En sport, il faut "toujours relativiser les victoires", estime l'ancien champion Philippe Gonigam
Pour les sportifs de haut niveau, qui subissent une forte pression, la finalité, c’est souvent la performance. Or, il faut "toujours relativiser les victoires", conseille Philippe Gonigam. Lui-même ancien champion de France du 400 mètres haies, il a redécouvert la foi chrétienne il y a dix ans. Si le sport a été structurant dans sa vie, il considère que la foi peut aider à trouver un équilibre.
En tant qu’aumônier du sport, Philippe Gonigam aide les athlètes à "saisir qu’il y a quelque de plus grand." ©Philippe GonigamLes 14 et 15 juin 2025, Philippe Gonigam a rencontré le pape Léon XIV dans le cadre du jubilé du sport, qui a rassemblé à Rome des sportifs du monde entier. Président de l’Union nationale des sportifs de haut niveau (UNSHN) et vice-président du comité régional olympique du Grand Est; il est lui-même un ancien athlète international, champion de France du 400 mètres haies en 1986.
On lui doit aussi le premier congrès européen de la pastorale du sport qui s'est tenu à Metz en octobre 2025. En tant que délégué épiscopal à la pastorale du sport dans le diocèse de Metz, Philippe Gonigam a pour mission "de faire passer le message de l’Évangile en ayant comme support le sport". À l'occasion des Jeux de Milan-Cortina, où la France bat des records de médailles, il nous dit comment il aide les sportifs à poser un regard ajusté sur leur pratique et leur soif de réussite.
"Un titre olympique ce n’est pas la fin en soi d’une vie"
En 1986, Philippe Gonigam est devenu champion de France du 400 mètres haies. Si ce titre change encore quelque chose dans le regard des autres, "en ce qui me concerne, dit-il, ce n’est pas un point d’orgue. Pour moi, c’est un souvenir, ça fait partie du passé." Le champion a stoppé sa carrière à l’âge de 29 ans. Cela fait "bien longtemps que je ne me considère plus comme un sportif de haut niveau", dit-il humblement.
Sa carrière de sportif de haut niveau lui permet en tout cas d’être à l’écoute dans sa mission à la pastorale du sport du diocèse de Metz. Il est notamment témoin du stress et de la pression que subissent les sportifs. "Ils sont dans une activité structurée autour du doute et l’incertitude." La remise en question est permanente, les athlètes sont sans cesse évalués selon leur médaillabilité, c’est-à-dire leur "potentiel à être médaillé. C’est quelque chose de très difficile à vivre au quotidien".
En tant qu’aumônier du sport, Philippe Gonigam aide les athlètes à "saisir qu’il y a quelque de plus grand. En fait un titre olympique, ce n’est pas la fin en soi d’une vie." Il considère qu’il faut "toujours relativiser les victoires". L’ancien champion se souvient d’un de ses amis, Pierre Quinon, médaille d’or aux Jeux de Los Angeles en 1984, qui a mis fin à ses jours en 2011. "Il m’avait dit préalablement qu’il avait commencé sa vie par la fin, se souvient Philippe Gonigam. Je n’avais pas saisi le message tout de suite mais pour certains la finalité, c’est la performance. Et quand c’est la performance, vous voyez bien que ça ne résout pas tout, ce n’est pas quelque chose qui peut vous combler..."
La soif de reconnaissance
La soif de reconnaissance, Philippe Gonigam sait ce que c'est. Le sport "m’a construit tout au long de mon parcours personnel et professionnel". Il l'a pratiqué à haut niveau avec son frère jumeau. "Très concrètement, nous n’avions pas du tout le profil physique à pratique une activité à haut niveau." D’où leur est venue cette soif de réussite ? Philippe Gonigam l’explique par le traumatisme qui a suivi leur naissance.
Lui et son frère ont été abandonnés par leur mère à l'âge de sept mois et confiés à une famille. "Dans reconnaissance il y a naissance", dit-il. Cet abandon a été selon lui "un carburant", et sans doute la cause la plus profonde de son engagement sportif. Petit à petit et dès les neuf ans des jumeaux, le sport est devenu une aventure familiale, avec leur père adoptif pour entraîneur. "Souvent, on dit avec mon frère qu’on a eu la chance de choisir nos parents. Cette aventure familiale a été très structurante."
Recommençant à croire
Et comme une suite à ce parcours, la redécouverte de la foi quelques années plus tars est venue là aussi structurer la vie de Philippe Gonigam. Sa vie personnelle et aussi d'homme marié, puisque c'est avec son épouse Sophie qu'il a recommencé à croire. Lui qui avait délaissé la foi et la pratique en sortant de l’adolescence a renoué avec l’Église à partir de 2015.
L’élément déclencheur a été la lecture d’un livre sur la vie de Jésus, mais un livre historique. Découvrir que Jésus a vraiment existé a été un véritable point de bascule, et même un "bouleversement" pour le couple. Le curé de leur paroisse leur a ensuite expliqué la Bible. Puis Philippe et Sophie Gonigam sont partis découvrir les lieux bibliques, en Terre sainte. Cette redécouverte les a conduits à s’engager très concrètement pour l’Église. "Mon épouse était expert-comptable, commissaire aux comptes, elle est devenue comptable de l’évêché et moi, je suis délégué épiscopal."
En tant qu’ancien champion, et recommençant à croire, Philippe Gonigam s'étonne du rapport au corps dans la culture catholique. Pourquoi on considère parfois qu'il est "objet de chute" et non "objet de rédemption"... Pour lui, la recherche d’une vie spirituelle équilibrée passe par un juste rapport au corps. Un des chantiers sans doute qu’il reste à mener au sein de l'Église.


Chaque semaine, un chrétien témoigne de sa foi. Qu’il la vive dans des circonstances très particulières ou en toute simplicité, qu’il ait vécu des choses extraordinaires ou pas, il raconte pourquoi la rencontre avec le Christ a changé sa vie. Une dizaine de producteurs du réseau RCF réalisent à tour de rôle cette émission.




