Entretien avec Mgr Benoît Aubert, nouvel évêque de Limoges
Il a été nommé par le Pape Léon XIV le mercredi 8 avril dernier. Monseigneur Benoît Aubert est le nouvel évêque de Limoges. Depuis, il a tenu sa première conférence de presse à Limoges. C’était le lundi 13 avril dernier. Il confiait alors avoir “tout à apprendre”, et se sentir entouré d'une belle fraternité entre les évêques.
Monseigneur Benoît Aubert. Source : Charline Deau. Monseigneur Benoît Aubert est le nouvel évêque de Limoges, il a été nommé par le pape Léon XIV le mercredi 8 avril 2026. Nous nous sommes entretenus avec lui par téléphone le jour même. Voici donc une interview exclusive avec le successeur de Monseigneur Bozo, actuel évêque, Coadjuteur de La Rochelle.
Monseigneur Aubert, pouvez-vous vous présenter ?
Mon nom, je pense que maintenant vous le connaissez, Benoît Aubert. J'ai 53 ans. Je suis prêtre depuis 2006, le plus souvent en paroisse. J'ai la particularité d'être prêtre de Paris mais n’y ai passé que trois ans.
J’ai passé treize ans en Seine-Saint-Denis, dont neuf comme curé à Aubervilliers, puis quatre ans à Villemomble, dans le cadre de ce qu'on appelle les FMPV, les “fraternités missionnaires des prêtres pour la ville”. Ça a été deux ministères très heureux.
Après je suis revenu à Paris, j'ai eu des missions auprès de jeunes adultes et étudiants. Puis j'ai été secrétaire à l'archevêque de Paris, Monseigneur Michel Aupetit, pendant un an.
Enfin, depuis près de quatre ans, je suis dans le diocèse d'Evry, en Essonne. J’y suis “responsable de secteur”. Donc j'ai la charge, avec deux autres prêtres, de 17 clochers.
Vous portez une attention aux plus fragiles. Est-ce votre vocation sacerdotale ?
Assez vite, au bout de 4 ans de ministère, je sentais un appel à être présent auprès des plus fragiles. En même temps, je sentais un appel à accompagner des groupes en Terre Sainte. Je suis donc allé voir mon évêque de l'époque, Monseigneur Vingt-Trois. Je lui ai dit que je me verrais bien aumônier d'hôpital, ce à quoi il a répondu : « t'es beaucoup trop jeune ». Donc j'ai toujours eu ce souci là, mais je n'ai jamais réussi à en faire une priorité.
C'est difficile de laisser une place à la parole des plus fragiles. Il faut accepter d'avoir un rythme plus lent, de prendre du temps
J'ai toujours porté l'envie de les mettre en première ligne, de leur donner une vraie place, mais je n'ai jamais réussi à le mettre en pratique concrètement.
Quelle est la définition que vous donneriez de votre charisme ?
Je dis souvent que c'est de ne rien faire. Je suis le plus heureux quand tout fonctionne, qu’il y a des fidèles qui s'engagent, portent des projets… Je suis très content d'accompagner. Donc ce n'est pas exactement rien faire, mais c’est quand chacun trouve sa place. L'une de mes plus grandes joies pastorales c'est à la fin d'un projet, par exemple une fête de fin d'année, quand tout a été fluide parce que chacun a apporté sa petite pierre.
C’est l’idée de la communion que vous portez au cœur ?
Il se trouve que c'est la vocation de l'Église. Permettre cette communion entre les hommes, et des hommes avec Dieu. Il y a plein de chemins qui suivent le Christ. Le mien n'est pas meilleur que celui de l'autre, et il faut que chacun puisse vivre sa foi comme il l'entend, en gardant le souci de l'unité.
Est-ce cela que l’on appelle la synodalité l'église ?
La communion c'est le fond. La synodalité, ça a plus à voir avec les prises de décisions. Il faut savoir se mettre à l'écoute des réalités de terrain, et puis aussi se mettre à l'écoute de Dieu. Dans la prière, dans les saintes écritures, ça peut être aussi dans ce que portent les gens qui sont autour de moi. Pour moi, la synodalité, c'est écouter ce que Dieu dit aux hommes, notamment à travers la parole des uns et des autres.
Comment avez-vous réagi à l'annonce de votre nomination ?
J'ai été très surpris. Je suis un prêtre de terrain, j’ai simplement passé mon baccalauréat de théologie. Je n’ai pas fait d'études après. Il y a beaucoup de choses qui me manquent, notamment cette dimension d'enseignement. Je pensais que ce n’était pas pour moi. Donc je me suis vraiment interrogé.
Je me suis dit qu’effectivement, il y a plein de choses qui me manquent, mais cela me permettra de m'appuyer sur les autres et sur le bon Dieu.
Une fois la surprise passée, vous prenez le temps d'approfondir. Je n'ai pas dit oui tout de suite, j'ai pris le temps de la prière, de parler avec des proches. Humainement, j'aurais pu rester sur la surprise, mais je sais que Dieu a toujours été fidèle. C'est l'expérience que je vis depuis 53 ans maintenant, et peut-être encore plus depuis que je suis prêtre, par rapport aux choses qui me paraissaient hors de portée. Quand le Seigneur nous appelle à quelque chose, il nous donne les moyens de l'accomplir.
Cette annonce autour de la Semaine Sainte résonne particulièrement ?
Comme dans beaucoup de paroisses à travers la France, j'ai vécu un week-end pascal très heureux, avec notamment beaucoup de baptêmes d'adultes. Dourdan est un petit secteur de 23 000 habitants. On avait 11 baptêmes d'adultes, ce qui est beaucoup plus que d'habitude pour nous. En majorité des jeunes de 18-25 ans, qui sont très sérieux dans leur approche de la préparation au sacrement de l'initiation. Cela donne beaucoup de souffle. Je dois reconnaître qu’on a une actualité récente de l'Eglise qui n'est quand même pas très glorieuse. Pourtant ils viennent, on n'est pas allé les chercher. Alors je sais que la vie d'évêque n'est pas toujours simple, mais j'ai l'impression qu'on est dans un temps favorable. Je me dis que ces arrivées d'adultes qui sont un peu neufs dans la vie de notre Eglise, et qui certainement nous permettront de construire une communauté encore plus large et plus belle.
Monseigneur Benoît Aubert, qui s'est rendu dans le diocèse de Limoges depuis cette interview, sera ordonné évêque le 14 juin prochain à 15h en la cathédrale Saint-Étienne de Limoges.


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