[Évangile du dimanche] Le bonheur paradoxal des béatitudes
"Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés", dit Jésus dans l'Évangile de ce dimanche. Ce passage célèbre du Nouveau Testament, que l'on appelle "le discours sur la montagne" ou "le sermon des béatitudes", semble proposer un idée paradoxale du bonheur. Et si Jésus nous parlait plutôt d'un "soulèvement du cœur" ?
Soirée de louange lors du festival Welcome to Paradise, organisé par la communauté du Chemin neuf, 06/08/2015 ©Corinne Simon / Hans Lucas
Évangile du dimanche 1er février (Mt 5, 1-12)
Voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Source : AELF
C'est un texte célèbre du Nouveau Testament que l'on entend en ce dimanche. On l'appelle "le discours sur la montagne" ou "le sermon des béatitudes". Situé au début de l’évangile de Matthieu, il s'agit d'un moment discursif dans la vie de Jésus, qui a déjà appelé des disciples à le suivre. Et où "on commence à prêter attention à ce jeune rabbi", décrit Patrick Laudet, diacre du diocèse de Lyon. Jésus va délivrer "une sorte de charte de vie".
Les béatitudes, un célèbre texte
Les foules attirées par Jésus viennent de tous horizons. Au chapitre 4, il est dit en effet qu’elles viennent "de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et de l’autre côté du Jourdain" (Mt 4, 25). "C’est ça qui est vraiment merveilleux, décrit Patrick Laudet, on n’est pas dans le contexte juif habituel, il y a une espèce d’ouverture au monde qui se lit en filigrane."
Or, "Matthieu s’adresse aux juifs", précise le diacre. Quand il écrit ce texte, l'évangéliste a en tête la Première Alliance - ce que les chrétiens nomment aussi Ancien ou Premier Testament. La montagne fait inévitablement penser au Sinaï, où Moïse a reçu les Dix commandements. Ici c'est une nouvelle ascension pour recevoir des paroles neuves : Jésus "est donné comme le nouveau Moïse", constate Patrick Laudet. Mais la toute-puissance de Dieu se déploie cette fois "dans une forme de douceur".
"Heureux" ? Ce mot de Jésus impossible à traduire
Dans ce texte, Jésus ne cesse de répéter : "Heureux...". C'est la traduction française du terme grec makarios, que "les épicuriens utilisent pour parler de cet aménagement agréable de la vie". Or, "ce n'est pas ça les Béatitudes", prévient le diacre. Jésus ne nous donne pas de recette de bonheur, il partage "un soulèvement du cœur".
En réalité le mot utilisé par Jésus, qui ne parlait pas en grec, est intraduisible. "Il faudrait le traduire par plein de mots : soyez dans la joie, vous êtes dans l'humain, soyez bénis..." On est à l'opposé d'une promesse de petit bonheur tranquille, à contre-courant même de l'idée que l'on se fait généralement du bonheur. Le terme original, le penseur André Chouraqui l'a traduit par "en marche". "Quand vous trouvez cette pauvreté de cœur, alors là vous êtes dans l'axe de la vie..."


Peu de nos contemporains connaissent les Évangiles. Ils n'y sont pas hostiles mais ils n'ont plus d'occasion d'y avoir accès. C'est partant de ce constat que, avec l'éclairage d'un bibliste, Béatrice Soltner propose chaque semaine un texte d'Évangile pour qu'il soit entendu (ou réentendu), pour en savourer la nouveauté et faire l'expérience que - si incroyable que ce soit à l'heure de l'instantanéité - cette parole écrite il y a plus de 2.000 ans nous rejoint toujours au plus profond.




