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Dom Geoffroy Kemlin, abbé de Solesmes : "La liturgie ne doit plus être un sujet de division"

Dom Geoffroy Kemlin, abbé de Solesmes : "La liturgie ne doit plus être un sujet de division"

Un article rédigé par Pauline de Torsiac, avec OR - RCF, le 26 janvier 2026 - Modifié le 2 juillet 2026
TémoinDom Geoffroy Kemlin : 'La liturgie ne doit plus être un sujet de division"

À l'occasion de la Journée de la vie consacrée, le 2 février, Dom Geoffroy Kemlin se confie sur son parcours. À 46 ans, il est abbé de Solesmes, dans la Sarthe. Sa communauté porte une attention particulière à la liturgie, un sujet clivant parmi les catholiques. Justement, Dom Geoffroy Kemlin est engagé "pour que la liturgie ne soit plus un sujet de division".

"La liturgie est faite pour nous unifier", affirme Dom Geoffroy Kemlin ©Frédéric Pétry / Hans Lucas"La liturgie est faite pour nous unifier", affirme Dom Geoffroy Kemlin ©Frédéric Pétry / Hans Lucas

Elle abrite une relique de la Sainte Épine, c’est-à-dire un morceau de la couronne d’épines qu’aurait porté le Christ lors de sa Passion. L’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, située près de Sablé-sur-Sarthe, dans le diocèse du Mans, a célébré son millénaire en 2010. Dans ce haut lieu du chant grégorien, les moines font rayonner l’œuvre de Dom Guéranger, en particulier sur la liturgie. Son supérieur, Dom Geoffroy Kemlin, est engagé "pour que la liturgie ne soit plus un sujet de division" entre catholiques.

Qui est Dom Geoffroy Kemlin ?

Il a choisi pour devise, "Fratres in unum", d’après le Psaume : "Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d'être unis !" (Ps 132,1). Dom Geoffroy Kemlin est attaché à sa version latine, où "il y a à la fois le mot fratres au pluriel et in unum, tourné vers l’Un, l’Unique, vers Dieu".

"Ce pluriel est important pour moi parce que chaque moine… doit être tenu pour quelqu’un qui est important, doit avoir sa spécificité. Je dois découvrir le talent, la vocation propre de chacun, et en même temps tourner chacun vers l’unique, vers Dieu. De cette manière-là, si je réussis à faire en sorte que chaque frère soit lui-même et en même temps tous tournés vers le Seigneur, eh bien je serais heureux !"

À 46 ans, Dom Geoffroy Kemlin, est le septième abbé de Saint-Pierre de Solesmes. Une communauté qui, "par rapport à d’autres congrégations" a été plutôt épargnée par les scandales liés aux abus sexuels ou spirituels. "Nous avons la chance de ne pas être trop touchés, enfin disons moins que d’autres, même si tout abus est un scandale." 

L’abbé de Solesmes est particulièrement sensible au témoignage que donnent les moines au reste de la société, par leur vie. "Une vie donnée à la louange de Dieu, c’est à la fois ce qui nous rend profondément heureux et je crois aussi est un signe, un témoignage qui touche nos contemporains."

 

L’amour de la liturgie

Enfant, il lui arrivait de "s’embêter à la messe", reconnaît-il. Pourtant, c’est vers l’âge de six ou sept ans que Geoffroy Kemlin a pensé à la vocation sacerdotale. "Je sentais bien que le prêtre avait un rôle important, que c’était nécessaire qu’il y ait des prêtres. Et donc je m’étais dit : Il faut qu’il y en ait qui s’y collent, je le ferai !" Une intuition qui a mûri à la faveur de retraites spirituelles, à l’abbaye du Barroux ou de Fontgombault. C’est là qu’il a décidé d’entrer à l’âge de vingt ans.

"Au bout de quelques mois, raconte-t-il, j’ai fini par me sentir moins à l’aise. Surtout par rapport à la liturgie, le vetus ordo, l’ancien rite de la messe. Au bout d’un moment ça ne m’a plus satisfait." Geoffroy Kemlin a alors voulu rejoindre un monastère où on célébrait "selon le novus ordo, selon le concile Vatican II". "Je me sens mieux, explique-t-il, avec le rite rénové selon la réforme liturgique demandé par le concile Vatican II."

 

Au Ciel, nous ne ferons rien d’autre que de célébrer la liturgie. Donc c’est vraiment notre activité la plus importante, la plus belle !

 

Une mission pour la liturgie

L’abbaye de Solemes soutient la cause en béatification de Dom Prosper Guéranger (1805-1875). C'est grâce à lui que l'abbaye a retrouvé une vie bénédictine en 1833, après une interruption liées aux troubles de la Révolution française. Sa cause en béatification est aujourd’hui dans sa phase diocésaine, après avoir été votée par les évêques de France en 2023.

Les moines de Solesmes ont le désir de faire rayonner l’œuvre de Dom Guéranger, en particulier sur la liturgie. "L’Année liturgique" est en effet l’œuvre principale de Dom Guéranger, qu’il a publiée en treize volumes, tout au long de sa vie. Il y rappelle "le sens des fêtes liturgiques et de la liturgie de l’Église catholique", rapporte Dom Geoffroy Kemlin. Ce texte, qui a eu "énormément de succès", était lu quotidiennement dans la famille Martin, où a grandi sainte Thérèse de Lisieux.

Le restaurateur de la vie monastique à Solesmes, connu également pour avoir réintroduit le chant grégorien en France, a donc œuvré pour "que la liturgie puisse toucher chacun", y compris les laïcs. "Dom Guéranger prenait ça comme sa mission propre de pouvoir l’expliquer." La liturgie c’est "la source et le sommet" de la vie de l’Église, nous dit le concile Vatican II. "Et plus encore, je dirais qu’au Ciel, nous ne ferons rien d’autre que de célébrer la liturgie. Donc c’est vraiment notre activité la plus importante, la plus belle !"

 

Réconcilier les catholiques autour de la liturgie

Malgré son départ de Fontgombault, Dom Geoffroy Kemlin garde toujours de bons liens avec l’abbaye. "Depuis deux ans je crois, nous nous réunissons entre monastères attachés à l’un ou l’autre rite pour discuter de nos expériences distinctes, pour partager notre expérience. Ça nous paraît très important pour que la liturgie ne soit plus un sujet de division."

L’abbaye de Solesmes pratique "l’hospitalité liturgique". Cela signifie que "quand les pères abbés des monastères qui pratiquent l’ancien rite viennent chez nous, ils ont l’habitude de concélébrer. Si néanmoins, ils souhaitent célébrer selon l’ancien rite, ils sont évidemment accueillis avec joie." De même, Dom Kemlin "pratique sans difficulté l’ancien rite même si habituellement on me laisse célébrer le nouveau rite".

Aujourd’hui, la question des rites est un sujet sensible au sein du catholicisme. Les fidèles attachés à l’ancien rite ont pu éprouver un sentiment de rejet suite à la publication du motu proprio "Traditionis custodes", en juillet 2021 par le pape François. L’abbaye de Solesmes œuvre justement à une réconciliation autour de ces questions liées au rite. 

"La liturgie est faite pour nous unifier, affirme Dom Geoffroy Kemlin. Les divisions actuelles, la polarisation, un peu, de l’Église est vraiment quelque chose qui nous déchire le cœur. C’est vraiment un contre-témoignage." Selon l’abbé de Solesmes, "le pape Léon souhaite apaiser la situation, je sais qu’il est attentif à ce qui se passe… Il va prendre les décisions qui conviendront pour apaiser les choses."

 

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Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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