Épargner et investir son argent ? À condition de partager, nous dit la Bible
Dans la Bible, on trouve des propos assez tranchés sur la possession des richesses. C'est le cas en particulier du Livre de Ben Sira le Sage, un érudit juif hellénistique du IIe siècle avant notre ère. S'il ne condamne pas les riches, il condamne le fait de garder pour soi l'argent accumulé si ce n'est pas pour le partager.
©Freepik"L’essentiel dans la vie, c’est l’eau, le pain, le vêtement et une maison pour protéger son intimité." (Si 29, 21) Ces mots invitant à mener une vie minimaliste ont été écrits au IIe siècle avant notre ère, par l'un des auteurs de la Bible - dans ses versions catholique et orthodoxe. Ben Sira le Sage a des propos tranchés sur la possession et la richesse. Pour lui, on peut investir et épargner son argent pour le faire fructifier, à condition de le partager.
Le Livre de Ben Sira le Sage ne figure pas dans toutes les versions de la Bible
Yéshoua Ben Sira était un érudit juif du IIe siècle av. J.-C. Son texte, appelé L’Ecclésiastique ou Le Siracide, a été écrit vers 180 avant notre ère, dans un contexte oriental, méditerranéen. Mais Ben Sira étaut un grand voyageur, il était imprégné de culture grecque.
"Il introduit culture étrangère dans son judaïsme", explique Alphonse Vanderheyde, théologien, philosophe, enseignant, spécialiste de Nietzsche et de saint Augustin. C’est la raison pour laquelle le Livre de Ben Sira ne fait pas partie du canon de la Bible hébraïque, ni de la Bible protestante.
Pour les catholiques, c’est un livre dit "deutérocanonique", c’est-à-dire qu’il est inclut dans l’Ancien Testament bien que jugé apocryphe pour les juifs et donc n’appartenant pas au canon des textes juifs. Alphonse Vanderheyde estime cependant qu’il est "tout à fait dans la tradition judéenne". Et que Ben Sira a été surnommé "le sage judéen".
Les prophètes de la Bible et l’argent
Le Livre de Ben Sira est un texte qu’il adresse à son fils, notamment sur l’attitude à avoir vis-à-vis de l’argent. "Ben Sira lui donne des conseils qui sont dans la tradition judéenne mais il ajoute des choses qui ne font pas partie de cette tradition. Il est le premier sage juif à parler de l’argent de façon assez détachée."
Déjà avant lui, les prophètes de l’Ancien Testament avaient abordé la question de l’argent et des dérives liées à l’accumulation des richesses. Ils ont dénoncé l’inégale répartition des richesses et l’exploitation des pauvres, qui survient lorsque ceux qui ont le luxe et l’argent s’en servent à des fins contraires à celles de Dieu.
Donner sans compter
"Ben Sira n’est pas contre les riches, dit le théologien, il ne les condamne pas." Mais il met en évidence la façon dont la richesse va donner à celui qui possède, du pouvoir, notamment sur les autres. "Aimer l'argent, c’est être dans le péché complètement, quand on s'en sert pour soi", d’après Ben Sira.
De façon assez nette, pour Ben Sira, on peut vouloir faire fructifier son argent à condition de ne pas l’accumuler pour soi mais dans le but de le donner aux autres. "C’est-à-dire non pas pour en tirer gloire et pouvoir et honneur, c’est pour le partager, sinon ça n’a aucun intérêt." Ce sage de la Bible va même jusqu’à dire qu’il ne faut pas avoir peur si l’on prête de n’être jamais remboursé.
Finalement, le grand message du Siracide est qu’il faut pouvoir donner sans compter et sans rien attendre en retour. Parce qu’il "est bien plus beau de donner que de recevoir", commente le théologien. Et que le grand enjeu, c’est l’autre, c’est aller vers l’autre. "Le Père Ceyrac, que j’avais rencontré en Inde il y a longtemps, disait que toute vie est une marche vers les autres."


Une émission pour découvrir, ou redécouvrir, la Bible via des entrées thématiques comme l’amour, la mort, le pardon... Des questions sur l’humanité auxquelles nous sommes confrontés tout au long de notre vie et dont la Bible peut nous donner des éléments de réponse.




