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Dans les paroisses, pouvoir changer les habitudes : l'appel pressant d'un prêtre

Dans les paroisses, pouvoir changer les habitudes : l'appel pressant d'un prêtre

Un article rédigé par Pauline de Torsiac, avec OR - RCF, le 9 février 2026 - Modifié le 15 février 2026
TémoinL'Abbé Guillaume Soury-Lavergne, un curé de campagne en mission

C’est un prêtre qui n’hésite pas à faire entendre sa voix, même si elle dérange. Le Père Guillaume Soury-Lavergne, prêtre à Figeac, dans le Lot, interpelle les prêtres et aussi les catholiques engagés dans leur paroisse. Pour lui, il est urgent de se remettre en question. Devant la hausse du nombre de catéchumènes, il lance un appel pressant à pouvoir changer les habitudes.

Et si on "déplaçait l’énergie paroissiale vers un monde nouveau, celui de l’évangélisation ad extra, c’est-à-dire vers l’extérieur ?" propose l'abbé Guillaume Soury-Lavergne - Crédit photo Abbé Soury-LavergneEt si on "déplaçait l’énergie paroissiale vers un monde nouveau, celui de l’évangélisation ad extra, c’est-à-dire vers l’extérieur ?" propose l'abbé Guillaume Soury-Lavergne - Crédit photo Abbé Soury-Lavergne

C'est un prêtre qui n'a pas peur de l'exposition médiatique. En 2015, le Père Guillaume Soury-Lavergne avait fait parler de lui sur les réseaux sociaux pour un saut en parachute afin de récolter des fonds pour sauver l’abbaye bénédictine de Marcilhac-sur-Célé. Cette fois il interpelle les catholiques, les prêtres et les évêques avec un livre dont le titre résonne comme un appel pressant, "Convertissons-nous ! Cette mission qui nous est confiée" (éd. Première Partie, 2025).

En vingt ans de prêtrise, l'abbé Guillaume Soury-Lavergne a connu la vie d’un prêtre de campagne impuissant face à la "déchristianisation". Mais à Figeac, depuis une dizaine d’années, il voit les choses changer. Régulièrement, des adolescents et jeunes adultes frappent à la porte de son église, curieux de découvrir la foi chrétienne. Entre un modèle paroissial à bout de souffle et de nouveaux visages qui se présentent, le moment est venu selon lui de changer les choses.

Paroisses : les limites d’un modèle

"À l’origine, je comptais simplement faire un rapport à mon évêque sur ma vie de prêtre et la vie du diocèse." Petit à petit l'abbé Soury-Lavergne s’est dit que son rapport "pourrait être utile à des copains prêtres" et aussi "intéresser les paroissiens de base". Il a fini par publier "Convertissons-nous ! Cette mission qui nous est confiée", où le prêtre dresse un constat : le modèle actuel des paroisses montre ses limites. 

Le Père Soury-Lavergne ne mâche pas ses mots pour dire qu’il y a "quelque chose qui ne va plus". "Les paroisses, quand elles s’encroûtent, on devient fonctionnaire, il n’y a plus la joie, il n’y a plus l’enthousiasme. Ça ne fonctionne plus, il y a quelque chose qui déraille. Soit on continue tranquillement et puis on gère le déclin, soit on écoute ce que l’Esprit saint est en train de nous dire et puis on change nos habitudes, nos façons de faire, même si ça crée du mouvement, de la résistance, etc."

À la tête du doyenné de Figeac depuis 2016, le Père Soury-Lavergne s’adresse notamment aux paroissiens mais aussi aux curés de paroisses. En bref, à tous ceux qui ont leurs "habitudes". "On aime bien avoir nos habitudes, reconnaît-il, les personnes qui exercent une charge en sont très contentes…" Mais un prêtre doit selon lui avoir parfois "l’audace" de confier "tel ou tel service" à d’autres personnes "pour qu’ils puissent exprimeur leur enthousiasme qui est vraiment magnifique et très missionnaire".

 

"Le déclin n’est pas une fatalité"

Ce prêtre énergique qui ose ainsi bousculer les paroissiens est un fils de colonel qui se destinait lui-même à être militaire. L’appel à devenir prêtre est venu à l’adolescence. Au collège, ses camarades de classe l’appelaient "l’abbé", raconte-t-il. "Je voulais que les gens viennent à la messe, qu’ils aiment le Seigneur."

Vingt ans après son ordination, en 2006 pour le diocèse de Cahors, il garde la même envie de servir la vie de foi des fidèles. "Il faut que nos paroissiens retrouvent l’esprit de prière, dit-il. La foi catholique ce n’est pas une adhésion à des concepts, à des idées, c’est la relation à Jésus Christ… Nos paroisses doivent vraiment redevenir un lien où l’on apprend à prier et où l’on prie réellement."

S’il interpelle aujourd’hui les fidèles catholiques mais aussi les prêtres et les évêques, c’est en raison de sa propre expérience. "En vingt ans, ça a beaucoup évolué !" témoigne Guillaume Soury-Lavergne. Il a connu la vie solitaire et "heureuse" d’un curé de campagne. Où il lui semblait toutefois impossible d’inverser ce qu’il pensait être le cours des choses. "Je voyais bien que je n’arrivais pas à changer le mouvement qui semblait être celui de la déchristianisation. J’étais prêt, je gérais le déclin. Pour moi c’était ça être prêtre en 2010… En fait c’est faux, c’est complètement faux !"

 

Un "horizon nouveau" pour les paroisses de France au XXIe siècle

En quelques années, le Père Soury-Lavergne a considérablement modifié sa vision du modèle paroissial du XXIe siècle. Après quatre ans comme curé de dix-sept paroisses autour de Cajarc, dans les Causses du Quercy, il a donc été nommé à Figeac. Là, plusieurs rencontres ont été décisives, des lectures aussi – comme celle du "Manuel de survie pour les paroisses" (éd. Artège, 2017) dont l’auteur, James Mallon, "a réussi à théoriser l’horizon nouveau"... Le Père Soury-Lavergne a aussi suivi les formations proposées aux prêtres en responsabilité pastorale, comme le Parcours Talenthéo ou "Pasteur selon mon cœur" du Parcours Alpha. Autant d’expériences qui ont considérablement renouvelé son regard.

"En fait j’ai découvert que ce que je croyais être une nécessité - le fait de gérer le déclin dans une paroisse - n’était pas du tout une fatalité ! Qu’il existait des personnes dans l’Église qui ont reçu de l’Esprit saint des motions extraordinaires géniales pour les autres qui permettent aujourd’hui de vivre la vie en paroisse différemment." Des personnes à qui il faut laisser de la place dans les paroisses.

 

Le Seigneur nous envoie des personnes et je crois qu’il est en train de nous dire au travers de ces personnes : Il va falloir vous adaptez, vous, paroisses, pour les évangéliser

 

Laisser s’exprimer les nouveaux baptisés dans les paroisses

Cela fait trois ans que le nombre de baptêmes augmente fortement dans l’Église catholique. Avec plus de 10.000 adultes baptisés dans la nuit de Pâques 2025, on peut parier que la tendance va se poursuivre en 2026. Un phénomène tel que les diocèses d’Île-de-France ont lancé un concile provincial consacré aux catéchumènes et néophytes.

Dans les territoires ruraux, la tendance se confirme aussi. "Très régulièrement, vous avez des gens qui viennent, observe le Père Soury-Lavergne. En fait ils se convertissent. Aujourd’hui c’est quasiment toutes les semaines. Cet été, huit personnes ont demandé le baptême." Ces adolescents et jeunes adultes qui frappent à la porte des églises interpellent le prêtre. "Pour moi c’est un clin Dieu parce que en fait on voit bien que ce n’est pas le fruit de notre pastorale. Le Seigneur nous envoie des personnes et je crois qu’il est en train de nous dire au travers de ces personnes : Il va falloir vous adaptez, vous, paroisses, pour les évangéliser."

Concrètement, cela signifie par exemple accueillir les propositions des nouveaux venus. "Chaque paroissien doit pouvoir exprimer ce qu’ils ont dans le cœur", estime le prêtre. Et sans doute aussi repenser les propositions faites au sein d’une paroisse. Selon le Père Guillaume Soury-Lavergne "90% de l’activité" d’une paroisse - conférences, retraites, etc. - se fait "en direction des personnes déjà évangélisées". Et si on "déplaçait l’énergie paroissiale vers un monde nouveau, celui de l’évangélisation ad extra, c’est-à-dire vers l’extérieur ?" propose-t-il.

 

©RCF
Cet article est basé sur un épisode de l'émission :
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