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Catholiques : faut-il faire un Carême exigeant ?

Catholiques : faut-il faire un Carême exigeant ?

Un article rédigé par Pauline de Torsiac, avec OR - RCF, le 23 février 2026 - Modifié le 28 février 2026
B. A. -BA du christianismeCarême: Quelles interdictions ou obligations pour les chrétiens ?

Chez certains catholiques, le Carême est envisagé sous l’angle de la performance : on veut vivre un Carême exigeant. Il est question de réussir et d'atteindre des objectifs, de vertu ou de pénitence. Mais qui fixe ces objectifs ? Les prescriptions de l'Église ne suffisent-elles pas ? Que dit le code de droit canonique au sujet du Carême ? 

Un jeune homme prie à genoux lors de la messe du mercredi des Cendres dans l'église Saint-Louis-d'Antin, Paris, le 18/02/2026 ©Corinne Simon / Hans LucasUn jeune homme prie à genoux lors de la messe du mercredi des Cendres dans l'église Saint-Louis-d'Antin, Paris, le 18/02/2026 ©Corinne Simon / Hans Lucas

Prendre des douches froides, dormir par terre ou sans oreiller, se priver de fromage, de café et de sucreries… Parmi les parcours de Carême proposés via internet, Virtus propose une formule plutôt radicale avec notamment des "engagements de vertu" et "de pénitence". Cela semble répondre à un désir identifié chez les jeunes, dont l’intérêt pour le Carême est encouragé sur les réseaux sociaux.

"Beaucoup de jeunes aujourd’hui réclament plus de cadre, plus de contraintes, plus de paroles claires", observe le Père Charles-Antoine Fogielman, docteur en sciences des religions, théologien, enseignant à l'Institut supérieur de sciences religieuses (ISSR) et au Collège des Bernardins. Il rappelle "la liberté fondamentale qui est celle du chrétien". Et souligne que pour les catholiques, le Carême "tient la ligne de crête entre une vision légaliste et une spiritualisation qui ferait fi de réalités corporelles pour les chrétiens".

 

Le Carême est-il obligatoire pour les chrétiens ?

"Bien sûr que le Carême est obligatoire pour tous les chrétiens ! C’est un temps liturgique qui advient, qu’on le veuille ou non, nous dit le Père Charles-Antoine Fogielman. Est-ce que chaque chrétien est tenu au jeûne et à l’abstinence ? Ça, c’est une autre question."

Le code de droit canonique de l’Église catholique romaine, le jeûne et abstinence ne concernent que les adultes, "c’est-à-dire les personnes qui ont entre 18 et 59 ans". Par ailleurs, les personnes malades ou les femmes enceintes ne sont pas concernées par le jeûne et l’abstinence.

 

Le Carême est-il différent pour les orthodoxes, les protestants et les catholiques ?

Les chrétiens n'ont pas tous la même approche du Carême. Au sein du protestantisme, le Carême est vécu de différentes façons selon les Églises. D’une manière générale, "les protestants ne voient pas d’un très bon œil les exercices physiques ascétiques", résume le Père Fogielman, car ils vont "à l’encontre de la doctrine protestante de la grâce seule". "Pour les protestants ce n’est pas par les efforts que fait l’Homme qu’on peut collaborer d’une façon quelle qu’elle soit à sa propre sanctification."

Les Églises orthodoxes, de leur côté, "insistent beaucoup sur les exercices de jeûne pendant le Carême. Ils ont un jeûne qui est resté beaucoup plus rigoureux que le nôtre, qui s’est adoucit au fil des millénaires."

L’Église catholique latine "met l’accent sur la liberté des pratiques" mais elle insiste tout de même "sur le fait que s’engager corporellement d’une façon particulière dans cette période est nécessaire aussi".

 

Le Carême est-il une loi ou une tradition de l’Église ? 

"Le Carême est une loi de l’Église", rappelle le Père Fogielman. Il rappelle "qu’aujourd’hui cette loi est très douce" et que les engagements exigés par l’Église catholique "sont très minimaux". 

Ce que l’Église catholique latine demande, c’est de ne pas se nourrir de viande les vendredis du Carême et de jeûner les mercredi des Cendres et Vendredi saint. Par jeûne, il faut entendre ne manger qu’un repas complet.

 

Le Carême n’est pas un test de foi

 

Le Carême est-il un moment pour tester sa foi ?

L’évangile du premier dimanche de Carême correspond au récit des tentations où Jésus est conduit au désert. On pourrait donc croire que le Carême est un moment pour tester sa foi. "Ce n’est pas un test de foi, répond le Père Fogielman, c’est un temps privilégié pour aller au désert et vivre un temps de grâce avec le Seigneur." 

La symbolique du désert revient souvent pendant le Carême. Dans la Bible, c’est un lieu d’apprentissage. Les Pères du désert, ces sages des premiers temps du christianisme à qui on doit toute la tradition du monachisme, disaient que dans le désert, on voit l’adversaire arriver de loin. Le Carême est donc un temps pour "aller à la rencontre des tentations, et non pas un temps pour s’exposer et pour y tomber". Il s’agit "de les voir venir de plus loin pour s’armer à leur résister".

L’Église latine insiste sur la liberté pendant le Carême. "La plupart des exercices qu’on entreprend sont libres, ils sont soumis à notre discernement, insiste le Père Fogielman. C’est nous qui faisons le choix d’aller ainsi à la rencontre du Christ, à tout abandonner comme les disciples ont tout laissé. Nous nous mettons spontanément à sa suite."

 

Nourriture : y a-t-il des aliments interdits pendant le Carême ?

Parmi les aliments qu'il ne faut pas consommer pendant le Carême, "l’unique règle, rappelle le Père Fogielman, c’est celle de la viande le vendredi. Mais ça n’empêche pas de pratiquer l’esprit du jeûne en se privant de choses superflues ou qui sont consommées uniquement pour le plaisir."

Il semble que cette forme de privation volontaire de nourriture correspond à ce que beaucoup aujourd’hui recherchent, comme le constate le théologien. Si c’est est "une bonne chose", dit-il, "cela doit toujours être discerné en Église, en accompagnement".

Le croyant ne doit pas rechercher la privation pour elle-même mais pour "se rappeler que Dieu est l‘unique nécessaire, qu’il existe une plus grande joie que celle de manger du chocolat, c’est être en présence de Dieu". L’objectif est donc à travers la privation de nourriture de "se rappeler que notre unique délice c’est d’être en présence de Dieu !"

 

Si on rate l’objectif que l’on s’était fixé mais qu’on est parvenu à demander de tout son cœur l’aide du Christ et qu’on s’est rapproché de lui de cette façon, l’objectif est atteint

 

Est-ce un péché de ne pas respecter le Carême ?

"Si on ne respecte pas les règles minimales, que sont l’abstinence de viande les vendredis et le jeûne du mercredi des Cendres et le Vendredi saint, c’est un péché que l’on peut présenter en confession", nous dit le prêtre.

Toutefois, ajoute-t-il, "le plus essentiel, ce n’est pas de se demander si c’est un péché ou pas mais de se demander ce que je peux faire pour vivre réellement cette proximité avec le Christ. Il ne s’agit pas tant d’être dans une approche négative mais de savoir comment je peux davantage vivre ce que le Christ me propose de vivre."

 

Trois piliers du Carême, lequel est le plus important ?

Il existe trois piliers du Carême : le jeûne, l’aumône et la prière. Le pilier principal du Carême, "historiquement, c’est le jeûne", selon le théologien. C’est-à-dire "se recentrer sur ce que le corps a de plus essentiel : son rapport avec la nourriture et se recentrer sur le Christ, qui est nourriture".

"Les deux autres piliers du Carême viennent appuyer ce pilier principal. Le jeûne nous fait toucher du doigt nos limites, que nous avons besoin du Christ. Le partage, la charité vécue, est une expression de ce décentrement auquel le jeûne nous appelle."

Efforts de Carême : comment les choisir ?

Le Carême est un temps d’exigence spirituelle que l’Église catholique invite à vivre librement. On pourra choisir de faire un effort de Carême en fonction de ce qui nous manque dans notre vie spirituelle. "Si c’est la prière qui manque je peux essayer de prier plus, recommande le théologien. Si je suis dispersé dans les mondanités, le jeûne, en m’obligeant à éviter toute sortie excessive, peut m’aider à me recentrer sur le Seigneur. Si je suis dans une matérialité trop grande, je peux donner de l’argent et de mon temps."

Quoi qu’il en doit, l’intention compte plus que la performance, confirme le prêtre. "Si on rate l’objectif que l’on s’était fixé mais qu’on est parvenu à demander de tout son cœur l’aide du Christ et qu’on s’est rapproché de lui de cette façon, l’objectif est atteint."

 

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
B. A. -BA du christianisme
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