Faire l'expérience de la miséricorde divine
Ce dimanche 7 juin, plus de 5.000 pèlerins sont attendus à Vilnius pour le congrès apostolique mondial de la miséricorde. Un événement organisé par le Vatican pour faire connaître et aimer cette spiritualité de la miséricorde divine. C'est-à-dire pour apprendre à ne jamais douter de l'amour infini de Dieu pour l'humanité.
À Vilnius, où Jésus miséricordieux est apparu de nombreuses fois, la dévotion à la Miséricorde divine est importante ©Wacom 20265.000 pèlerins du monde entier sont attendus du 7 au 12 juin à Vilnius, pour le sixième congrès mondial de la Miséricorde (Wacom, pour World Apostolic Congress on Mercy). Événement organisé par un service du Vatican, le Dicastère pour l’évangélisation, sur le thème : "Construire la cité de la miséricorde".
Après Rome, Cracovie, Manille, Bogota et Samoa, c’est donc la capitale lituanienne qui accueille le rassemblement. Vilnius, déclaré "Ville de la Miséricorde" par le pape Jean-Paul II, avec Cracovie et Varsovie. Dans cette ville, en effet, la dévotion à la Miséricorde divine est importante, notamment en raison des apparitions de Jésus à sainte Faustine.
À Vilnius, les nombreuses apparitions de Jésus "miséricordieux"
Elle a été surnommée "l'apôtre de la Miséricorde divine". Helena Kowalska, en religion Sœur Faustine (1905-1938), était une religieuse polonaise qui a vécu pendant trois ans dans un petit couvent de Vilnius. C’est là qu’elle a été témoin de très nombreuses apparitions de Jésus. "Jésus qui lui parle de sa miséricorde infinie et qui lui donne cette mission de répandre cette annonce de la miséricorde sur le monde", résume Frère Renaud-Marie.
Son confesseur et maître spirituel, le bienheureux Michel Sopocko, a joué "un rôle déterminant" pour faire connaître le message qu’a la religieuse. Ainsi, c’est par son entremise qu’a été peinte la fameuse icône de la Miséricorde divine par Eugeniusz Kazimirowski en 1934. Jésus est représenté debout, deux rayons lumineux de couleurs différentes sortent de son cœur.
Cela rappelle le passage de l’Évangile où, lors de la Crucifixion, un soldat romain perce le côté de Jésus crucifié, d’où jaillissent du sang et de l’eau. Cela a "un sens très profond", explique Frère Renaud-Marie. "C’est par son offrande sur la croix que Jésus devient pour nous tous une source inépuisable de miséricorde."
Qu’est-ce que la dévotion à la miséricorde divine ?
Sur cette icône on lit : "Jésus j’ai confiance en toi." C’est la formule qui résume cette spiritualité de la miséricorde divine. Et sans le message à retenir pour les croyants, invités à "graver cette parole dans [leurs] cœurs" et à "ne jamais douter de la miséricorde du Seigneur pour nous".
Lors de ses apparitions, Jésus a demandé des actes de dévotion concrets, comme le rappelle Frère Renaud-Marie. Par exemple, célébrer la fête de la Miséricorde. Elle a été instituée par Jean-Paul II le 30 avril 2000, au moment de la canonisation de Sœur Faustine. Le dimanche de la divine Miséricorde a été fixé au premier dimanche après la fête de Pâques, pour clore l’octave de Pâques.
Autre dévotion, réciter le chapelet de la miséricorde. À la place des Je vous salue Marie, à chaque petit grain, on dit : "Par sa douloureuse passion, sois miséricordieux pour nous et pour le monde entier." Puis, à chaque gros grains : "Père Éternel, je T'offre le corps et le sang, l'âme et la divinité de Ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, en réparation de nos péchés et de ceux du monde entier."
Frère Renaud-Marie souligne qu’il est "recommandé de dire ce chapelet chaque jour à 15 heures, en référence à l’heure de la mort du Christ le Vendredi saint". Le religieux observe que cette dévotion est "très pratiquée" par les catholiques de Lituanie, observe le religieux. "Et notamment auprès des mourants."
Vous n’avez pas quelqu’un ici en Lituanie qui n’ait pas eu un oncle, un grand-père, qui n’ait été déporté en Sibérie
En Lituanie, se relever de la "catastrophe anthropologique" du communisme
"Miséricorde", c'est un mot qui résonne de façon prophétique pour cette Église de Lituanie encore marquée par le communisme. Les Lituaniens ont vécu sous le régime de la République socialiste soviétique de Lituanie (RSSL) de 1940 à 1941 puis de 1944 à 1990. La vie des familles a été marquée. "Vous n’avez pas quelqu’un ici en Lituanie qui n’ait pas eu un oncle, un grand-père, qui n’ait été déporté en Sibérie."
Mais aussi, dans un climat de méfiance généralisée, la vie sociale, fraternelle, a été abimée. Frère Renaud-Marie a constaté à l’époque cette "difficulté à être en relation les uns avec les autres". Il avait le sentiment de "toucher, de manière très nette" ce que Jean-Paul II a qualifié de "catastrophe anthropologique" en parlant du communisme soviétique.
L’Église catholique lituanienne est encore marquée par ce passé douloureux, où ont émergé plusieurs grandes figures spirituelles comme la religieuse Nijolé Sadunaité (1938-2024), dont la vie est racontée dans le livre "Un sourire au goulag" (1985). Les grand-mères ont joué un rôle essentiel pour la transmission de la foi au sein des foyers mais l’aggiornamento du concile Vatican II (1962-1965) "n’a pas passé le rideau de fer en profondeur ", nous dit Frère Renaud-Marie. "Et donc l’Église a gardé des éléments d’une Église cléricale, très institutionnelle, avec des sermons moralisants, etc. Et ce qui fait que beaucoup n’ont pas eu une expérience positive, humaine, compatissante, ouverte, accueillante de l’Église."
Le "sens religieux très profond" des catholiques lituaniens
C’est depuis 1993 que la communauté Saint-Jean est présente à Vilnius. 1993, c’est l’année où pour la première fois, un pape, Jean-Paul II, s’est rendu dans un État balte dans le contexte très particulier de l’après URSS. C’était encore "un monde très différent", se souvient Frère Renaud-Marie. Au-delà de la pauvreté matérielle, "il y avait un climat d’une forme de tristesse presqu’un peu dépressif, et ça c’était assez frappant".
Aujourd’hui l’Église de Lituanie est dans "une phase de transition" où "beaucoup de nouveaux prêtres apportent une autre dimension mais beaucoup de gens restent marqués par l’expérience du prêtre distant, manquant de compassion et ça, ça a fait beaucoup de mal".
Pour les cinq religieux de la communauté Saint-Jean, l’enjeu de la fraternité est crucial. Leur prieuré établi dans un vieux couvent du XVIIIe siècle se trouve au cœur de Vilnius. "Nous essayons de faire de ce lieu une sorte d’oasis où les personnes peuvent venir se ressourcer spirituellement ou découvrir une source, à plusieurs niveaux, dans la prière, dans la communion fraternelle… Et toute une dimension de formation."
Ils peuvent s’appuyer sur le "sens religieux très profond" des catholiques lituaniens. "Vivre la célébration de la Passion avec les Lituaniens c’est un moment incroyable, décrit Frère Renaud-Marie. On les voit vénérer la croix avec une profonde dévotion et respect."


Halte Spirituelle est une émission de radio animée par Madeleine Vatel, Odile Riffaud et Véronique Alzieu et diffusée quotidiennement sur RCF. Des entretiens où l'on puise dans l'expérience chrétienne pour engager une réflexion spirituelle aussi profonde qu'accessible. L'émission de référence de RCF !




