de trois livres et présent sur les réseaux sociaux.
À quoi doit ressembler le sacrement de réconciliation ? - Josh Applegate via UnsplashRCF Lyon (Grégoire Gindre) : Parfois, la confession peut faire peur : à quoi est-ce que ça ressemble ?
Père Benoît Pouzin : On appelle ça la confession, mais c'est plus juste de parler de « sacrement de la réconciliation » ou de « sacrement du pardon ». Parce que d'abord, c'est un sacrement, c'est un signe de la tendresse et de l'amour de Dieu pour nous. C'est l'occasion, avant toute chose, de puiser dans la miséricorde de Dieu et de vraiment laisser la miséricorde de Dieu remplir nos vies. Ça, c'est une dimension très importante et on voit qu'il y a un grand enjeu dans nos vies dans cette dimension de la réconciliation. Parfois, il faut réussir à aller vers l'autre, demander pardon à l'autre et aux autres, demander pardon à Dieu, se pardonner parfois aussi à soi-même.
Vous voyez, ça touche à beaucoup de questions. C'est-à-dire que ce sacrement, c'est une démarche personnelle (le sacrement de la réconciliation), mais c'est aussi une dimension, quelque part, communautaire. Parce que le Seigneur nous invite toujours à faire cette démarche d'aller vers son frère.
D'un rituel personnel à un démarche communautaire
RCF Lyon : Très concrètement, comment ça marche ? Comment doit-on aller voir notre curé de paroisse, que lui dire ?
BP : C'est d'abord effectivement une démarche personnelle. On peut aller rencontrer, c'est vrai, le curé de sa paroisse, un prêtre de sa paroisse. Parfois, il y a des gens qui sont très à l'aise parce qu'ils préfèrent se confesser avec un prêtre qu'ils connaissent.
D'autres, parfois, préfèrent vivre ce sacrement avec un prêtre qu'ils ne connaissent pas. C'est aussi la grande liberté de chacun. C'est très important parce que d'ailleurs, quand on propose des soirées ou des matinées de sacrement de réconciliation, il y a toujours plusieurs prêtres, pour vraiment laisser la liberté aux gens de choisir avec qui ils veulent vivre ce sacrement. D'abord, il y a ça. C'est vraiment une démarche personnelle : c'est un peu la Parole « Je me lèverai, j'irai vers mon Père » [évangile de Luc, 15, 18], c'est quelque part une démarche qu'on fait pour aller vers le Seigneur. Le prêtre n'est que l'instrument de la grâce.
En fait, pourquoi le sacrement de réconciliation existe ? C'est un sacrement qui a énormément évolué dans le temps. Cette démarche plus personnelle répond aussi au fait de se dire que c'est important dans sa vie de chrétien, à certains moments, de pouvoir soi-même aller vers le Seigneur, faire vraiment une démarche.
Bien que personnelle, cette démarche est toujours liée à une démarche communautaire, parce que, comme le dit saint Paul à propos de la dimension du péché, quand quelqu'un commet le péché, c'est le corps tout entier qui est touché.
Donc, ça veut dire quelque part que c'est aussi une démarche d'Église. Pour cette raison, quand on vit le sacrement de réconciliation, comme tout sacrement, c'est extrêmement important de mettre au cœur du sacrement la place de la Parole de Dieu. Moi, j'invite souvent les gens à écouter un passage de l'Écriture, ou même parfois à reprendre un passage biblique pour faire ce qu'on appelle son « examen de conscience », c'est-à-dire relire sa vie à la lumière de l'Évangile. C'est très important.
C'est pour ça que quand je prépare, par exemple, les enfants ou les jeunes au sacrement de réconciliation, et même les adultes, je leur dis toujours « Attention, ce n'est pas un moment où on vient pour un listing de péché en formulant simplement son péché ». On vient confesser, on vient dire aussi l'amour de Dieu. Donc, on vient rendre grâce pour tout ce que Dieu fait de beau dans nos vies. On vient lui dire merci. On vient lui offrir nos vies.
Ici, on ressuscite : « Quand on ressort de ce sacrement, on repart dans une vie nouvelle »
Et puis, on vient lui demander pardon. Vous savez, le mot « pécher » signifier « manquer la cible ». La seule cible à atteindre, c'est l'amour. Et quand on commet le péché, ça veut dire qu'on fait quelque chose qui n'est pas dans l'amour. On peut pécher par pensée, par parole, par action. Il y a aussi quelque chose qu'on oublie souvent, c'est l'omission. C'est à tout ce que j'aurais pu faire et que je ne fais pas. Et ça, c'est souvent aussi intéressant de s'interroger : « Qu'est ce que, dans ma vie, j'aurais pu faire et que je n'ai pas fait dans l'amour, par amour, au service de l'amour ? ».
RCF Lyon : Et tout cela, on doit le confesser, quand on pèche par omission, par exemple ? C'est toujours difficile de se dire « Moi, je veux bien aller me confesser, mais je ne vais pas non plus faire un listing de péchés ». On a du mal à identifier ce qui « compte » vraiment.
BP : Le saint Curé d'Ars, qui était non seulement un saint prêtre, mais qui a passé des heures à donner ce sacrement parce qu'il avait compris que c'était vraiment là que toute personne humaine pouvait faire l'expérience de la miséricorde de Dieu, avait même envie d'écrire au-dessus de son confessionnel « Ici, on ressuscite ». Oui, quand on ressort de ce sacrement, on est un être nouveau, renouvelé. On repart dans une vie nouvelle. On recommence quelque part notre vie à zéro avec l'amour de Dieu. Le Curé d'Ars insistait en disant que c'est important d'aller à la racine du péché : quand on relit sa vie, c'est important de ne pas simplement dire « j'ai volé, j'ai menti », etc. C'est peut-être dire : concrètement, dans ta vie, où est-ce que ça a manqué la cible ? Où est-ce que ça a manqué vraiment d'amour ? Dans ta relation avec telle ou telle personne, pourquoi c'est difficile ?
« Qu'est-ce que c'est que ce bazar ? Pourquoi aller voir un prêtre pour lui raconter nos péchés ? »
Parfois, on se dit, « mais qu'est-ce que c'est que ce bazar ? Pourquoi aller voir un prêtre pour lui raconter nos péchés ? Dieu peut très bien nous écouter ! Enfin, je veux dire, on le sait bien : Dieu connaît toute notre vie. Quel intérêt ? ». Alors, moi, je prends souvent l'image suivante : si tu te blesses le bras, ce n'est pas en mettant des pansements les uns sur les autres que tu vas pouvoir guérir, te soigner. Il va justement falloir montrer la plaie à un médecin, la désinfecter.
Quelque part, dans le sacrement de la réconciliation, il y a cette liberté de dire « Seigneur, je te donne ma vie, je te présente tout ça de ma vie, je te le montre et je te donne tout ça ». Et la parole, on sait que c'est un des moyens pour se libérer.
Donc, vous voyez qu'il faut dire, il faut aussi regretter, c'est la dimension du « repentir », et puis avoir le désir de ne plus refaire : c'est la dimension de la conversion. Mais tout cela se fait toujours dans une démarche d'Église. C'est pour ça qu'on aime toujours proposer aussi une célébration communautaire, c'est-à-dire écouter ensemble la Parole de Dieu, se reconnaître en tant que pécheurs, et ensuite faire individuellement la démarche, bien sûr, d'aller recevoir le sacrement de la réconciliation.


Qu'est qu'un psaume ? Qui a écrit la Bible ? Quels points communs entre protestants et catholiques ? Chaque jour dans l'émission Pour bien comprendre, Grégoire Gindre creuse une notion de foi chrétienne avec un spécialiste du sujet : prêtre, pasteur, théologien.
