« Femme, grande est ta foi ! » (Mt 15, 21-28)
« Femme, grande est ta foi ! » (Mt 15, 21-28)
Méditation par Père Joseph Leuleu
Chant final : "Seigneur mon secours" de Emmanuel
benny-jackson-UNSPLASHÉvangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
partant de Génésareth,
Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant :
« Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David !
Ma fille est tourmentée par un démon. »
Mais il ne lui répondit pas un mot.
Les disciples s’approchèrent pour lui demander :
« Renvoie-la,
car elle nous poursuit de ses cris ! »
Jésus répondit :
« Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
Mais elle vint se prosterner devant lui en disant :
« Seigneur, viens à mon secours ! »
Il répondit :
« Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants
et de le jeter aux petits chiens. »
Elle reprit :
« Oui, Seigneur ;
mais justement, les petits chiens mangent les miettes
qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Jésus répondit :
« Femme, grande est ta foi,
que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »
Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.
Source : AELF
Méditation Père Joseph Leleu
« Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »
Cette réponse de Jésus, et cette page d’évangile dans son ensemble, est bien difficile à interpréter. Jésus serait-il un raciste xénophobe qui finirait par se laisser exceptionnellement toucher par la foi de cette femme ? Jésus a-t-il découvert aujourd’hui dans l’évangile qu’il est appelé à sauver l’humanité entière ? Ou au contraire, Jésus est-il un calculateur qui prêche le faux pour montrer le vrai, quitte à insulter cette pauvre femme ?
La question est sérieuse, et nous aurions tort de trop vite la balayer sous le tapis, au nom de nos réflexes habituels du Jésus gentil, inclusif et tolérant que la modernité voudrait nous faire idolâtrer.
Cette page d’évangile nous résiste et nous dérange, et c’est très bien !
Ce qui nous dérange c’est que Jésus puisse choisir de s’adresser à certains et pas directement à tous. Mais en fait cette question est aussi ancienne que la Bible elle-même, lorsque Dieu choisit Abel, et rejette l’offrande de Caïn, lorsqu’il choisit Jacob plutôt qu’Esaü, lorsqu’il détruit l’armée d’Égypte pour sauver son Peuple Israël.
Ce qui nous choque, c’est ce qu’on appelle l’« élection », c’est-à-dire un choix privilégié de certains plutôt que les autres. Mais ce que nous enseigne la Bible, c’est que Dieu en choisit certains en vue du bien de tous.
Dieu a choisi le Peuple Juif pour s’incarner en Jésus, et c’est par le Peuple Juif que le salut à été apporté au monde, puisque et Jésus, et les Douze Apôtres sont juifs.
La femme syro-phénicienne de l’évangile de ce jour est un signe avant-coureur, peut-être même avant-coureur pour Jésus lui-même, avant-coureur du salut offert à toutes les nations, nations auxquelles Jésus ressuscité envoie tous ses disciples : « baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. »


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